‹ Des Ruptures Tendineuses Sus-RotuliennesChapitre 28 sur 43 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

MATTEI. — J. de Malgaigne, t. VIII, 1850

Pierre-Marie Antonorsi, né à Cagnagno, négociant en vins à Bastia, d’une constitution forte, âgé de 59 ans, le 4 février 1849, en traversant une rue un peu inclinée de la ville, glissa sur le pied gauche, le pied droit dut supporter alors tout le poids du corps, mais, soit qu'il ne se fût pas assez bier placé, soit qu'il n’eût pas assez de forces Antonorsi allait tomber à la renverse en arrière, lorsque par un mouvement instinctif, il se servit de ses mains comme de parachute. Les bras empêchèrent bien la tête et les épaules de battre sur le pavé mais le membre inférieur droit qui, pendant un instant avait soutenu tout le poids du corps, resta ployé à angle aigu sous le poids du tronc. A l'instant même, Antonorsi ressentit une douleur déchirante dans le genou droit; cependant en s’appuyant sur le pied grucheet s’aidant des mains, il put se relever sans que le tronc ni la tête eussent touché le sol. Quel ne fut pas son étonnement lorsque étant debout il ne put plus marcher! Le membre droit se refusait à aller en avant, il fallut qu'une personne vint le soutenir du côté droit, et l'aider ainsi à rentrer chez lui.

Pendant le trajet, le malade remarque qu'il lui est impossible de ployer le genou, et en marchant il est obligé de trainer son membre; s’il met ce dernier perpendiculairement et qu'il veuille s’y appuyer, le genou se ploie aussitôt, il ne peut s’y appuyer un peu qu'après l'avoir fortement porté en avant avec les mains, et encore il ne peut s’y appuyer assez pour soutenir tout le poids du corps et porter le membre gauche en avant. En d’autres termes, il ne peut pas faire ur pas.

Je vis le malade une heure et demie après l'accident ; il était couché sur son lit; déjà il s’était aperçu lui-même que le genou

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où il avait senti la douleur, et qui était encore assez sensible, n’avait plus sa forme normale, on voyait qu’une dépression existait au dessus de la rotule.

Je crus tout d’abord à une fracture de la rotule, mais, en examinant de près, je reconnus aussitôt qu'il s'agissait d’une déchirure du tendon des muscles triceps fémoral et droit antérieur réunis. Le genou n'était encore le siége d'aucun gonflement ni d'infiltration sanguine apparente, le sillon transversal qu’on remarquait au dessus de la rotule était assez profond pour y loger un doigt sans dépasser le niveau de ses bords. Le bord inférieur était plus saillant et tout à fait résistant, évidemment, il était formé par le bord supérieur de la rotule. Le bord supérieur était plus arrondi et bien moins résistant, c'était le bout du tendon, sans aucune dureté de nature à faire craindre un arrachement de parties osseuses. Le fond du sillon, était au lact plus profond dans la partie moyenne que vers ses extrémités ; là aussi le doigt sentait une résistance qui ne pouvait être offerte que par le fémur, tandis que vers ses extrémités, on sentait qu'entre la peau, il y avait d’autres parties molles, qui étaient évidemment les prolongements latéraux du ligament rompu. Le rotule était un peu plus mobile qu’à son ordinaire. Il était impossible au malade de soulever le genou sansle secours des mains; le plus petit mouvement du membre ainsi que les explorations du siége du mal, y produisaient des douleurs qui se propageaient le long de la cuisse.

À ma visite même, je disposai le membre dans l'appareil suivant. Un bandage roulé couvre le pied et la jambe, avant d’arriver au genou cet appareil fixe le chef inférieur du bandage unissant Constitué par plusieurs bandes d’un simple travers de doigt de largeur coupées sur la même pièce, et tenant encore à la pièce par un de leurs bouts. Cette mème pièce plovée sur ellemême, les bandelettes viennent les unes sur les autres, de manière à faire deux rangs superposés l’un à l’autre. Nous verrons plus loin l’utilté de cette disposition.

