‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 51 sur 263 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

soufferts; el ce fut un des grauds obstacles que trouva ki religiou chrétieuue.

On pourrait appeler Caracal la, non pas un tyran, mais le destructeur des hommes. Caligula, Néron et Domitien bornaient leurs cruautés dans Rome ; celui-ci allait promener sa fureur dans tout l'univers.

Sévère avait employé les exactions d'un long règne , et les proscriptions de ceux qui avaient suivi le parti de sœ concurrents , à amasser des trésors immenses.

Caracalla, ayant commencé son règne par tuer d« sa propre main Géta, son frère, employa ses richesses à faire souffrir son crime aux soldats, qui aimaient Géta, et disaient qu'ils avaient fait serment aux deux enfants de Sévère, et non pas a un seul.

Ces trésors amassés par des princes n'ont presque jamais que des effets funestes : ils corrompent le successeur, qui en est ébloui ; et , s'ils ne gâtent pas son cœur, ils gâtent son esprit. Il forme d'abord de grandes entreprises avec une puissance qui est d'accident , qui ne peut pas durer, qui n'est pas naturelle , et qui est plutôt enflée qu'agrandie.

Caracalla augmenta la paye des soldats ; Macrin écrivit au sénat que cette augmentation allait à soixante et dix millions ' de drachmes ^ Il y a apparence que ce prince enflait les choses ; et , si l'on compare la dépense de la paye de nos soldats d'aujourd'hui avec le reste des dépenses publiques, et qu'on suive la même proportion pour les Romains, on verra que cette somme eut été énorme.

' Sept mille myriades. ^Dio.v , i'i Macrin.)

* La drachme atlique était le denier romain, la huitième partie de l'once, el la soixanle-quatnème parlie de noire marc.

no GRANDEUR ET DËCADLXt'E DES ROMAINS,

Il faut chercher quelle était la paye du soldat romain. Nous apprenons d'Oroze que Dornitien augmenta d'un quart la paye étahlie '. Il paraît par le discours d'un soldat, dans Tacite % qu'à la mort d'Auguste elle était de dix onces de cuivre. On trouve dans Suétone ^ que César avait doublé la paye de son temps. Pline ^ dit qu'à la seconde guerre punique on l'avait diminuée d'un cinquième. Elle fut donc d'environ six onces de cuivre dans la première guerre punique ^ , de cinq onces dans la seconde ^ , de dix sous César, et de treize et un tiers sous Domitien ". Je ferai ici quelques réflexions.

La paye que la république donnait aisément lorsqu'elle n'avait qu'un petit État, que chaque année elle faisait une guerre, et que chaque année elle recevait des dépouilles , elle ne put la doimer sans s'endetter dans la première liuerre punique, qu'elle étendit ses bras hors de l'Italie, ([u'eUe eut à soutenir une guerre longue , et à entretenir de grandes armées.

Dans la seconde guerre punique, la paye fut réduite à cinq onces de cuivre ; et cette diminution put se faire sans danger dans un temps où la plupart des citoyens rougirent

' Il l'augmenta en raison de soixante et quinze à cent.

' Annales, liv. I, ch. xyii.

■' Fie de César.

' Histoire naturelle, liv. XXXIII, art. 13. Au lieu de donner di.\ onces de cuivre pour vingt, on en donna seize.

s Un soldat, dans Plaute, in MostcUaria , dit (|ii'elle était de trois ;is : ce qui ne peut être entendu que des as de dix onces. Mais si la paye était exactement de six as dans la première guerre punique , elle ne diminua pas dans la seconde d'un cinquième, mais d'un sixième ; et on négligea la fraction.

« Polybe , qui l'évalue en monnaie grecque , ne diffère que d'une fraction.

• Voyez Oroze et Suétone , î/t Dom/t. Ils disent la méprie chose .sous différentes expressions. ,T'ai fait ces réductions en onces de etiivrc, afin que pour m'entend re nu n'eut pas besoin de la connaissance des monnaies loitialnes.

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