MONTESQUIEU
110 GRANDEUR El' DÉCADENCE DES ROMAINS,
qu'on approchait, et ne laissaient dans les places que les garnisons; et, lorsqu'on les avait prises, on était obligé de les détruire ; ils brûlaient avec art tout le pays autour de l'armée ennemie, et lui ôtaient jusqu'à l'herbe même ; enfin ils faisaient à peu près la guerre comme on la fait encore aujourd'hui sur les mêmes frontières.
D'ailleurs les légions d'Illyrie et de Germanie qu'on transportait dans cette guerre n'y étaient pas propres ' : les soldats , accoutumés à manger beaucoup dans leur pays, y périssaient presque tous.
Ainsi , ce qu'aucune nation n'avait pas encore fait , d'éviter le joug des Romains, celle des Parthes le fit, non pas comme invincible , mais comme inaccessible.
Adrien abandonna les conquêtes de Trajan *, et borna l'empire à l'Ëuphrate; et il est admirable qu'après tant de guerres , les Romains n'eussent perdu que ce qu'ils avaient voulu quitter, comme la mer, qui n'est moins étendue que lorsqu'elle se retire d'elle-même.
La conduite d'Adrien causa beaucoup de nnirmures. On 3 lisait dans les livres sacrés des Romains que , lorsque Tarquin voulut bâtir le Capitule, il trouva que la place la plus convenable était occupée par les statues de beaucoup d'autres divinités : il s'enquit, par la science qu'il avait dans les augures , si elles voudraient céder leur place à Jupiter : toutes y consentirent, à la réserve de Mars, de la Jeunesse, et du dieu Terme ^. Là-dessus s'établirent trois opinions religieuses : que le peuple de Mars ne céderait à personne le lieu qu'il occupait; que la jeunesse romaine ne jg* serait point surrgontée; et qu'eniin le dieu Terme des Ro-
' Voyez Hérodien , fie (V Alexandre.
* Voyez Eutrope. La Dacie ne fut abandonnée que sous Aurélien.
5 Sm.nt Accustin , de la Cilé de Dieu , liv. IV , chap. xxiil cl xxix.
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riiaius ne reculerait jamais : ce qui arriva pourtant sous Adrien.