‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 21 sur 130 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

peine trouver l'estendue de la terre assez spatieuse pour les contenir. Si bien que, pour deffendre une faulseté, il faudroit faire une impieté, et dire qu'ils sont véritablement ces Pans, ^Egypans, etdemy Dieux du Paganisme, qui ne pouvoient estre veus (selon Servius) que quand bon leur sembloit, et qui ne rendoient point leurs oracles, s'ils n'estoient surpris yvres, endormis, et attachez de forts liens : car alors seulement ils estoient contraincts, comme un Protee, de se laisser voir librement et de parler. Ainsi le Silène de Virgile est arresté par Chromis et Mnasylus, pendant qu'il respire les fumées du vin qui l'avoient assoupy, et de la mesme sorte, Picus et Faunus furent violentez par Numa, lors qu'il voulut sçavoir d'euxl'expiationdu foudre.

Mais sans nous arrester à telles Fables trop foibles pour introduire une opinion à laquelle le sens commun résiste de luy mesme, nous passerons aux autres raisons qui monstrent très évidemment

que ces Satyres ne peuvent estre immortels en leur tout.

Toutes les choses du monde ont leur fin terminée, et rien ne peut subsister dessoubs les Cieux éternellement. Tout generable, dit le Philosophe, est corruptible, c'est à dire que la fin de chasque chose dépend de son origine, et que tout ce qui prend sa naissance par la génération, trouvera sa fin par la corruption. Les plus sçavans Romains, dit Plutarque, estimoient que la Déesse Libitina, Déesse de la mort, estoit Venus, attribuant, non sans cause, la supériorité de ce qui concerne le commencement et la fin de la vie des hommes, à une mesme puissance de la Divinité. Car les Cieux qui sont les pères de toutes choses engendrées, ne laissent pas long temps durer leurs ouvrages, et tout ce qu'ils ont produict au jour parle meslange des quatre Elemens, ils le réduisent incontinent à ses premiers principes : ressemblant en cela ces petits enfans qui, se jouant sur le bord de la

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