LIVRE IV
Les Hebrieux appelloient Dieu Machom ou Hammachom, c'est à dire, Lieu, comme toute chose estant en luy, et luy en toute chose. Et pour la mesme raison les Stoïques le faisoient de figure ronde, à l'exemple de celle de l'Univers. Car Dieu certes est ce cercle Platonique, dont le centre est universel et la circonférence sans borne, qui remplit toutes choses, dit Symmache, et qui se trouve présent, dit le Psalmiste, mesme dans les enfers. Les Payens, instruicts de la simple humanité, ont bien eu cette croyance qu'il n'y avoit partie ny lieu dans ce grand tout, qui ne fust assisté de la présence de la Divinité. Mais leur Religion ayant tousjours franchy les termes de la vérité, dont ils ont suivy l'image et l'ombre seulement, comme si un Dieu seul ne pouvoit estre, et agir par tout de luy mesme, ils en admettoient plusieurs, ausquels ils attribuoient diverses puissances, limitées dans les diverses parties du monde, dont chacun
d'eux avoit la charge, et au régime desquelles ilsestoient séparément ordonnez.
La Poésie fut le flambeau Nauplien, dont la malencontreuse lumière, les faisant esgarer du juste cours de la raison, les précipita dans cette erreur où ils ont fait naufrage : car les doctes du premier aage, ainsi qu'escrit Maxime Tyrien, voyant que le nom de Philosophe estoit odieux au vulgaire, et que les merveilles qu'ils enseignoient de Dieu sembloient impossibles à l'ignorance des grossiers, furent contraincts de se faire Poètes, et chanter sous paraboles et conceptions asnigmatiques les effects de la Divinité. Ce qui fut cause que les peuples, s'arrestant à leurs vers et non pas à leur intelligence mystique, receurent ce nombre infini de Dieux qu'ils honorèrent si religieusement. Hérodote nous a bien voulu persuader qu'auparavant Hésiode et Homère, l'on n'avoit point ouy parler de la race et généalogie de tant de Dieux :
mais Orphée pourtant (si les hymnes