‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 234 sur 263 · CLXI. ROXAJN'E A USBER · texte numérisé non relu

CLXI. ROXAJN'E A USBER

y' - A Paris.

Cûtti , je t ai trompé : j'ai-seduii tes eunuques , je me suis jouée de ta jalousie , et j'aisîTîe'ton aTfreux serail Sicë'iî^*'^^ lietï'île^dellces et de plaisirs.

Je vais mourir ; le poison va couler dans mes veines : car que ferais-je ici , puisque le seul homme qui me retenait à la vie n'est plus? Je meurs, mais mon. ombre s'envole bien accompagnée : je viens d'envoyer devant moi ces gardiens sacrilèges qui ont répandu le plus beau sang du monde. ' , ' ' ^,

/comment as-tu pensé que je fusse assez crédule pour m'imaginer que je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices ; que , pendant que tu te permets tout , tu eusses le droit d'affliger tous mes désirs.' rson : j'^i pn vivrp.dans la servitude; mais j'ai toujours été libre. J'ai réformé tes lois sur celles' de lana^re ; et jnon esprit s'est toujours tenu dans l'indéaeadinœr^

^u devrais me rendre grâces encore du sacrifice que je t'ai fait ; de ce que je me suis abaissée jusqu'à te paraître fidèle ; de ce que j'ai lâcliement gardé dans mon cœur ce que j'aurais dd faire paraître à toute la terre ; enfin de ce que j'ai profané la vertu en souffrant qu'on appelât de ce nom ma soumission à tes fantidsies. ^

Tu étais étonné de ne point trouver en moi les transports de l'amour : si tu m'avais bien connue , tu y aurais trouvé toute la violence de la haine.

c^Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un cœur comme le mien t'était soumis. Nous étions tous deu.x heureux -. tu me croyais trompée , et je te trompais.

b02 LEITRES PERSANES.

Ce langage, sans doute , te paraît nouveau. Serait-il passible qu'après t'avoir accablé de douleurs, je te forçasse encore d'admirer mou courage? Mais c'en est fait : le poison me consume , ma force m'abandonne ; la plume me tombe des mains ; je sens affaiblir jusqu'à ma liaiue ; je me meurs '. / Du sérail d'ispahan , le 8 de la lune de Rebiab i , 1720.

' Cet ouvrage, malgré sa forme épistolaire et quelques teintes romanesques , n'est au fond que le résultat des premières études de l'auteur, et une des esquisses du grand ouvrage de sa vie, de ['Esprit des lois. Voltaire, dans un de ces accès d'humeur trop fréquents chez lui, a dit des Lettres persanes : n Ce livre si frivole et si aisé à faire. » 11 n'est pas si frivole , ce me semble; et l'on peut douter que beaucoup d'autres l'eussent fait aisément. Il y a bien quelques idées ou peu justes , ou hasardées , ou susceptibles d'être contredites avec fondement ; l'auteur y parait fort tranchant: il était jeune. Dans la suite, il décida beaucoup moins, discuta beaucoup plus, et instruisit beaucoup mieux : il était mûr. D'ailleurs, il faut songer que , sous le nom d'Usbek ou de Rica , il risque souvent , pour s'égayer avec le lecteur, ce qu'il n'aurait peut-être pas risqué en son propre nom. Lui-même a soin de nous en avertir, lorsqu'il fait dire à son philosophe persan qu'<7 a pris le goût du pays où il est (la France), où Von aime à soutenir des opinions extraordinaires , et à réduire tout en paradoxes. (L\ H.)

Non tnurmura vcstra, columbœ ,

Brachia non fiedercc, non vincant oscilla conckœ- ( Fragm. d'un t'pithal. de l'empereur Gallien.)

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