‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 2 sur 263 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

euir longtemps devant une place : ainsi peu de leurs guerres étaient décisives. On se battait pour avoir le pillage du camp ennemi ou de ses terres • après quoi le vainqueur et le vaincu se retiraient , chacun daus sa ville. C'est ce qui fit la résistance des peuples d'Italie, et en mémo temps l'opiaiâtreté des Romains à les subjuguer ; c'est ce qui donna à ceux-ci des victoires qui ne les corrompirent point , et qui leur laissèrent toute leur pauvreté.

S'ils avaient rapidement conquis toutes les villes voisines , ils se seraient trouvés dans la décadence à l'arrivée de Pyrrhus, des Gaulois et d'Aunibal; et, par la destinée de presque tous les États du monde , ils auraient passe trop vite de la pauvreté aux richesses , et des richesses à la corruption.

Mais Rome faisant toujours des efforts, et trouvant toujours des obstacles , faisait sentir sa puissance sans pouvoir l'étendre , et , dans une circonférence très-petite , elle s'exerçait à des vertus qui devaient être si fatales a l'univers.

Tous les peuples d'Italie n'étaient pas également belliqueux : les Toscans étaient amollis par leurs richesses et par leur luxe ; les Tarentins , les Capouans , presque toutes les villes de la Campanie et de la grande Grèce , languissaient daus l'oisiveté et dans les plaisirs ; mais les Latins , les Berniques, les Sabius, les Eques et les Volsques, aimaient passionnément la guerre; ils étaient autour de Rome ; ils lui firent une résistance inconcevable , et furent ses maîtres en fait d'opiniâtreté.

Les villes latines étaient des colonies d'Albe , qui furent fondées par Latinus Sylvius '. Outre une origine commune

• Comme on voit dans le traité intitulé : Origo gcnlis romanœ, qu'on croit être d'Aurclius Victor.

avec les Romains , elles avaient encore des rites communs ', et Servius TuUius" les avait ejigagées à faire bâtir un temple dans Rome, pour être le centre de l'union des deux peuples. Ayant perdu unegrande bataille auprès du lac Ré* gille, elles furent soumises à une alliance et une société de guerres avec les Romains ^

On vit manifestement, pendant le peu de temps que dura la tyrannie des décemvirs , à cpiel point l'agrandissement de Rome dépendait de sa liberté. L'État sembla avoir perdu l'âme qui le faisait mouvoir*.

Il n'y eut plus dans la ville que deux sortes de gens : ceux qui souffraient la servitude , et ceux qui , pour leurs intérêts particuliers, cherchaient à la faire souffrir. Les sénateurs se retirèrent de Rome comme d'une ville étrangère ; et les peuples voisins ne trouvèrent de résistance nulle part.

Le sénat ayant eu le moyen de donner une paye aux soldats, le siège de Véies fut entrepris : il dura dix ans. On vit un nouvel art chez les Romains , et une autre manière défaire la guerre; leurs succès furent plus éclatants; ils protitèrent mieux de leurs victoires , ils firent de plus grandes conquêtes , ils envoyèrent plus de colonies ; enfin la prise de Véies fut une espèce de révolution.

Mais les travaux ne furent pas moindres. S'ils portèrent de plus rudes coups aux Toscans , aux Èques et aux Voisques , cela même fit que les Latins et les Herniques , leurs alliés, qui avaient les mêmes armes et la même discipline qu'eux , les abandonnèrent; que des ligues se

' Dt.ws u'HalicakiNassk, liv. lY.

' Voyez daus Denys d'Halicaruasse , iiv. VI, un des traites faits avec <ux.

' Sous prétexte de donner au peuple des lois écrites, ils se saisirent du g'j'uveruement. Voyez Denys d'Ualicarnasse, liv. XI.

Page 1