AVANT-PROPOS VII
animaux expliquant d'ailleurs autant que de besoin les enlèvements de nymphes ou de femmes par lesquels se sont toujours distingués les Satyres, quand on en rencontrait communément dans les bois ; tantôt des monstres, produits incestueux de l'homme et de la chèvre, ou de la femme et du bouc : les physiologistes ne croient guère à la fécondité de pareils croisements, mais quoi ! Saint Jérôme n'a-t-il pas vu de ses yeux, dans le désert, des Satyres nés de filles et de singes ? Ces singes ou ces monstres ne sont donc que des animaux, des bêtes brutes, dépourvues totalement d'âme immortelle . V hippocentaure et le Satyre avec lesquels Saint Antoine, allant rendre visite à l'ermite Saint Paul, eut une conversation aussi longue qu'instructive, nécessitent naturellement une troisième catégorie, car ceuxlà étaient non seulement raisonnables, mais doués de l'esprit de prophétie : c'étaient des démons, affirme l'auteur, et il a ainsi réponse à tout.
On ne manquera pas de rapprocher les Satyres de François Hedelin, d'un autre traité du même genre : De la Démonialité et des animaux incubes et succubes, par le P. Sinistrari (i). Celui-ci, en s' appuyant sur les
(i) Paris, Liseux, 1875, in-8. — Seconde édition, 1876, pet. in-18.
Vill AYANT-PROPOS
mêmes textes, arrive à des conclusions tout autres, car il démontre péremptoirement que les intéressants objets de son étude sont des êtres doués de raison, rachetés par le sang de Jésus-Christ, et capables de damnation ou de salut ; il n'a écrit son livre qu'en vue de cette thèse, si improbable au premier abord, et dont pourtant il se tire avec une rigueur de déduction qui lui fait le plus grand honneur.
Ces deux thèses contradictoires se complètent et sont, chacune dans son genre, des modèles de discussion théologique.
Alcide Boxneau.
Mars 1838.
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