LIVRE IV. IO
que nous avons sont de ce vieil Chantre Thracien, long temps avant l'aage de ces deux premiers) avoit desja célébré par ses vers, la pluralité des Dieux qui des lors estoient rêverez. De ces mystérieuses Poésies donc, sortirent les trois frères pour partager entr'eux l'Empire universel de cette superbe machine, tout ainsi qu'une succession, dont les lots furent divisez et mesurez par une enclume de fer, roullant durant trois jours entiers du sommet de l'Olympe aux abysmes de la terre. Des erreurs de cette mesme doctrine, sont venues toutes ces autres divinitez qu'ils nommoient petits Dieux, dont ils estimoient la puissance estre subordonnée à ces trois souverains, qui les avoient distribuez çà et là par le monde au gouvernement de quelque partie. Ainsi les Naiades eurent un soing particulier des eaux, Pomone des fruicts, et Flore des beautez des prairies : les montagnes furent données aux Orcades, les Dryades fomentèrent la génération
IOé DES SATYRES
des arbres, et mille autres telles resveries les emportèrent dans la fausse croyance de la multiplicité des Dieux.
Du nombre de ces petites divinitez estoient ces Dieux champestres, qui furent jadis adorez sous les noms de Pans, jEgypans, Faunes, Sylvains, Satyres, et Tytires, dont les Idoles furent pourtraictes d'une figure monstrueuse demyhomme et demy-chevre, ausquels ils disoient la garde des forests et des déserts avoir esté commise, et qu'ils honoroient de Prestres, Temples et Sacrifices, à l'exemple de ceux qu'ils estimoient leurs plus grands Dieux : comme l'on peut voir amplement dans les Autheurs qui ont traicté des Dieux des Gentils, de leurs Images, Festes et Sacrifices. Et bien que les Fables, confuses avec quelques rencontres de l'histoire, semblent avoir rendu ces Dieux différents les uns des autres, distingué ces noms, et diversifié leurs Festes de quelques légères cérémonies, il est pourtant certain que tous