CHAPITRE U. It
vres. Oi» les entretenait dans l'habitude de courir et de sauter tout armés; ils prenaient dans leurs exercices des épées, des javelots, des flèches, d'une pesanteur double des armes ordinaires ; et ces exercices étaient continuels '.
Ce n'était pas seulement dans le eamp qu'était l'école militaire : il y avait dans la ville un lieu on les citoyens allaient s'exercer (c'était le champ de Mars). Après le travail , ils se jetaient dans le Tibre, pour s'entretenir dans l'habitude de nager, et nettoyer la poussière et la sueurs
Nous n'avons plus une juste idée des exercices du corps : un homme qui s'y applique trop nous paraît méprisable, par la raison que la plupart de ces exercices n'ont plus d'autre objet que les agréments ; au lieu que , chez les anciens , tout , jusqu'à la danse , faisait partie de l'art militaire.
11 est même arrivé, parmi nous, qu'une adresse trop recherchée dans l'usage des armes dont nous nous servons à la guerre est devenue ridicule, parce que, depuis l'introduction de la coutume des combats singuliers, l'escrime a été regardée comme la science des qxierelleurs on des poltrons.
Ceux qui critiquent Homère de ce qu'il relève ordinairement dans ses héros la force, l'adresse ou l'agilité du corps, devraient trouver Salluste bien ridicule, qui loue Pompée » de ce qu'il courait, sautait, et portait un fardeau " aussi bien qu'homme de son temps ^. »
Toutes les fois que les Romains se crurent en danger, ou qu'ils vouhu'ent réparer quelque perte, ce fut une pra-
I VÉGÈCE, liv. I. Cb. XI — XIV.
' VÉGÉCE, liv. I, ch. X.
^ Cum alaeribus sallu, citm velocibus cursu , cum validis vecle cerliihat. Fragment de Salluste rapporté par Végèce, liv. I,cliap. ix.
l ique constante chez eux d'affermir la discipline militaire ' . Ont-ils à faire la guerre aux Latins , peuples aussi aguerris qu'eux-mêmes , Manlius songe à augmenter la force du commandement , et fait mourir son fils , qui avait vaincu sans son ordre. Sont-ils battus à Numance , Scipion Émilien les prive d'abord de tout ce qui les avait amollis \ Les légions romaines ont-elles passé sous le joug en Numidie, Métellus répare cette honte dès qu'il leur a fait reprendre les institutions anciennes. Marins , pour battre les Cimbres et les Teutons , commence par détourner les fleuves; et Sylla fait si bien travailler les soldats de son armée, effrayée de la guerre contre Mithridate , qu'ils lui demandent le combat comme la fin de leurs peines ^.
Publius Nasica, sans besoin, leur fit construire une année navale. On craignait plus l'oisiveté que les ennemis.
Aulu-Gelle '^ donne d'assez mauvaises raisons de la coutume des Romains de faire saigner les soldats qui avaient commis quelque faute : la vraie est que , la force étant la principale qualité du soldat , c'était le dégrader que de l'affaiblir.
Des hommes si endurcis étaient ordinairement sains. On ne remarque pas, dans les auteurs , que les armées romaines, qui faisaient la guerre en tant de climats, périssent beaucoup par les maladies; au lieu qu'il arrive
' [ La discipline militaire est la chose qui a paru la première dans leur ïlat, et la dernière qui s'y est perdue; tant elle était attachée à la constitution de leur république. (Bossuet, Disc, sur l'Nisl. nniv., troisième partie, ch. vi.)]
^ Il vendit toutes les bétes de somme de l'armée , et fit porter à chaque soldat du blé pour trente jours, et sept pieux. (Somm. de Florus, liv, LVII.)
^ Frontin, SIrataghncs , liv. I , cliap. \t.
* Liv. X, chap. viii.