CHAPITRE xxn. m
Constantin , ûls d'Héraclius , ayant été empoisonné , et son fils Constantin tué en Sicile , Constantin le Barbu , sou fils aîné, lui succéda'. Les grands des provinces d'Orient s'étant assemblés , ils voulurent couronner ses deux, autres frères , soutenant que , comme il faut croire en la Trinité , aussi était-il raisonnable d'avoir trois empereurs.
L'histoire grecque est pleine de traits pareils ; et le petit esprit étant parvenu à faire le caractère de la nation , il n'y eut plus de sagesse dans les entreprises , et l'on vit des troubles sans cause et des révolutions sans motifs.
Une bigoterie universelle abattit les courages et engourdit tout l'empire. Constantinople est , à proprement parler , le seul pays d'Orient où la religion chrétienne ait été dominante. Or, cette lâcheté, cette paresse, cette mollesse des nations d'Asie , se mêlèrent dans la dévotion même. Entre mille exemples, je ne veux que Philippicus, générai de Maurice , qui , étant près de donner une bataille , se mit à pleurer, dans la considération du grand nombre de gens qui allaient être tués ^
Ce sont bien d'autres larmes , celles de ces Arabes qui pleurèrent de douleur de ce que leur général avait fait une trêve qui les empêchait de répandre le sang des chrétiens ^
C'est que la différence est totale entre une armée fanatique et une armée bigote. On le vit dans nos temps modernes, dans une révolution fameuse, lorsque l'armée de Cromwe 11 était comme celle des Arabes, et les armées d'Irlande et d'Ecosse comme celles des Grecs.
Une superstition grossière , qiii abaisse l'esprit autant
' ZOSARAS, Fie de Constantin le Barbu.
* ThéOPHILActe, liv. II, chap. ni; Histoire de l'empereur Maurice. s Histoire de la conquête de la 5yne , de la Perse et de l'Egypte par les Sarrasins , par M. Ocklry.
que la religion l'élève, plaça toute la vertu et toute la coufianee des hommes dans une ignorante stupidité pour les images , et l'on vit des généraux lever un siège ' et perdre une ville ^ pour avoir une relique.
La religion chrétienne dégénéra sous l'empire grec au point où elle était de nos jours chez les Moscovites , avant que leczar Pierre P' eût fait renaître cette nation, et introduit plus de changements dans un État qu'il gouvernait, que les conquérants n'en font dans ceux qu'ils usurpent.
On peut aisément croire que les Grecs tombèrent dans une espèce d'idolâtrie. Ou ne soupçonnera pas les Italiens ni les Allemands de ces temps-là d'avoir été peu attachés au culte extérieur ; cependant , lorsque les historiens grecs parlent du mépris des premiers pour les reliques et les images , on dirait que ce sont nos controversistes qui s'échauffent contre Calvin. Quand les Allemands passèrent pour aller dans la terre sainte , INicétas dit que les Arméniens les reçurent comme amis , parce qu'ils n'adoraient pas les images. Or si , dans la manière de penser des Grecs, les Italiens et les Allemands ne rendaient pas assez de culte aux images, quelle devait être l'énormité du leur?
II pensa bien y avoir en Orient à peu près la même révolution qui arriva , il y a environ deux siècles , en Occident, lorsc[u'au renouvellement des lettres, comme on commença à sentir les abus et les dérèglements où l'on était tombé, tout le monde cherchant un remède au mal. des gens hardis et trop peu dociles déchirèrent l'Église, au lieu de la réformer.
Léon risaurieu, Constantin Copronyme, Léon son fils, firent la guerre aux images ; et après que le culte en eut
' ZoN.VR.vs, Fie de Romain Lucapéne.
* NicKTAS, rie de Jean Comnéne.