LIVRE I
composé des quatre Eléments, il ne se résolve aux mesmes Eléments. LesPayens ont bien creu l'immortalité de l'ame; mais pour le corps, bien que leur doctrine fust en beaucoup d'autres choses erronée, ils ne peurent se l'imaginer; et ce que l'on conte de la fin de Romulus et des autres, que les peuples abusez disoient avoir esté transportez en corps et en ame dans les Cieux, estoit réputé pour fable parmy les doctes de ce vieux temps. C'estoit bien un crime parmy eux de reprouver la Divinité des âmes vertueuses : mais d'envoyer avec elles des corps pesants et terrestres pour s'immortaliser, ils le tenoient pour sottise, d'où vient que Pindare dit :
Tous corps doivent mourir : l'ame seule, à
tousjours Vive, malgré la mort éternise ses jours.
Quelle impertinence donc seroit-ce à nous, qui sommes plus clair-voyans en cette vérité, de soustenir l'immortalité
du corps des Satyres, veu mesme la monstrueuse difformité de toutes leurs parties? Car cette ressemblance extérieure qu'ils ont avec le bouc, animal infect et tout corrompu, me semble une preuve assez naturelle de la corruption de leurs corps. Mais sans chercher d'autres preuves de leur mort, que l'expérience, si les Satyres dont l'histoire faict mention, sont de ceux que l'on veut dire estre hommes, il ne faut point douter qu'ils ne soient mortels, puisque l'on les a veu mourir, et les corps morts embaumez, portez de pays en autre pour les faire voir aux Princes et aux Roys, et qu'il s'est trouvé, selon Pausanias, des sepulchres de Silènes et Satyres, chez les Hebrieux et Pergames.
Quant à l'immortalité partiale dont nous avons parlé, c'est à dire, par laquelle une créature se rend immortelle selon quelqu'une de ses parties seulement, elle ne peut estre, non plus que l'autre, donnée à l'homme Satyre, pour