‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 67 sur 263 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

tir. C'était un crime de porter ou d'avoir cliez sol des étoffes de pourpre ; mais dès qu'un homme s'en vêtissait, il était d'abord suivi , parce que le respect était plus attaché à l'habit qu'à la personne.

L'ambition était encore irritée par l'étrange manie de ces temps-là, n'y ayant guère d'homme considérable qui n'eût par devers lui quelque prédiction qui lui promettait l'empire. i

Comme les maladies de l'esprit ne se guérissent guère', • l'asti'ologie judiciaire et l'art de prédire par les objets vus dans l'eau d'un bassin avaient succédé, chez les chrétiens, aux divinations par les entrailles des victimes ou le vol des oiseaux, abolies avec le paganisme. Des promesses vaines furent le motif de la plupart des entreprises téméraires des particuliers , comme elles devinrent la sagesse du conseil des princes.

Les malheurs de l'empire croissant tous les jours, on fut naturellement porté à attribuer les mauvais succès dans la guerre , et les traités honteux dans la paix , à la mauvaise conduite de ceux qui gouvernaient.

Les révolutions mêmes firent les révolutions , et l'effet devint lui-même la cause. Comme les Grecs avaient vu passer successivement tant de diverses familles sur le trône, ils n'étaient attachés à aucune; et la fortune ayant pris des empereurs dans toutes les conditions, iln'y avait pas de naissance assez basse ni de mérite si mince qui pût ôter l'espérance.

Plusieurs exemples reçus dans la nation en formèrent l'esprit général , et firent les mœurs , qui régnent aussi impérieusement que les lois.

Il semble que les grandes entreprises soient parmi nous

' Voyez Nicétas, P'ie d'Andronic Comnène.

plus difficiles à mener que chez les anciens. On ne peut guère les cacher, parce que la communication est telle aujourd'hui entre les nations que chaque prince a des ministres dans toutes les cours , et peut avoir des traîtres dans tous les cabinets.

L'invention des postes fait que les nouvelles volent et arrivent de toutes parts.

Comme les grandes entreprises ne peuvent se faire sans argent , et que depuis l'invention des lettres de change les négociants en sont les maîtres, leurs affaires sont très-souvent liées avec les secrets de l'État ; et ils ne négligent rien pour les pénétrer.

Des variations dans le change, sans une cause connue, font que bien des gens la cherchent , et la trouvent à la fia.

L'invention de l'imprimerie, qui a mis les livres dans les mains de tout le monde; celle de la graN'ure, qui a rendu les cartes géographiques si communes ; enfin l'établissement des papiers politiques , font assez connaître à chacun les intérêts généraux pour pouvoir plus aisément être éclairci sur les faits secrets.

Les conspirations dans l'État sont devenues difficiles , parce que, depuis l'invention des postes, tous les secrets particuliers sont dans le pouvoir du public.

Les princes peuvent agir avec promptitude, parcequ'ils ont les forces de l'État dans leurs mains : les conspirateurs sont obligés d'agir lentement, parce que tout leur manque; mais , à présent que tout s'éclaircit avec plus de facilité et de promptitude, pour peu que ceux-ci perdent de temps à s'arranger, ils sont découverts.

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