‹ Des Romains, Lettres Persanes et Temple de GnideChapitre 83 sur 263 · DIALOGUE DE SYLLA ET D'ELCRATE · texte numérisé non relu

DIALOGUE DE SYLLA ET D'ELCRATE

« vcux-tu ne commander qu'à des murailles? » Pour lors vous publiâtes ces tables qui décidèrent de la vie et de la raort de chaque citoyen.

« — Et c'est tout le sang que j'ai versé qui m'a mis en état de faire la plus grande de toutes mes actions. Si j'avais gouverné les Romains avec douceur, quelle merveille que l'ennui, que le dégoût, qu'un caprice, m'eussent fait quitter le gouvernement? mais je me suis démis de la dictature dans le temps qu'il n'y avait pas un seul homme dans l'univers qui ne crût que la dictature était mon seul asile. J'ai paru devant les Romains citoyen au milieu de mes concitoyens, et j'ai osé leur dire : « Je suis prêt à ren- « dre compte de tout le sang que j'ai versé pour la républi- « que ; je répondrai à tous ceux qui viendront me deman- • der leur père, leur fils , ou leur frère. » Tous les Romains se sont tus devant moi.

« — Cette belle action dont vous me parlez me paraît bieu imprudente. Il est vrai que vous avez eu pour vous le nouvel étonnement dans lequel vous avez rais les Romains : mais comment osâtes-vous leur parler de vous justifier, et de prendre pour juges des gens qui vous devaient tant de vengeances?

« Quand toutes vos actions n'auraient été que sévères pendant que vous étiez le maître , elles devenaient des crimes affreux dès que vous ne l'étiez plus.

« — Vous appelez des crimes, me dit-il, ce qui a fait le salut de la république. Vouliez-vous que je visse tranquillement des sénateurs trahir le sénat pour ce peuple qui , s'imagiuant que la liberté doit être aussi extrême que le peut être l'esclavage, cherchait à abolir la magistrature même ?

« Le peuple, gêné par les lois et par la gravité du sénat.

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