LIVRE V
seigne trop certainement qu'il n'y a qu'un seul monde, créé et aymé de Dieu, composé de toute nature, ayant un corps entier et content de soy-mesme, sans avoir besoin- de rien d'ailleurs.
C'est une parolle assez commune, et Aristote mesme nous l'enseigne en ses Problèmes, que toutes les choses humaines se meuvent en figure circulaire, et qu'estant retournées au point de leur origine, elles joignent leur fin à leur commencement. En quoy Philon rencontre fort subtilement, disant que les gens de bien, après avoir tourné leur compas sur toutes les actions de ce monde, vont finir un cercle admirable dans le Ciel, au mesme lieu où ils l'avoient commencé. Or, soit qu'en effect la nature des choses d'icy-bas soit telle, ou qu'une fortuite rencontre nous ait faict tomber dans ce cercle philosophique, ce traicté s'estant insensiblement replié sur luy-mesme et retourné au mesme discours de l'Univers dont nous
avons tiré son commencement, nous estimons que pour ne démentir ce cours gênerai de toutes choses, il est raisonnable de finir en cet endroict, et mettre pour Autels et colomnes de ce petit voyage que nous avons entrepris sur une mer incognue, l'espérance que la nouveauté du subject le fera recevoir d'aussi bonne part comme les difficultez en sont grandes et espineuses.