Un autre bandage roulé commence au haut de la cuisse et descend un peu serré jusqu’au genou. Cette constriction de haut en

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bas, jointe à la forte flexion de la cuisse sur le bassin, tendait à entrainer la masse musculaire en bas, à en paralyser la contiaction, et, par conséquent à rapprocher le bout tendineux rompu qui était le seul mobile, de l’autre bout qui est tout à fait fixe. Ce bandage roulé de la cuisse fixait aussi le bout supérieur d’une pièce doublée et coupée en bandelettes comme la précédente, ces bandages une fois arrêtés, il ne restait de découvert que le siége de la rupture du tendon, je pris alors une des bandelettes supérieures et une des inférieures du second plan, et après les avoir fortement tirées en sens inverses je les confiai à deux aides. pendant que la traction était toujours soutenue, je les fixai l’une à la jambe et l’autre à la cuisse, les bandelettes suivantes furent croisées de la même manière, seulement lorsqu'on fixait la seconde bandelette le bout de la première était renversé et fixé par un jet circulaire. De cette manière, ch que bout de bandelette faisait anse et se trouvait à cheval sur la bande circulaire. Je fixai de la sorte le premier et le second plan des bandelettes, de manière que les bouts de la rupture étaient presque en contact.

Tout le siége du mal fut humecté avec une eau résolutive, le membre fut maintenu fléchi ‘ur le bassin, au moyen d’un plan fortement incliné, garni de coussins depuis le talon jusqu’à la fesse. |

Dans la soirée, il y eut peu deréaction générale, du reste comme le malade était très sanguin, on lui fit une longue saignée, les jours suivants 1l garda la diète et ne fit rien autre chose jusqu’à sa guérison, tout le mal qu’il sentit pendant les huit jours suivants, ce fut la sensation d’une chaleur fourmillante dans le gros orteil du côté malade.

Au bout de 98 jours, le malade est fatigué de rester dans la même position, on retire le plan meliné, et, malgré que le membre reste horizontal, le bandage n’est pas relâché, bien plus, dans la nuit même, le malade descend à terre pour uriner, et essaie d'appuyer sur son membre. Le lendemain il reste levé, ayant cependant son membre dans l’exteusion permanente. Le 30° jour, je le découvre légèrement et je vois que la réunion s’est opérée

de manière à ne laisser aucun sillon apparent. Le doigt promené sur le siége de la rotule trouvait bien une surface qui n’était pas unie, mais entre l’engorgement qui restait encore et les rides du bandage qui avaient laissé leur marque sur la peau, je ne pus pas préciser l’état de la guérison.

Après que le bandage fut té, le malade continua à hésiter en core un peu dans la marche, mais, voyant que son genou était tout à fait consolidé il sortit dans les rue monta et descendit des escaliers, au bout d’un mois et demi, il fit un voyage d’une demilieue.

Il y a 18 mois que l'accident est arrivé ; et voici quel est l’état du membre. Antonorsi ne se ressent de rien, son mombre lui sert comme avant l’accident, je lai fait tenir isolément sur chacun des pieds, et il se tient aussi bien des deux côtés, il marche sans montrer aucune ombre de claudication, en descendant les escaliers, cependant il dit qu’il sent un je ne sais quoi qui lui fait songer quelquefois à sa maladie, Je n’y pense jamais, me dit-il, mais, en descendant les escaliers, j'hésite quelquefois, non que je souffre ni que je sois gèné, mais parce que Je crains de me faire du mal.

Je lui ai fait monter et descendre les escaliers en ma présence et il l’a fait sans aucune hésitation, il serait impossible de deviner que cet homme a eu une maladie semblable à l’un des membres inférieurs.

Les deux genoux mis à découvert on ne distingue pas quel est celui qui a été malade sans en être prévenu, lorsque Antonorsi étend les deux jambes sur les cuisses, le mouvement est aussi rapide des deux côtés, et les membres conservent tous deux une ligne parfaitement parallèle. Pendant que les deux membres sont ainsi maintenus horizontalemeut, on voit que du côté droit (malade) le tendon, qui s'implante au bord supérieur de la rotule est plus massif, et ne fait pas de relief aussi net que du côté gauche, on dirait par là que la rupture au lieu d’affaiblir, a élargi l’implantation de ce tendon. Toute la trace de la rupture tendineuse qu’on observe et il faut bien la chercher pour la trouver, est une

petite raie inégale tantôt concave et tantôt convexe, que l’on retrouve immédiatement au-dessus de la rotule. Pour la trouver, il faut y porter le doigt le bien presser et chercher minutieusement sur toute l'étendue de la rupture consolidée.

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