LIVRE V
vertes, qu'elle estoit toute impure et immonde.
Quant à la terre ferme et immuable sur le point indivisible qui la supporte, et entre-couppée de montagnes, elle estoit figurée par la corne dure et entr'ouverte des pieds de chèvre du Dieu Pan : les plantes et les arbres qui la décorent, par le grand poil et les gazons verds dont ses cuisses estoient revestues, et les animaux, par la brutalité de ces parties.
Peut-estre que la figure humaine, dont la moitié de ce Dieu estoit honorée, pourroit représenter l'homme, le plus sainct et admirable ornement de l'Univers. Mais nous dirons plustost que par là estoit figurée ceste vieille Proneia des Stoïques, c'est à dire ceste sage raison et providence éternelle qui gouverne toute la nature. Raison que les Platoniciens disoient estre yssue de la propre substance de Dieu, et participante d'entendement, d'ordre et d'harmonie, et
que diffuse en la matière, comme dans un corps qu'elle informe, non seulement elle anime et vivifie toutes les parties de ce grand Tout, mais aussi les régit avec poids et mesure selon les ordonnances éternelles de la nature.
Reste la solitude que ce Dieu cherissoit tant, par laquelle l'unité du monde estoit demonstrée contre les resveries de Democrite, d'Anaximander et de leurs sectateurs, qui faisoient naistre une infinité de mondes, s'entreproduisant les uns les autres, et dont ceux qui perissoient hors cestuy-cy estoient causes souvent des pestilences et accidens extraordinaires. Qui pourroit admettre les extravagances de cet Heraclides, qui constituoit en chacun des astres un monde pareil à cestuy-cy, et le triangle imaginaire de Petron composé de cent quatre-vingt trois mondes, s'entretenant comme ceux qui sont en une dance? La raison, la doctrine publique, et l'opinion mesme du divin Platon, nous en-