LIVRE
et de sa grandeur, il en fit le petit Dieu de l'Univers. Il s'en trouve neantmoins de si mescognoissans de ceste grâce infinie, et si ennemis de leur excellence, qu'ils se sont efforcez de communiquer ceste divine humanité aux'bestes brutes, et les eslever jusqu'au degré de leur perfection, ou bien, injurieux à soymesme, rabaisser l'eminence de leur nature, et la rendre esgale à la brutalité. Paracelse, entre ses autres imaginations non moins impies qu'audacieuses, imposant aux oeuvres et à la main de Dieu, a bien osé constituer cinq espèces d'hommes difîerens, dont la première est de ceux qu'il appelle Adamiques, c'est à dire cnfans d'Adam; et les quatre autres, qu'il faict spirituels et mortels en leur tout, à la création desquels Dieu n'a jamais pensé, il les distribue dedans les Elemens, s'imaginant que dans chacun habitent certaines créatures raisonnables, qu'il appelle dans le feu Salamandres et Vulcans, dans la terre Pygmées, dans
les eaux Nymphes et Tritons, et dedans l'air Satyres. Encore certes m'estonné-je comme il n'a point passé plus avant, et à l'exemple de Xenophanes, basty des citez et porté sur les aisles de ses resveries des peuples entiers dans le ventre du Soleil et de la Lune, les remplissant, selon la Philosophie des Pythagoriciens, d'hommes et d'animaux quinze fois plus grands que ceux de ce monde.
Depuis quelques années, François Pic Comte de la Mirande, cheminant sur les voyes d'une pareille doctrine, a laissé dans ses escrits une opinion indigne à mon advis de son nom : car il soustient que la définition de l'homme, animal raisonnable, ne luy est pas naturelle, ny particulière, et que les Satyres estant aussi animaux raisonnables, il est nécessaire de mettre deux espèces d'hommes, dont l'un sera homme Satyre, et l'autre homme non Satyre. Vadian en ses Commentaires sur Mêla, s'approche fort de ceste opinion quand il fait les Satyres