LIVRE I
véritablement hommes. Diodore et Pline en plusieurs endroits, l'Autheur de la Généalogie des Dieux, et une infinité d'autres Historiens, peu soucieux de la vérité, se sont laissez emporter à ceste croyance. Plusieurs mesme dont la raison plus forte sesoustient un peu mieux, ne peuvent pas dire qu'il n'y a point de Satyres, d'autant que l'Histoire en fournit trop d'exemples pour en douter, et n'osent pourtant nier absolument qu'ils soient hommes, parce que ceux dont les Autheurs font mention, se sont montrez trop semblables à nous, et de corps et d'esprit. Et ce qui m'a donné plus d'estonnement et de subjet d'entreprendre ce discours, est que ce grand œil des Escritures, SainctHierosme, semble luymesme avoir bronché contre ceste pierre, et sans prendre garde aux conséquences, s'estre laissé négligemment aller au cours de ceste erreur vulgaire : car de quelque espèce de Satyres dont il parle en ses œuvres, il les appelle tousjours hommes.
xMais bien que tant de grands personnages, dont les escrits mentent une éternité, et les ombres estre adorées des siècles à venir, ayent tenu ceste opinion, pour dépendre neantmoins la dignité de l'homme, à laquelle il semble que l'on veuille faire participer des monstres, qui n'ont rien de ce que l'on veut leur attribuer, et donner une entière cognoissance de ce qu'ils sont : nous soustenons que les Satyres ne font point une espèce d'animaux raisonnables, distincts et séparez de la nostre, c'est à dire qu'ils ne sont point hommes, et qu'il ne peut y avoir d'autre espèce d'homme que les Adamiques, pour parler avec nostre Paracelse. Et que si l'on a veu certains animaux avoir en leur figure quelque rapport au corps humain, ce ne sont que vrayes espèces de bestes brutes, ausquelles donner le nom d'homme seulement est sacrilège; ce que l'on peut aisément prouver par des raisons si naturelles et si sainctes, qu'il n'y