CHAPITRE VI. ^.-i
Quand quelque prince ou quelque peuple s'était soustrait de l'obéissance de son souverain, ils lui accordaient d'abord le titre d'allié du peuple romain ' ; et par là ils le rendaient sacré et inviolable : de manière qu'il n'y avait point de roi, quelque grand qu'il fût, qui pût un moment être sûr de ses sujets , ni même de sa famille.
Quoique le titi'e de leur allié fût une espèce de servitude , il était néanmoins très-recherché ^ ; car on était sûr que l'on ue recevait d'injures que d'eux , et l'on avait sujet d'espérer qu'elles seraient moindres. Ainsi il n'y avait point de service que les peuples et les rois ne fussent prêts à rendre , ni de bassesses qu'ils ne fissent pour l'obtenir.
Ils avaient plusieurs sortes d'alliés. Les uns leur étaient unis par des privilèges , et une participation de leur grandeur, comme les Latins et les Berniques ; d'autres , par l'établissement même, comme leurs colonies; quelquesuns par les bienfaits , comme furent Massinisse , Euménès et Attalus , qui tenaient d'eux leur royaume ou leur agrandissement; d'autres, par des traités libres ; et ceux-là devenaient sujets par un long usage de l'alliance, comme les rois d'Egypte, deBythinie, de Cappadoce, et la plupart des villes grecques ; plusieurs enfin par des traités forcés , et par la loi de leur sujétion , comme Philippe et Antiochus : car ils n'accordaient point de paix à un ennemi , qui ne contînt une alliance ; c'est-à-dire qu'ils ne soumettaient point de peuple qui ne leur 'servît à en abaisser d'autres.
Lorsqu'ils laissaient la liberté a quelques villes, ils y
' Voyez surtout leur U^aité avec les Juifs , au premier li\ re des Machabées , chap. vni.
• AriaraUie lit un sacrifice aux dieux ,(lil Polybe, pour les remercier de ce (|u'il avait obtenu ceUe allianci'.
'• GRANDEUr, ET UÉCADENCh DES ROMAINS,
faisaient d'abord naître deux factions' : lune défendait les lois et la liberté du pays, l'autre soutenait qu'il n'y avait de lois que la volonté des Romains ; et, comme cette dernière faction était toujours la plus puissante, on voit bien qu'une pareille liberté n'était qu'un nom.
Quelquefois ils se rendaient maîtres d'un pays sous prétexte de succession : ils entrèrent en Asie, enBithynie, en Libye , par les testaments d'Attalus , de Nicomède ' et d'Apion ; et l'Egypte fut enchaînée par celui du roi de Cyrène.
Pour tenir les grands princes toujours faibles, ils ne voulaient pas qu'ils reçussent dans leur alliance ceux à qui ils avaient accordé la leur ^ ; et comme ils ne la refusaient a aucun des voisins d'un prince puissant, cette condition, mise daiis un traité de paix , ne lui laissait plus d'alliés.
De plus , lorsqu'ils avaient vaincu quelque prince considérable, ils mettaient dans le traité qu'il ne pourrait faire la guerre pour ses différends avec les alliés des Romains (c'est-à-dire ordinairement avec tousses voisins), mais qu'il les mettrait en arbitrage ; ce qui lui ôtait pour l'avenir la puissance militaire.
Et, pour se la réserver toute, ils en privaient leurs alliés mêmes : dès que ceux-ci avaient le moindre démêlé, ils envoyaient des ambassadeurs qui les obligeaient de faire la paix. Il n'y a qu'à voir comme ils terminèrent les guerres d'Attalus et de Prusias.
Quand quelque prince avait fait une conquête qui souvent l'avait épuisé , un ambassadeur romain survenait d'abord, qui la lui arrachait des mains. Eutre mille exem-
' Voyez Polybe sur les villes de Grèce.
* Fils de Pnilopalor.
^ Ce fut le cas d'ÀDliochus.