LIVRE IV. II
que les fables contoient des Faunes et Satyres , affermirent les fondements , esbranlables à Dieu seul, des honneurs divins que les Payens rendcient avec tant de dévotion à ces faux demy-Dieux, habitans les déserts, et gardiens de leurs trouppeaux. Et ces Démons ainsi revestus de ceste forme difforme, et de ceste monstruosité effroyable , constituent la dernière espèce de Satyres, dont nous avons à discourir.
Mais affin de ne nous pas arrester à un récit aussi long comme il seroit ennuyeux, de tout ce que les Autheurs ont escrit de l'apparition des Démons, sous la forme des Satyres, et des exemples sans nombre dont les Histoires font mention, nous nous contenterons pour authorité, de ce que nostre Ronsard, ce génie de la Poésie Françoise, en l'ame duquel est ressuscitée la sacrée science des vieux Poètes, en a escrit en l'Hymne qu'il a faict des Démons, selon la doc-
trine d'Orphée, et de toute l'antiquité :
Les uns aucunefois se transforment en Fées, En Dryades des bois, en Nymphes, et Napsees, En Faunes et Sylvains, en Satyres et Pans, Qui ont le corps pelu, marqueté comme Fans ; Us ont l'orteil de bouc, et d'un Chevreil l'oreille, La corne d'un chamois, et la face vermeille Comme un rouge croissant ; et dansen t toute nuit, Dedans un carrefour, ou près d'une eau qui bruit.
Et pour exemple il nous suffira d'en rapporter deux seulement, dont le premier sera tiré des Histoires anciennes.
Ce bon coureur Philippides, estant envoyé par les Athéniens en Lacedemone, peu avant la journée de Marathon, s'apparut soudainement à luy un spectre, qui se dit estre le Dieu Pan, et luy commanda d'advertir les Athéniens, de le révérer d'oresenavant plus qu'ils n'avoient fait par le passé, luy promettant d'assister de sa faveur leurs armes contre la puissance espouventable des Perses.
Aussi les Athéniens, après l'heureux succez de ceste guerre, dressèrent un Tem-