‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 199 sur 263 · MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU

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Depuis la dévastartion de T Amérique, les Esjjagjiols , qui ont pris la place de ses anciens habitants , ifCTatpu la fe^ei?^^'"'""^^^ pler ; au contraire , par une fatalité que je ferais mieux (lé ^^ lôôÎTinier une justice divine, jes^jkgtructeursje détruisent jM)Y-mpmfis^t se consument tous les^ jours.

Les princes ne doivent-ilmic point son^pr à-peiiplPT Aefflrandjs pay3 par des colonies. Je ne dis pas qu'elles ne réassissent quelquefois ; il y a des climats si heureux , que l'espèce s'y multiplie toujours : ténwin ces îles ' qui ont été peuplées ' par des malades que quelques vaisseaux y avaient abandonnés , et qui y recouvraient aussitôt la santé.

Mais quand ces colç|nies réus^aient , au lieu d'augmenter la puissance, elles ne fendent que la partagerj à ipoins quel-

les n'eussent très-peu d'étendue , comme sont celles que l'on envoie pour occuper quelque place pour le commerce.

Les Carthaginois avaient , comme les Espagnols , découvert l'Amérique , ou au moins de graiides îles dans lesquelles ils faisaient un commerce prodigieux ; mais quand ils virent le nombre de leurs habitants diminuer, cette sage république défendit à ses sujets ce commerce et cette navigation.

J'ose le dire , au lieu de faire passer les Espagnols dans les Indes , il faudrait foire repasser les Indiens et tous les métis en Espagne ; il faudrait rendre à cette monarchie tous ses peuples dispersés ; et, si la moitié seulement de ces grandes colonies se conservait , l'Espagne deviendrait la puissance de l'Europe la plus redoutable.

On peut comparer les empires à un arbre dont les branches trop étendues ôtent tout le suc du tronc , et ne servent qu'à faire de l'ombrage.

Rien ne devrait corriger les princes de la fureur des couquêtes lointaines que l'exemple des Portugais et des Es: pagnols.

Ces deux nations ayant conquis , avec une rapidité inconcevable , des royaumes immenses , plus étonnées de leurs vic-

' I^auteur parle pettl-ètre de l'He de Botirbon. (P.) .

LETTRliS PERSANES. 4.1S

toires que les peuples vaincus de leur défeite (Songèrent aux moyens de les conserver, et prirent imacime pour cela une voie différente. ^

Les Fspngnnls , désesgéranLdfi retenir les^ stations vaincues ' '^' dans la fîdélitéijrirent le parti de les exterminer, et d'y ^ envoyer d'Espagne des peuples fidèles : jamais dessein horrible . ne fut plus ponctuellement exécuté. On vit im peuple, aussi ^^^ nombreux que tous ceux de l'Europe ensemble, disparaître de la terre à l'arrivée de ces barbares , qui semblèrent , en découvrant les Indes , avoir voulu en même temps découvrir aux hommes quel était le dernier période de la crilaÏÏte/'

Par cette barbarie , ils conservèrent ce pays sous leur domination. Juge par là combien les conquêtes sont funestes . puisque les effets en sont tels : car enlln ce remède affreux était unique. Comment auraient-ils pu retenir tant de mUlioas d'iiommes dans l'obéissance? Comment soutenir une guerre civile de si loin? Que seraient-ils devenus, s'ils avaient donné le temps à ces peuples de revenir de l'admiration où ils étaient de l'arrivée de ces nouveaux dieux et de la crainte de leurs foudres ?

Quant aux Portugais , ils prirent une voie tout opposée ; ils n'employèrent pas les cruautés : aussi furent-ils bientôt chassés de tous les pays qu'ils avaient découverts. Les Hollandais favorisèrent la rébellion de ces peuples , et en profitèrent.

Quel prince envierait le sort de ces conquérants? Qui voudrait de ces conquêtes à ces conditions ? Les uns en furent aussitôt chassés ; les autres en firent des déserts , et rendirent de même leur propre pays. 1; i/T L tSS^**^/, ^

^ C'est le destin de«; héros ilt». .se-.gw»f!r à conquérir desjiavF'^ qu'ils perdent§dj!i3am , oS a 'souîiMtî^des nations qu'ils sont obligés^eux- mêmes de détruire : comme cet insensé qui se consumait à acheter des statues qu'il jetait dans la mer, et des glaces qu'il brisait aussitôt. )

A Paris, le 17 de la lune de Rliamazan, 1718.

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