‹ Des sacrementsChapitre 87 sur 113 · DE L'OFFERTOIRE AU SANCTUS · texte numérisé non relu

DE L'OFFERTOIRE AU SANCTUS

La première partie de la messe est terminée. Le prêtre entre dans le Sancta Sanctorum. Au moment où il découvre le calice pour faire l'offrande, son âme doit s'attendrir en pensant à ce Sauveur si magnanime tout à la fois et si doux qui se laisse dépouiller de ses vêtements et présente ses membres divins aux déchirements de la flagellation. Il se découvre pour nous à la rigueur de la justice de son Père.

C'est la même hostie que le prêtre offre, quelle que soit son indignité : Quam ego indignus famulus tuus offero tibi ; hos-

tie pure et sans tache, immaculatam hostiam ; c'est au même Dieu qu'il l'offre, à ce Dieu dont la sainteté, la toute puissance, l'éternité ne sont pleinement honorées que par une vie cime qui réunit en elle les mêmes perfections infinies. Suscipe, sancte Pater, omnipotens, œterne Deus.

Que le prêtre offre cette hostie pour le mal qu'il a fait, pour le bien qu'il eût dû faire, pour les imperfections sans nombre qui se sont glissées dans ses œuvres les plus excellentes en ellesmêmes : Pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negligentiis meis.

Puisse cette hostie obtenir miséricorde pour lui sans doute, mais aussi pour ceux qui entourent l'autel, pour tous ceux à qui il s'intéresse, afin que tous arrivent à la vie éternelle : Ut mihi et Mis proficiat ad salutem in vitam œternam.

Puis le prêtre dépose sur le corporal le pain qu'il vient d'offrir et qui sera dans un instant le corps de Jésus-Christ. Cette cérémonie si petite en apparence et qui passe inaperçue pour le prêtre qui a peu d'esprit intérieur, est capable de toucher jusqu'aux larmes celui qui a reçu de Dieu ces yeux éclairés du cœur que saint Paul désirait si vivement à ses disciples. Il croit voir le divin Agneau s'étendant sur l'autel de son immolation, Jésus se livrant à ses bourreaux pour être sacrifié. Quel beau moment pour nous offrir à Dieu sans réserve, en union avec le Sauveur, nous et tout ce qui nous appartient, nos corps, notre vie, nos biens, pour n'en faire usage que selon sa sainte volonté ; notre âme et toutes ses facultés, afin qu'il nous dirige par son esprit et nous transforme en la ressemblance de son divin Fils, comme il va changer le pain et le vin au corps et au sang de ce Fils bien-aimé !

Le prêtre purifie alors le calice et y met le vin auquel il mêle un peu d'eau. C'est son devoir de penser à l'union ineffable de sa nature, figurée par l'eau, avec la personne du Verbe figurée par le vin, de soupirer après une intime union avec son Sauveur, et de même que l'eau dont il a versé quelques gouttes dans le calice perd en quelque façon ses qualités naturelles

pour prendre celles du vin dans lequel elle est comme absorbée, ainsi il doit demander que son âme, dépouillée de ce qu'elle avait d'imperfection, soit changée en une âme toute divine.

Puis, il offre le calice à Dieu. Offerimus, dit-il. Lorsqu'il offrait le pain, il parlait en son nom ; maintenant il dit : " nous offrons ", il parle au nom de tous. Le peuple pour qui il vient de prier, qui a été béni et représenté dans le calice par le mélange de l'eau, prie présentement et offre avec lui, calicem salutaris. Cette coupe sera dans un instant le calice du sang de Jésus-Christ. Elle est donc justement appelée le calice du salut.

Tuam deprecantes clementiam. Une s' sainte offrande ne peut manquer en elle-même d'être agréable à Dieu. Et ce n'est pas sous ce rapport que le prêtre a besoin de recourir à sa clémence pour qu'elle soit reçue en odeur de suavité. Mais si le don plaît à Dieu, que de choses peuvent et doivent lui déplaire en ceux qui le représente ! De plus, le prêtre s'offre lui-même et qui est-il ? Mérite-t-il de paraître en présence de sa divine majesté ? Pro nosira et totius mundi sahde.

Plus le sacrificateur avance dans son auguste ministère, plus il sent combien il est éloigné de la sainteté qu'exigerait une fonction si céleste. Aussi voyez-le, la tête inclinée et les mains jointes sur l'autel, offrant à Dieu pour premier sacrifice celui d'un cœur contrit et humilié. In spiritu humilitatis et in animo conbito suscipiamur a te Domine.

