‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 6 sur 263 · CHAPITRE ir · texte numérisé non relu

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presque contituiellement aujourd'hui que des armées , sans avoir conibattii , se fondent pour ainsi dire dans une campagne.

Parmi nous, les désertions sont fréquentes, parce que les soldats sont la plus vile partie de chaque nation , et qu'il n'y en a aucune qui ait ou qui croie avoir un certain avantage sur les auti'es. Chez les Romains , elles étaient plus rares : des soldats tirés du sein d'un peuple si fier, si orgueilleux, si sûr de commander aux autres , ne pouvaient guère penser à s'avilir jusqu'à cesser d'être Romains.

Comme leurs armées n'étaient pas nombreuses, il était aisé de pourvoir à leur subsistance ; le chef pouvait mieux les connaître , et voyait plus aisément les fautes et les violations de la discipline.

La force de leurs exercices, les chemins admirables qu'ils avaient construits , les mettaient en état de faire des marches longues et rapides ' . Leur présence inopinée glaçait les esprits : ils se montraient surtout après un mauvais succès, dans le tenjps que leurs eimemis étaient dans cette négligence que donne la victoire.

Dans nos combats d'aujourd'hui un particulier n'a guère de confiance qu'en la multitude ; mais chaque Romain , plus robuste et plus aguerri que son ennemi , comptait toujours sur lui-même : il avait naturellement du courage, c'est-à-dire de cette vertu qui est le sentiment de ses propres forces.

Leurs troupes étant toujours les mieux disciplinées , il était difficile que dans le combat le plus malheureux ils ne se ralliassent quelque part , ou que le désordre ne se

' Voyez surtout la défaile d'Astlrubal , et leur diligence contre Virlatiis.

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mît quelque part chez les ennemis. Aussi les voit-on continuellement dans les histoires, quoique siu'montésdans le coninicnceinentparle nombre ou par l'ardeur des ennemis, arracher enfin la victoire de leurs mains.

Leur principale attention était d'examiner eu quoi leur ennemi pouvait avoir de la supériorité sur eux, et d'abord ils y mettaient ordre. Ils s'accoutumèrent à voir le sang et les blessures dans les spectacles des gladiateurs , qu'ils prirent des Étrusques ' .

Les épées tranchantes des Gaulois ' , les éléphants de Pyrrhus, ne les surprirent qu'une fois. Ils suppléèrent à la faiblesse de leur cavalerie^, d'abord enôtant les brides des chevaux pour que l'impétuosité n'en pût être arrêtée , ensuite en y mêlant des vélites^. Quand ils eurent connu l'épée espagnole, ils quittèrent la leur^. Ils éludèrent la science des pilotes par Tinveution d'une machine que Polybe nous a décrite. Enfin , comme dit Josèphe *" , la guerre était pour eux une méditation, la paix un exercice.

Si quelque nation tint de la nature ou de son institution quelque avantage particulier, ils en firent d'abord usage : ils n'oublièrent rien pour avoir des chevaux numides, des

' Fragment de Nicolas de Damas, livre X, Uré d'Athénée, Uv. IV, cil. xiu. Avant que les soldats partissent pour l'armée, on leur donnait un combat de gladiateurs ^Jlles Capitolin, f ic de Maxime et dt- Uulbin.)

'' Les Romains présentaient leurs javelots, qui recevaient les coups des épées gauloises , et les éraoussaient.

3 Elle fut encore meilleure que celle des petils peuples d'Ualie. On la f.)rmait des principaux citoyens, à qui le public entretenait un cheval. Quand elle mettait pied à terre, il n'y avait point dinfauterie plusre- Uoutable, et très-souvent elle déterminait la victoire.

♦ Celaient déjeunes liommes légèrement armés, et les plus agiles de la légion , qui au moindre signal sautaient sur la croupe des chevaux , ou coml)attaient à pied. (Valère-Maxime, liv. II, cb. iii ; Tite-Live , liv. XXVI, ch. IV)

^ Fragment de Polybe, rapporté par Suidas au mot jiaxaipa.

t> De Rello judaico, lib. III, cb. vi.

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