CHAPITRE XI
commençaient à avoir part au malheur commun ' j car, à homme qui n'a rien, il importe assez peu, à certains égards , en quel gouvernement il vive.
De plus, il y avait un certain droit des gens, une opinion établie dans toutes les républiques de Grèce et d'Italie, qui faisait regarder comme un homme vertueux l'assassin de celui qui avait usurpé la souveraine puissance. A Rome surtout , depuis l'expulsion des rois , la loi était précise , les exemples reçus : la république armait le bras de chaque citoyen , le faisait magistrat pour le moment , et l'avouait pour sa défense.
Brutus ose bien dire à ses amis que , quand son père reviendrait sur la terre , il le tuerait tout de même ^ ; et quoique , par la continuation de la tyrannie , cet esprit de liberté se perdît peu à peu , les conjurations , au commencement du règne d'Auguste, renaissaient toujours.
C'était un amour dominant pour la patrie qui , sortant des règles ordinaires des crimes et des vertus, n'écoutait que lui seul , et ne voyait ni citoyen , ni ami , ni bienfaiteur, ni père : la vertu semblait s'oublier pour se surpasser elle-même ; etl'actiou qu'on ne pouvait d'abord approuver, parce qu'elle était atroce , elle la faisait admirer comme divine.
En effet, le crime de César, qui vivait dans un gouvernement libre, n'était-il pas hors d'état d'être puni autrement que par un assassinat ? Et demander pourquoi on ne l'avait pas poursuivi par la force ouverte ou par les lois , n'était-ce pas demander raison de ses crimes ?
' Je ne parle pas des satellites d'un lyran, qui seraient perdus après hii , mais de ses compagnons , dans un gouvernement libre. - Lettre de Brutus /dans le recueil de celles da Cicéron.
8?. GRANDEUR liï DÉDADENCE DES ROMAINS,