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DES PARRAINS ET DES MARRAINES

La sainte Église a fait preuve d'une grande prudence en ordonnant qu'il y eût des parrains au Baptême. Ce sont des cautions et comme des seconds parents auxquels cette mère, remplie de sollicitude, recommande l'éducation spirituelle des enfants. En acceptant cette charge, on semble dire à l'Église, ainsi que l'explique saint Denys : " Je prends l'obligation de porter l'enfant, quand il sera arrivé à l'âge de comprendre les choses sacrées, par mes fréquentes exhortations, à professer et à accomplir ce qu'il promet et à renoncer entièrement à tout ce qui pourrait y être contraire. "

C'est pour cela que l'Église ne confie pas au premier venu la gestion de cette tutelle, mais seulement à celui qui peut la gérer fidèlement.

Dans le Baptême solennel, il doit toujours y avoir, sous peine de péché mortel, au moins un parrain ou une marraine, ou au plus un parrain et une marraine. Sed simul non admittantur duo viri aut mulieres. Il y aurait péché grave à admettre plusieurs parrains ou plusieurs marraines. Dans le cas où il n'y a qu'une personne pour tenir un enfant, on peut recevoir un homme ou une femme.

Que les prêtres apprennent donc aux fidèles quelles sont les obligations de parrain. On s'acquitte aujourd'hui de ce devoir avec tant de négligence qu'il ne reste plus de cette charge que le nom. On ne paraît même pas soupçonner qu'elle renferme quelque chose de saint.

Or, ce que les parrains doivent se représenter sans cesse, c'est qu'ils ont contracté l'obligation rigoureuse de considérer dans leurs enfants spirituels des personnes confiées pour toujours à leurs soins, de les former avec zèle à toutes les règles de la vie chrétienne, de faire en sorte que ces enfants spirituels se mon-

trent, pendant toute leur vie, tels qu'ils devraient être, d'après les promesses de leurs parrains au jour des cérémonies sacrées.

" Vous tous, s'écrie saint Augustin, hommes et femmes qui avez reçu des enfants au Baptême, je vous en avertis, n'oubliez pas que vous êtes devenus auprès de Dieu les cautions de ceux qu'on vous a vus recevoir sur les fonds sacrés."

Il n'est que juste que celui qui s'est chargé d'un emploi, s'en acquitte fidèlement sans jamais s'en lasser ; que celui qui s'est donné publiquement pour le maître et le gardien d'un autre, ne se permette pas d'abandonner celui qu'il a pris sous sa garde et sous sa protection, tant qu'il sait que celui-ci a besoin de ses services et de son appui.

Il est donc facile de savoir à quelles personnes on ne doit pas confier la direction de cette sainte tutelle : ce sont toutes celles qui ne voudraient pas ou ne pourraient pas s'en acquitter avec fidélité et avec zèle.

Aussi, pour être parrain ou marraine, il faut : a) avoir été baptisé ; b) être âgé au moins de quatorze ans (à moins de raisons graves) et autant que possible, avoir été confirmé et avoir fait sa première communion. Il suffit toutefois que l'un des deux réunisse ces conditions; c) avoir l'intention de servir de parrain ; d) tenir ou toucher l'enfant par soi-même ou par son procureur, pendant qu'on le baptise ; e) être désigné par les parents ou du moins par le curé. C'est toujours le parrain qui contracte la parenté et non le procureur.

Il n'y a pas de parrain ou de marraine quand il s'agit d'un ondoiement ou d'un Baptême privé. Car comme ce Baptême est presque toujours donné en danger de mort, si le baptisé meurt l'utilité du parrain disparaît ; s'il ne meurt pas, on lui donne un parrain quand on supplée les cérémonies.

Les parents et les autres qui baptisent l'enfant en cas de nécessité ne contractent pas non plus la parenté spirituelle ; pas plus que ceux qui, par curiosité ou inadvertance, sans avoir

été choisis pour parrains et sans avoir l'intention de l'être, toucheraient l'enfant quand on le baptise.

L'on doit refuser comme parrains le père et la mère de l'enfant, les ignorants, les pécheurs notoires, les libre-penseurs, les infidèles, les apostats, les hérétiques, les schismatiques, les excommuniés vitandi. Si l'on a à redouter de graves inconvénients de ces refus, on peut tolérer leur présence, pourvu qu'il y ait une marraine qui soit digne de ce nom.

Ceux qui ont reçu les Ordres sacrés, ne peuvent être parrains sans une permission expresse de leur évêque.

