CHAPITRE XVI
Sous le règne de Gallus, un grand nombre de nations , qui se rendirent ensuite plus célèbres, ravagèrent l'Europe ; et les Perses , ayant envahi la Syrie , ne quittèrent leurs conquêtes que pour conserver leur butin.
Ces essaims de barbares qui sortirent autrefois du Nord ne paraissent plus aujourd'hui. Les violences des Romains avaient fait retirer les peuples du midi au nord ; tandis que la force qui les contenait subsista, ils restèrent; quand elle fut affaiblie , ils se répandirent de toutes parts' . La même chose arriva quelques siècles après. Les conquêtes de Charlemagne et ses tyrannies avaient une seconde fois fait reculer les peuples du midi au nord : sitôt que cet empire fut affaibli, ils se portèrent une seconde fois du nord au midi. Et si aujourd'hui un prince faisait en Europe les mêmes ravages, les nations, repoussées dans le Nord, adossées aux limites de l'univers, y tiendraient ferme jusqu'au moment qu'elles inonderaient et conquerraient l'Europe une troisième fois.
L'affreux désordre qui était dans la succession à l'empire étant venu à son comble , on vit paraître sur la fin du règne de Valérien , et pendant celui de Gallien son fils , trente prétendants divers , qui , s'étant la plupart entre-détruits, ayant eu un règne très-court, furent nommés tyrans.
Valérien ayant été pris par les Perses , et Gallien son fils négligeant les affaires , les barbares pénétrèrent partout ; l'empire se trouva dans cet état où il fut environ un siècle après en occident ' ; et il aurait dès lors été détruit,
' On voit à quoi se réduit la fameuse question : « Pourquoi le Nord « n'est plus si peuplé qu'autrefois ? »
^ Cent cinquante ans après, sous Honorius, les barbares l'envahiront.
sans un concours heureux de circonstances qui le relevèrent.
Odenat, prince dePalrnyre, allié des Romains, chassa les Perses, qui avaient envahi presque toute l'Asie. La ville de Rome fit une armée de ses citoyens , qui écarta les barbares qui venaient la piller. Une armée innombrable de Scythes , qui passaient la mer avec six mille vaisseaux , périt par les naufrages, la misère, la faim, et sa grandeur même. Et Gallien ayant été tué, Claude , Aurélien , Tacite et Probus , quatre grands hommes qui , par un grand bonheur, se succédèrent, rétablirent l'empire prêt à périr.