‹ Des Ruptures Tendineuses Sus-RotuliennesChapitre 31 sur 43 · OBSERVATION XXIV · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXIV

BINET. Arch. de méd. 1858 p. 699

En février 1847, M. Monod, chirurgien de la maison municipale de santé fut appelé à soigner M. M..., marchand de vin, faubourg St-Denis. Cet homme, âgé de 42 ans, de petite taille, robuste, fortement musclé, s’apprêtait à descendre l'escalier qui de sa boutique conduit à sa cave, lorsque voulant regarder derrière lui, il fit un brusque mouvement de torsion du tronc de droite à gauche, d’arrière en avant ; il éprouva immédiatement une violente douleur dans le genou droit, entendit un bruit de claquement; tomba en avant, la jambe fléchie sous la cuisse ; il ne put se relever. M. Monod reconnut une rupture du tendon du doit antérieur ; au dessus de la rotule on sentait un enfoncement large de deux travers de doigt et ne s'étendant pas à toute la largeur de la région sus-rotulienne ; la rotule reposait sur la tête du péroné. Le genou était tuméfié et douloureux. Le membre fut placé dans l’extension et entouré de compresses imbibées d’eau fraîche. Au bout de huit jours, tout gonflement ayant disparu, la jambe et la cuisse furent enveloppées d’un bandage dextriné, et placées sur un plan incliné du talon à l’ischion.

Un nouvel appareil fut appliqué trois semaines après. Six semaines après l’accident, le malade marchait avec une béquille. En juin il reprenait son service de garde national ; 1] n’éprouvait

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qu'une gêne légère dans la marche, principalement en descendant un escalier.

En août 1854, M..., marchant dans la rue fait un faux pas, entend un craquement, éprouve une vive douleur,jet tombe, la jambe fléchie avec impossibilité de l’étendre. M. Monod constate une nouvelle rupture; l’écartement est plus considérable que la première fois. Même traitement. En novembre 1854, le malade avait repris l'usage de son membre, mais nouveau faux pas; troisième rupture sccompagnée des mêmes symptômes ; même traitement. Cette fois les accidents furent moins graves : au bout de six semaines, M... put reprendre ses occupations et marcher sans caune, bien que trainant un peu la jambe droite et fléchissant sur ce membre à chaque fois qu’il le posait par terre.

J'ai revu ce malade récemment (décembre 1857,) et j'ai constaté les faits suivants :

La rotule du côté droit est sensiblement à la même hauteur que celle du côté gauche, elle est seulement plus mobile. On la porte aisément en dehors, même pendant l'extension active du membre, de manière à simuler une luxation incompiète. Immédiatement au dessus du bord supérieur de l'os, on trouve un enfoncement très-apparent à la vue, ayant sept centimètres en hauteur, ct une largeur égale au bord supérieur de la rotule; en bas il est limité par le bord supérieur de l'os; en haut par l’extrémité inférieure, un peu renflée, du tendon du droit antérieur; sur les côtes, en dehors, par une espèce de corde saillante, tendue, très-facile à reconnaitre, même pendant l’extension passive, et que l'extension active rend parfaitement visible. En dedans, la dépression susrotulienne est moins nettement limitée; cependant, lorsque le blessé cherche à fléchir la cuisse tout en maintenant la jambe étendue, ont sent une espèce de bride moins saillante, mais analogue à celle que nous avons décrite en dehors.

Pendant la flexion de la jambe, on sent les surfaces articulaires du fémur directement sous la peau ; pendant l'extension, la rotule remonte et les recouvre. Etendu sur un plan horizontal, le blessé ne peut qu'à grand peine et fort imparfaitement fléchir la cuisse,

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à moins qu'il n’imprime préalablement à tout le membre un mouvement de rotation en dehors. Il y a une claudication légère sur la jambe droite ; malgré cela la marche est facile, sauf sur un plan incliné de haut en bas.

Ce malade, du reste, semble prédisposé aux ruptures tendineuses; car il y a peu de jours, il fut sur le point de se rompre le tendon du droit antérieur gauche; il entendit un craquement, éprouva comme une légère douleur que quelques jours de repos suffirent pour faire disparaitre.

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