Un prêtre ne peut en même temps baptiser un enfant et lui servir de parrain. Il ne pourrait alors remplir l'office de parrain que par procureur.

Dans le doute si l'on peut accepter quelqu'un comme parrain, on doit consulter l'évêque, si on en a le temps.

Il n'est pas non plus permis à des catholiques d'être parrains ou marraines dans les Baptêmes protestants conférés par des ministres protestants.

Le curé est donc obligé, avant le Baptême, de s'inquiéter de la moralité des parrains qu'on lui présente pour qu'il ait la facilité d'éloigner les indignes le plus prudemment possible et sans éclat.

La raison de cela, c'est que le parrain et la marraine vont demander le Baptême au nom du néophyte. Ils vont témoigner de sa collation et resteront chargés de redire en temps opportun, à leur enfant spirituel, les promesses qu'il fit par leur bouche, s'il était inconscient, ou dont ils répondront aussi, s'il était adulte. Leurs obligations indiquent par conséquent qu'ils doivent avoir les qualités déjà énumérées ; sans elles, en effet, quelle serait la valeur de leur requête et de leur caution aux yeux de l'Église, confiante seulement en ceux qui sont véritablement siens ; quelle serait leur capacité, leur autorité, pour instruire et maintenir leur filleul dans la voie où il s'est introduit sous leur responsabilité ?

D'où, pour le prêtre, le droit de contrôler le choix des parrains et des marraines ; pour les parents, le droit de chercher avant tout les qualités sus-mentionnées chez ceux qu'ils appellent à leur venir en aide, voire même à les remplacer, s'ils faisaient défaut, dans l'éducation religieuse de leur enfant.

De là aussi la conduite de l'Église qui, pour faire mieux ressortir la réalité de l'action bienfaisante de ces répondants au Baptême, pour les attacher par des liens plus intimes à ceux qu'ils font naître à la vie de la grâce et leur en assurer davantage le respect et la docilité, établit que le seul fait d'avoir tenu officiellement sur les fonts baptismaux un néophyte, crée avec lui une parenté spirituelle, il est vrai, mais prohibitive du mariage avec le baptisé et aussi avec son père et sa mère.

Les parrains et les marraines ne contractent aucune parenté spirituelle entre eux, mais seulement avec l'enfant et ses parents.

Dans le cas. où le parrain et la marraine seraient arrivés à l'église sans être annoncés et que le curé se croirait obligé de refuser l'un ou l'autre, il le fera sans éclat, ayant soin de ne pas faire connaître le motif de son refus, pour éviter des contestations fâcheuses ; et, sans lui donner l'ordre de se retirer, il ne fera toucher l'enfant qu'à celui des deux qu'il croira pouvoir admettre, sachant qu'il suffit qu'il y ait un parrain ou une marraine.

C'est au parrain et à la marraine qu'il appartient généralement de choisir et d'imposer aux enfants leurs prénoms ou leurs noms de Baptême. Les curés ne souffriront pas que ces noms soient des noms profanes ou mythologiques. Ils auront soin qu'on leur donne des noms de saints ou de saintes reconnus et vénérés comme tels dans l'Église. Dans le cas où le parrain et la marraine se refuseraient à renoncer au nom de leur choix, le curé ajoutera à ce nom le nom d'un saint.

Les curés devront de temps en temps rappeler à leurs fidèles qu'ils doivent apprécier leur nom de Baptême, ce nom d'un saint, d'un héros véritable, d'un prince de la cour du Roi des

rois ; que c'est le seul nom qui se conservera dans le séjour de la gloire, le seul qui sera chanté d'une voix lugubre par l'officiant dans l'oraison de l'absoute à la cérémonie de leur sépulture, le seul qui puisse être prononcé au " mémento des morts " de toutes les messes célébrées peut-être dans l'avenir à leur intention, comme au " mémento des vivants "des messes que, par une précaution plus sûre, ils feraient dire eux-mêmes pour leur âme dès le présent.

Que les curés aussi engagent leurs fidèles à avoir une vive affection pour leur nom de Baptême ; car c'est celui d'un patron dévoué, d'un ami céleste, émule zélé et compagnon d'armes de leur ange gardien avec lequel il combat pour la gloire de Dieu et pour leur salut. C'est pour eux un puissant protecteur au ciel, un idéal de vertu, de force, de charité, de pureté, qu'ils doivent s'efforcer de réaliser dans leur vie quotidienne.

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