Des satyres, brutes, monstres et démons
'avocat au Parlement, François Hedelin, auteur de ce Traité des Satyres, brutes, monstres et démons, s'est rendu beaucoup plus célèbre , une fois entré dans les Ordres, sous le nom d'abbé d'Aubignac, ce fameux abbéd'Aubignac qui, d'après Voltaire (i), avait tant lu Aristote et disait tant d'injures à Corneille, « sans avoir la première idée de cette pratique du théâtre qu'il croyait enseigner. » Sa Pratique du théâtre est, toutefois, demeurée en possession d'une certaine notoriété, ne serait-ce que pour la rigueur des régies qui y sont exposées et d'après lesquelles nous n'avons pas une seule tragédie sans défaut capital. Son Traité des Satyres, connu seulement des curieux, est son premier ouvrage et semble avoir été relégué
(i) Commentaire sur Corneille (Avertissement du Commentateur).
VI AVANT -PROFOS
dans l'oubli par lui-même, lorsqu'il fut devenu tout à la fois un prédicateur renommé et un théoricien de l'art dramatique en butte aux anathémes de quiconque écrivait pour la scène, tant il était difficile à satisfaire. Ce critique acerbe prêta , du reste, à rire, lorsque, voulant enfin mettre en pratique ses propres théories, il accoucha péniblement d'une tragédie injouable et illisible, quoique conforme en tout aux régies et, par conséquent, d'une perfection absolue.
Bien qu'il ne fût pas encore prêtre lorsqu'il recherchait curieusement ce que pouvaient bien être ces Satyres dont l'existence nous est attestée non seulement par les poètes Grecs et Latins, mais par les Pères de l'Église , François Hedelin devait avoir déjà quelque vocation pour la théologie : car c'est en théologien qu'il a traité le sujet, et, de même que plus tard il ne jurait que par Aristote, ii ne jure ici que parla Genèse. Il fut donc toute sa vie l'homme d'un livre. Du moment qu'on est certain, par la Genèse, qu'il n'y avait pas un seul Satyre dans l'arche de Xoé, ces êtres singuliers doivent nécessairement rentrer dans une catégorie quelconque de ceux que Dieu créa durant les sept jours de la grande Semaine. Suivant les cas et les particularités qu'on peut déduire des récits des auteurs, Fr. Hedelin en fait tantôt des singes, le naturel lascif de ces