‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 70 sur 263 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

été rétabli parlirapératriceTrèue, Leou l'Arménien, Michel le Bègue, et Théophile , les abolirent encore. Ces princes crurent n'en pouvoir modérer le culte qu'en le détruisant; ils firent la guerre aux moines qui incommodaient l'État' ; et, prenant toujours les voies extrénies, ils voulurent les exterminer par le glaive , au Heu de chcrclier à les régler.

Les moines ' , accusés d'idolâtrie par les partisans des nouvelles opinions , leur donnèrent le change en les accusaut à leur tour de magie ^ ; et , montrant au peuple les églises dénuées d'imaces et de tout ce qui avait fait jusque-là l'objet de sa vénération, ils ne lui laissèrent point imaginer qu'elles pussent servir à d'autre usage qu'à sacrifier aux démons.

Ce qui rendait la querelle sur les images si vive, et fit que dans la suite les gens sensés ne pouvaient pas proposer un culte modéré, c'est qu'elle était liée à des choses bien tendres : il était question de la puissance; et les moines l'ayant usurpée , ils ne pouvaient l'augmenter ou la soutenir qu'en ajoutant sans cesse au culte extérieur dont ils faisaient eux-mêmes partie. Voilà pourquoi les guerres contre les images furent toujours des guerres contre eux, et que quand ils eurent gagné ce point , leur pouvoir n'eut plus de bornes.

Il arriva pour lors ce que l'on ^ it , quelques siècles après, dans la querelle qu'eurent Barlaam et Acindyne

' Longtemps avant, Valens avait fait une loi pour les obliger d'aller à !a guerre, et fit tuer tous ceux qui n'clwireut pas. (Jornandès, de Regn. siiccess. ; et la loi xxvi, cod. de Dccitr.)

^ Tout ce qu'on verra ici sur les moines grecs ne porte point sur leur état; car on ne peut pas dire qu'une chose ne soit pas bonne, parce que dans de certains temps, ou dans quelques pays, on en a abusé.

' LÉON LE Grammairiex , ric de Léon V Arminien, fie de Théophile' Voyez Suidas , à l'article Cnnslantin , lils de Léon.

contre les moines, et qui tourmenta cet empire jusqu'à sa destruction. On dispiitait si la lumière qui apparut autoiu' de Jésus-Christ sur le Thabor était créée ou incréée. Dans le fond, les moines ne se souciaient pas plus qu'elle fût l'un que l'autre ; mais comme Barlaam les attaquait directement eux-mêmes, il fallait nécessairement que cette lumière fût incréée.

La guerre que les empereurs iconoclastes déclarèrent aux moines fit que l'on reprit un peu les principes du gouvernement, que l'on employa en faveur du p\iblic les revenus publics, et qu'enfin on ôta au corps de l'État ses entraves.

Quand je pense à l'ignorance profonde dans laquelle le clergé grec plongea les laïques , je ne puis m'empêcher de le comparer à ces Scythes dont parle Hérodote ' , qui crevaient les yeux à leurs esclaves , afin que rien ne pût les distraire et les empêcher de battre leur lait.

L'impératrice Théodora rétablit les images , et les moines recommencèrent à abuser de la piété publique ; ils parvinrent jusqu'à opprimer le clergé séculier même ; ils occupèrent tous les grands sièges ^ , et exclurent peu à peu tous les ecclésiastiques de l'épiscopat : c'est ce qui rendit ce clergé intolérable; et si l'on eu fait le parallèle avec le clergé latin , si l'on compare la conduite des papes avec celle des patriarches de Constaulinople , on verra des gens aussi sages que les autres étaient peu sensés.

Voici une étrange contradiction de l'esprit humain. Les ministres de la religion chez les premiers Romains n'étant pas exclus des charges et de la société civile, s'embarrassèrent peu de ses affaires : lorsque la religion chrétienne

' Llv. IV.

» Voycï Pacliyiuorc, liv. VIll.

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