Après avoir fait cet acte d'humilité, le prêtre croit pouvoir s'approcher avec confiance du trône de l'infinie majesté. Il élève donc les yeux, ses mains, tous ses désirs vers les collines éternelles d'où il attend son secours. IL invoque l'Esprit de qui découle toute sanctification, le Dieu tout puissant et éternel, pour qu'il bénisse ce sacrifice préparé à la gloire de son nom : Veni, sanctificator , omnipotens, œterne Deus et benedic hoc sacrificium tuo sancto nomini prœparatum.

Le prêtre va ensuite se laver les mains. L'Église veut encore lui rappeler avec quelle pureté spirituelle il doit s'approcher de

l'autel, libre noD seulement de tout péché, mais aussi de toute imperfection. Il retourne au milieu de l'autel, il s'incline de nouveau devant la majesté du Sauveur et, en son nom, au nom de tous les fidèles, il offre cette oblation du Christ tout entier en l'honneur de Marie toujours vierge, de saint Jean-Baptiste. . . et de tous les Saints, ut Mis proficiat ad honorem, nobis autem ad salutem.

Maintenant le grand moment approche ; maintenant que le prêtre se dispose à entrer dans le Saint des saints, comme Moïse dans la nuée mystérieuse, pour s'entretenir avec Dieu seul, il prend en quelque sorte congé des fidè^s vers lesquels il ne se tournera plus jusqu'à ce qu'il ait consommé le sacrifice, le ministère qu'il va remplir l'élevant au-dessus de l'humanité et le séparant entièrement de tout ce qui tient à la terre. Il se croit obligé d'avertir ses frères que si l'Église prie pour tous elle exige que tous prient pour les nécessités communes. Il réveille leur attention ; il les excite à remplir ce saint devoir : Orale fratres. Il va penser à eux, qu'ils pensent à lui ; il va plaider leur cause, qu'ils n'oublient pas les droits qu'il possède à leur charité. Le sacrifice qu'il va offrir est le sien comme il est le leur. Meum et vestrum sacrificium. Il importe à tous qu'il soit bien reçu de Dieu, le Père tout puissant, ut acceptabile fiât apud Deum Patrem omnipotentem.

A une exhortation si salutaire, si juste, que répondra le peuple ? Suscipiat Dominus sacrificium de inanïbus tuis. Oui, nous prierons le Seigneur de recevoir favorablement l'offrande que vos mains lui présenteront. Avec l'adorable victime que vous allez immoler nous ferons hommage à Dieu de notre obéissance, à ses ordres, de notre confiance dans ses bontés, de notre reconnaissance pour ses bienfaits. Ad laudem et qloriam nominis tui. Et en demandant que son nom soit loué et glorifié, nous le supplierons d'épancher sur nous le trésor de ses miséricordes : ad utilitatem quoque nostram totiusque Ecclesiœ suœ sanctœ.

Après avoir exhorté le peuple à la prière, le sacrificateur, pour prier lui-même, se recueille dans un silence profond. Ses

communications avec Dieu sont devenues plus intimes. L'oraison qu'il fait alors est appelé par l'Église, oratio sécréta.

Puis le célébrant ne se tourne plus vers le peuple ; on dirait qu'il craint de se distraire dans un moment où toute l'attention dont un homme est capable est à peine suffisante. Mais il presse les assistants de quitter la terre, de porter jusqu'au trôre de Dieu toutes leurs pensées, tous leurs désirs, toutes leurs affections : Sursum corda ; il les supplie de rendre grâces à Celui de qui nous recevons tous les biens : Gratias agamus Domino Deo nostro. Et les fidèles proclament qu'il n'y a rien de plus juste, de plus conforme à la raison, à la dignité de Dieu et à la nôtre : Dignum et justum est.

Oui, dit le prêtre, c'est toujours et en tout lieu, semper et éthique que nous devons remercier Celui qui partout et toujours signale sa miséricorde et sa tendresse à notre égard. Il est le seul Seigneur, tu solus Dominus, le seul saint, tu solus sanctus. Il est le Dieu tout puissant et éternel, Domine sancte Pater omnipotens, œterne Deus. Aussi il faut mêler nos voix à celles des anges pour chanter sur la terre les cantiques sacrés dont ils font retentir les cieux : Sanctus, saîictus, sanctus.

Pourquoi ce cantique et cette préface si remplis de mystères ? Pour rappeler au prêtre qu'il n'est plus un simple mortel et qu'il va se trouver au milieu des esprits célestes, devant la divine Majesté.

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