OBSERVATION XII
Louis MARTINI, 1838, Médecin correspond. blatt. Bd.
Un homme âgé de 73 ans, très gros, fit le 3 mai 1884, une chute en avant sur un escalier, se rompit le tendon du triceps fémoral, tout près de la rotule. Cette rupture était recounaissable à un enfoncement très prononcée dans l'endroit iudiqué, dans lequel on pouvait coucher quatre doigts. Le malade était dans l'impossibilité de ramener dans l'extension la jambe fléchie sur la cuisse. La nature du mal, l’âge du sujet son extrême embonpoint, les grandes chaleurs qui régnaient dans la saison où l'accident est arrivé, rendaient le pronostic très défavorable. Il s’y joignait en outre une fièvre nerveuse accompagnée de délire, de douleur dans la région hypogastrique droite. Quelque grande que fût l’analogie de cette rupture avec une fracture transversale de la rotule, les indications étaient bien différentes, aucun des moyens employés pour cette dernière maladie ne pouvait être mise en usage pour le cas présent. Dans tous les appareils qui ont été imaginés par Bellzunker, Bulking, Boyer, Evers, Cooper, pour maintenir les deux fragments de la rotule en rapport, il existe un lien quelconque qui est destiné à prendre son point d'appui sur le fragment supérieur, et le chirurgien trouve encore une ressource précieuse dans la saillie de celui ci pour le ramener en bas et maintenir les muscles antérieurs de la cuisse dans l'extension. Dans la rupture du tendon, au-dessus de la rotule, au contraire, on n'a plus aucune prise sur lextrémité supérieure du tendon rompu, qui tend à se cacher dans les masses charnues, les couches graisseuses, dont le sujet
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qui fait l’objet de cette observation, est si amplement pourvu ; c’est aussi pour celte raison que le bandage unissant, pour les plaies en travers des membres, recommandé en ce cas par le docteur Ott, ne pouvait pas convenir non plus. Le seul parti à prendre était de placer le membre dans une position convenable, de mettre les muscles extérieurs dans le plus grand relâchement possible, de rapprocher les parties divisées, sans les tirailler, par des lieus multipliés à cet effet ; M. Martin fit placer le malade sur un double plan incliné ; le tronc fortement soulevé, été assis plutôt que couché, tout le membre pelvien étendu sur une planche qu’on soulevait à volonté sur le tronc, avec laquelle on fléchissait aisément la cuisse sur le bassin. L'appareil est fort simple, il aété vu par l’auteur chez Gosner, chirrurgien de première classe à Vienne. La malade guérit parfaitement ; mais étant venu à mourir un an après d’un coup d’apoplexie, M. Martin a pu constater, par l’autopsie, que les bouts du tendon rompu s'étaient remis à l’aide d’un tissu fibreux intermédiaire très résistant, à peine d’un travers de doigt de large ; les tissus de la cicatrice se prolongaient aussi dans la capsule articulaire, et démontraient que la déchirure s'était étendue aussi dans cette dernière.