Dispositions de l'âme
Un décret de la Sacrée Congrégation du Concile du 20 décembre 1905 donne aux curés les règles à suivre quant à la communion des fidèles .
1° Il faut que la communion soit fréquente puisqu'elle répond au très grand désir de Jésus-Christ et de l'Église ; qu'elle soit ouverte à tous les fidèles de tout ordre et de toute condition,
de sorte que personne, s'il est en état de grâce et approche de la sainte Table avec une intention droite et pieuse, ne puisse en être écarté.
2° L'intention droite consiste en ce que celui qui communie ne cède pas à l'usage ou à la vanité, ou aux motifs humains, mais veuille satisfaire aux bons plaisirs de Dieu, lui être plus étroitement uni et combattre, avec l'aide de ce divin remède, ses infirmités et ses défauts.
3° Bien qu'il soit on ne peut plus désirable que ceux qui pratiquent la communion fréquente soient exempts de péché véniel, néanmoins il suffit qu'ils soient exempts de fautes mortelles, avec la résolution de ne plus pécher dans la suite. Avec cette résolution sincère, il peut se faire que ceux qui communient souvent s'affranchissent peu à peu des péchés même véniels et de l'affection à ces péchés.
4° Comme il est évident que la réception fréquente ou quotidienne de la sainte Eucharistie augmente l'union avec le Christ, alimente plus abondamment la vie spirituelle, orne l'âme d'une plus grande somme de vertus et procure même en communiant, un gage plus assuré de la félicité éternelle, les curés, les confesssurs, les prédicateurs doivent exhorter le peuple chrétien à cette pieuse et salutaire pratique par de fréquentes admonitions et avec un grand zèle.
Il est impossible de ne pas voir le lien étroit qui existe entre la piété et la sainte Eucharistie. Après le témoignage des martyrs, des docteurs, nous avons le témoignage de la vertu. Quand nous cherchons dans les annales de la sainteté quelle a été la cause inspiratrice, le soutien des vertus héroïques que nous admirons dans les Saints, nous les trouvons dans l'Eucharistie. C'est merveille d'entendre ces. âmes saintes célébrer la bonté du Dieu caché de l'Eucharistie, se réclamer de lui et déclarer bien haut que, sans ce don sacré, la force leur manquerait à jamais.
Que tous les prêtres fassent surtout comprendre aux fidèles qui se croient indignes de communier souvent que la sainte
communion n'est pas un prix de perfection, elle n'est pas une prime donnée à la vertu, elle n'est pas une récompense ; elle est une nourriture céleste que Dieu leur offre pour les faire mieux vivre. Sans doute, ils sont indignes de communier : on est toujours indigne de recevoir Jésus-Christ ; cependant cette excuse n'est pas valable. Si l'on voulait raisonner ainsi, il faudrait s'abstenir d'assister au saint Sacrifice, d'entrer dans les églises et même de prier Dieu ; car nul n'est digne de faire tout cela. Ils sont indignes de communier, c'est vrai, mais ils en ont besoin ; Jésus-Christ les y invite ; par conséquent, ils doivent lui obéir ; ils lui seront plus agréables en agissant selon ses désirs qu'en agissant autrement.
5° Le prêtre, comme le fidèle, doit n'avoir sur la conscience aucun péché mortel pour recevoir la sainte Eucharistie et, si ce malheur lui arrivait, il devrait d'abord se confesser. Et dans le cas où il n'aurait pas de confesseur à sa portée, alors qu'il serait dans la nécessité de célébrer, il devrait s'exciter à la contrition parfaite avec l'obligation de se confesser quant primum, quelle que soit la perfection de sa contrition. Dieu a dit à ses ministres et cela s'applique aussi aux fidèles : Pavete ad sanctuarium, tremblez devant mon sanctuaire ; sancta sanctis, les choses saintes ne sont que pour les saints ; sancti estote sicut et ego sanctus su?n, soyez saints comme moi-même je suis saint, vous qui prétendez à l'honneur de vous approcher de mes autels et de vous asseoir à ma table.
On peut dire que l'on n'a pas de confesseur à sa portée, lorsqu'il n'y a aucun confesseur qui soit à une proximité abordable sans de trop grands inconvénients, ou bien lorsqu'il n'y a dans la localité qu'un prêtre sans juridiction, ou im prêtre auquel on ne pourrait s'adresser pour des raisons majeures. Sola verecundia non esset sufficiens.
Quoiqu'il en soit, même dans le cas où le prêtre n'aurait que des péchés véniels sur la conscience, s'il est soucieux de la sainteté de son ministère, et pénétré de l'amour de son Dieu, il ne montera jamais au saint autel sans avoir fait un acte de contrition aussi parfaite que possible.
Le fidèle qui a oublié un péché mortel involontairement dans sa confession n'est pas obligé de se priver de la communion parce que sa faute a été indirectement remise avec les autres péchés qu'il a déclarés.
Le fidèle qui doute s'il a péché ou s'il n'a pas péché mortellement, peut communier, après avoir fait un acte de contrition pour assurer le fruit du sacrement. L'obligation de se confesser ne lie que ceux qui ont la certitude du péché mortel qu'ils ont commis.
6° Les fidèles peuvent communier tous les jours de l'année, excepté le Vendredi saint (si ce n'est pour le saint Viatique) ; on peut faire la communion le Samedi saint pendant et après la messe.
7° Régulièrement la communion doit avoir lieu pendant la messe, mais, pour un motif convenable, elle peut être faite avant ou après la messe et même à toute heure qui permet la célébration de la messe. Il faudrait avoir une raison grave pour la donner plus tard.
En pratique, on ne doit pas se montrer sévère pour accorder la communion extra missam. Cependant, il est bon de rappeler que la communion faite intra missam est plus conforme à l'esprit de l'Eglise.
8° Le fidèle du rite oriental qui n'a pas un prêtre de son rite peut communier de la main d'un prêtre du rite latin avec du pain azyme et vice-versa.
9° L'âge de première communion est l'âge de discrétion, c'est-à-dire l'âge où les enfants hujus admirabilis sacramenti cognitionem aliquam acceperint et gustum hàbeant. (Catéchisme romain). Or, cet âge varie suivant la capacité et l'intelligence des enfants. On ne doit pas exiger certainement une pleine connaissance mais seulement une cognitio aligna de ce grand sacrement ; ni une ardeur de séraphin, mais seulement un certain goût. Il est grandement désirable que l'enfant s'approche de la communion avant que le péché actuel ait enlaidi son âme.
10° Les prêtres ne manqueront pas de pousser les enfants et les jeunes gens à la communion fréquente. Il est certain qu'un enfant, qu'un jeune homme qui, malgré sa légèreté, malgré ses fautes, s'approche souvent de la sainte Table, s'il y apporte l'état de grâce et l'intention droite, contractera des habitudes profondes de prière, de foi, d'amour, d'union à Notre-Seigneur, en un mot, de vie chrétienne, et deviendra capable de résister à~ tous les assauts des passions.