DIVISION
Que faut-il entendre d’abord par le mot rupture de la rate? Peut-on indifféremment donner ce nom à toutes les solutions de continuité de ce viscère ? Evidemment non. La rate peut être perforée par un projectile provenant d’une arme à feu, elle peut être déchirée par une arme blanche et dans ce cas on ne dira pas qu’il s’agit d’une rupture de cet organe. La rate sera blessée ; il y aura une plaie, une perte de substance, mais non une rupture.
La rupture de la rate est une solution de continuité qui intéresse à la fois et la capsule et le parenchyme. Cette solution de continuité résulte d’ailleurs d’une violence soit interne soit externe. Dans le premiercas, la rupture est due à un mouvement brusque du malade : un individu dont la rate n’était au préalable pas saine se relève brusquement alors qu’il était baissé; ou bien il fait un faux pas. La rate peut alors se trouver tiraillée par un viscère voisin, ou par la paroi abdominale auxquels elle est plus ou moins intimement unie par des adhérences anciennes et il en résulte une rupture.
Ces sortes de rupture sont sans contredit beaucoup plus fréquentes que les ruptures de cause
externe encoreappelées ruptures traumatiques. Elles sont produites par une contusion, un coup plus ou moins violent porté dans larégion splénique, par la chute du malade sur le côté gauche.
Il existe encore une autre Catégorie de ruptures de la rate, très rares il est vrai, que l’on a appelée ruptures par contre-coup. Leur mécanisme peut en quelque sorte être comparé à celui des fractures par contre-coup. Un individu subit un choc violent dans la région hépatique, par exemple, etil se produit une lésion dans l’hypochondre gauche, une rupture de la rate.
ÉTIOLOGIE:
Le même coup, la même violence exercée sur la région splénique chez plusieurs individus ne produiront pas toujours une rupture de la rate. Il est excessivement rare de rencontrer une rupture de ce genre chez ceux dont la rate est absolument saine. La situation anatomique de cet organe nous en rend parfaitement compte. En rapport par sa face externe avec le diaphragme qui la sépare du poumon, par sa face interne avec la grosse tubérosité de l’estomac etun peu avec le pancréas elle est comme enveloppée par des organesélastiques, qui ne lui opposent jamais une bien grande résistance. Retenue dans sa loge par deux replis péritonéaux assez làchesle ligament phréno-splénique et l’épiploon gastro-splénique elle jouit d’unegrande mobilité qui fait qu’elle fuit et se laisse difficilement atteindre par les violences exercées sur l’hypochondre gauche. Dans ces conditions pour qu’une solution de continuité se produise, il faut nécessairement que le malade ait fait une chute très-forte, qu’ilsoit tombé d'un lieu très élevé. Généralement alors ces ru ptures coïncident avec des ruptures semblables dans
d'autres viscères, principalement dans: le foie ou dans'les reins.
Les violences, les efforts brusqués sont ordinairement les causes qui déterminent les ruptures de la rate. Il existe aussi des causes jrédisposantes d’une importance capitale, ce sont les états pathologiques antérieurs de cet organe. À l'état normal on sait en effet que le tissu de la rate peut être comparé comme fermeté à celui du foie : il diffère poutant par plus d’un point de celui de ce dernier :organe. Tandis que le tissu hépatique a delaconsistance le tissu splénique au contraire est essentiellement friable et n'offre qu'une :très faible cohésion. La rate a une enveloppe propre, fibreuse et résistante qui adhère d’une part au péritoine et de l'autre très fortement au parenchyme splénique. Le poids moyen de larate estde 195 grammes, ses dimensions ordinaires sont de douze centimètres de longueur, huit de largeur et trois d'épaisseur. Eh bién, là l’état pathologique, les dimensions, le poids, la structuré, non seulement ne sont plus les mêmes; mais arrivent à différer complètement. Mais parmi toutes les maladies qui peuvent atteindre le tissu de la rate, ilen est quelques-unes qui sont des causés beaucoup plus fréquentes de rupture lorsqu'une violence vient à s'exercer dans‘la région splénique. |
Prenons par exemple l’impaludisme lent, chronique, qui existait chez les deux malades qui font l’objet de nos observations. Dans ce cas, et en Algé-
rie nous en avons tous les jours des exemples frappant, la rate peutmesurer jusqu’à trente centimètres de longueur, elle peut peser jusqu’à quatre ou cinq kilogr: On comprend facilement que les altérations du parenchyme soient profondes. En effet, les éléments de la pulpe splénique subissent une augmentation considérable et, en même temps, des altérations moléculaires qui aboutissent finalement à la dégénérescence granuleuse. Les éléments conjonctifs du reticulum participent eux aussi au processus hyperplasique etarrivent à se ramollir. Dans le voisinage on trouve de la périsplénite.
Dans l'infiltration amyloïde le tissu de la rate est lisse, friable ; mais il est aussi d’une fragilité extrême. Dans ce cas, comme dans l’impaludisme il existe une hvypertrophie considérable : Ja rate fait une saillie énorme dans lhypocondre gauche.
Cet organe est hypertrophié dans la plupart des cas de leucocythémie. Sa forme est ordinairement conservée : elle est agrandie le plus souvent dans'un seul sens, celui de la longueur qui peut atteindre jusqu'à quarante centimètres. Elle est devenue très friable à cause de l'accroissement de la pulpe dont les éléments normaux sont énormément multipliés: les capillaires sont dilatés, la veine splénique est remplie de thromboses. On a même pu constater des hémorrhagies véritables de la pulpe splénique entrainant des déchirures de la capsule.
Toutes ces altérations dans la consistance, dans
no
la structure anatomique de la rate sont /avons-nous dit, éminemment propres à favoriser les ruptures de cet organe. N'’est-il pas eneffet absolument évident qu'une rate qui remplit l’hyponcondre et la fosse iliaque gauche soit beaucoup plus exposéé taux violences extérieures qu'une rate normalé ? Maintenant si à ces dimensions exagérées il vient s'ajouter ce fait que le tissu spléniqué est rendu tout: à fait friable et facile à désaÿréger, on comprendrx que les ruptures se fassent avec la plus grande facilité.
Une autre circonstance résultant des altérations même du parenchyme vient encore favoriser les ruptures. En effet,comment se produit cette prolifération cellulaire, cette augmentation du volume de ce viscère, sinon par suite d’un processus phelgmasique et irritatif plus ou moins rapide suivant les différents états pathologiques? Et alors cette inflainmation chronique ne reste pas cantonnée dans le parenchyme, elle s’étend aussi à la membrane séreuse adhérente à la capsule de la rate. Il se forme de la péritonite splénique qui survient par poussées et qui augmente chez les paludiques avec chaque recrudescence de malaria. Il se produit des adhérences qui enlèvent à la rate toute sa mobilité, qui la maintiennent et la fixent dans une situation d’où elle ne peut être déplacée. C’est ainsi qu’elle peut être fixée contre la paroi abdominale, l'estomac, l'intestin ou le foie hypertrophié.
Si alors une violence vient à s’exercer, la rate,
qui auparavant était essentiellement mobile et qui fuyait sous l'effort de la plus petite pression ne peut plus s'échapper. Elle offre un plan d'autant plus facilement atteint que les adhérences sont plus fortes, plus nombreuses, en un mot qu’elle est plus
solidement fixée. Cest surtout dans ces conditions
que les moindres mouvements du malade, ceux des
viscères voisins et surtout les mouvements du die phragme peuvent faire naïtre des tiraillements qui
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