LIVRE I
des inconveniens d'une trop énergique et saincte considération. Car cette partie immortelle du Satyre (que nous nommerons Ame, n'ayant point d'autre nom pour l'expliquer), par laquelle il survivroit à la mort, ne pourroit trouver aucune retraicte en l'autre vie, et l'on ne pourroit par aucun discours vray-semblable rendre raison de son estât après la séparation du corps. Les Pythagoriciens estoient bien de cette opinion, que les âmes, après la mort, trouvoient dans la Metempsychose la peine ou la félicité de l'éternelle vie, en se revestant de nouveaux corps parfaicts, ou imparfaicts, avec quelque conformité aux vertus ou aux vices qu'ils avoient exercez au monde. Orphée, Hésiode, et quelques autres, disoient que les âmes des gens de bien estoient transformées en bons Anges, et celles des meschans en démons malicieux. Plutarque avec l'opinion commune estimoit que les âmes des vertueux, d'hommes devenoientSaincts,de Saincts,
demy-Dieux, et de demy-Dieux, après qu'ils estoient parfaictement, comme es Sacrifices de purgation, nettoyez et délivrez de toute passibilité, Dieux entiers et parfaicts, recevant une fin très heureuse et très glorieuse : et que celles des meschans, après la sentence des Juges infernaux, estoient traisnées par les Furies dans un lieu de supplices pour estre éternellement tourmentées. Bref il n'y a jamais eu Philosophe, ny nation, qui n'ait laissé croire à son sentiment naturel, que quelque béatitude, ou quelque peine attend les hommes dans l'éternité de la seconde vie.
Mais que pourroit-on dire des âmes des hommes Satyres, lors qu'elles abandonneroient leurs membres monstrueux ?
que pourroient-elles devenir? quels supplices pourroient-elles craindre, et quelle gloire espérer? Car selon la doctrine véritable de nos saincts Livres, l'Enfer ny le Paradis ne seroient point pour elles. Quant aux tourmens de l'Enfer, ceux-là