‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 23 sur 263 · CHAPITRE VU. J · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU. J

manifeste qu'ils témoignaient de la paix ; ils avaient détourné par là tous les autres peuples de partager avec eux un péril dont ils voulaient tant sortir eux-mêmes. Mais Mithridate fit d'abord sentira toute la terre qu'il était ennemi des Romains , et qu'il le serait toujours.

Enfin les villes de Grèce et d'Asie, voyant que le joug des Romains s'appesantissait tous les jours sur elles , mirent leur confiance dans ce roi barbare , qui les appelait à la liberté.

Cette disposition des choses produisit trois grandes guei'res , qui forment un des beaux morceaux de l'histoire romaine , parce qu'on n'y volt pas des princes déjà vaincus par les délices et l'orgueil , comme Antiochus et Tigrane, ou par la crainte , comme Philippe , Persée et Jugurtha ; mais un roi magnanime qui , dans les adversités , tel qu'un lion qui regarde ses blessures , n'en était que plus indigné.

Elles sont singulières, parce que les révolutions y sont continuelles et toujours inopinées ; car, si Mithridate pouvait aisément réparer ses armées, il arrivait aussi que, dans les revers , où l'on a plus besoin d'obéissance et de discipline , ses troupes barbares l'abandomiaient ; s'il avait l'art de solliciter les peuples et de faire révolter les villes, il éprouvait à son tour des perfidies de la part de ses capitaines, de ses enfants et de ses femmes ; enfin, s'il eut affaire à des généraux romains malhabiles , on envoya contre lui, en divers temps , Sylla , LucuUus , et Pompée.

Ce prince , après avoir battu les généraux romains et fait la conquête de l'Asie , de la Macédoine et de la Grèce , ayant été vaincu à sou toin- par Sylla , réduit , par un traité , à ses anciennes limites , fatigué par les généraux romains , de\enu encore une fois lem* vainqueur et le conquérant de l'Asie , chassé par Luculius, suivi dans son propre

pays, fut obligé de se retirer chezTigrane : et, le voyant perdu sans ressource après sa défaite, ne comptant plus que sur lui-même, il se réfugia dans ses propres États, et s'y rétablit.

Pompée succéda à Lucullus , et Mithridate en fut accablé : il fuit de ses États, et, passant l'Araxe , il marcha de péril eu péril parle pays des Laziens ; et , ramassant dans son chemin ce qu'il trouva de barbares , il parut dans le Bosphore, devant son lils Maccharès, qui avait fait sa paix avec les Romains '.

Dans labime où il était, il forma le dessein de porter la guerre eu Italie , et d'aller à Rome avec les mêmes nations qui l'asservirent quelques siècles après , et par le même chemin qu'elles tinrent'.

Trahi par Pharnace , un autre de ses fils, et par une armée effrayée de la grandeur de ses entreprises et des hasards qu'il allait chercher, il mourut en roi.

Ce fut alors que Pompée , dans la rapidité de ses victoires , acheva le pompeux ouvrage de la grandeur de Rome. 11 unit au corps de sou empire des pays infinis , ce qui servit plus au spectacle de la magnificence romaine qu'à SA vraie puissance ; et , quoiqu'il parût par les écriteaux portés à sou triomphe qu'il avait augmenté le revenu du fisc de plus d'un tiers, le pouvoir n'augmenta pas, et la liberté publique n'en fut que plus exposée^.

' Mithridate l'avait fait roi du Bosphore. Sur la nouvelle de rarri\fe de son père, il se donna la mort.

' Voyez Xp\)ien , (if Bello Milhridatico.,c\\. r.ix. 3 Viiyp/ l'Iutarque, dans la ( ic rip P»»»/*'-»'; et Zonaras. liv. 11.

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