LIVRE IV
toit au Temple de Jupiter Capitolin, où après les offrandes faictes aux Dieux, il se revestoit de la robe Royale, et prenoit les superbes enseignes de la souveraineté qui luy estoit concédée : puis en cet équipage magnifique, venoit sur la place se faire voir au peuple qui le recevoit avec grandes acclamations : ainsi lisonsnous qu'il fut pratiqué en la personne du religieux et pacifique Numa, et depuis en l'élection des Capitaines et Magistrats de Rome. Il semble que l'on pourroit dire avec raison que le mesme est arrivé de tous les Démons qui ont esté par les anciens rêverez avec tant de sainctes cérémonies. Car si tost que la superstition, par une tacite approbation des peuples abusez de quelques religieuses nouveautez, en avoit faict des Dieux, ils se retiroient dans les Temples, et les autres lieux consacrez à leur honneur : puis s'afîublant à l'extérieur de la forme soubs laquelle ils estoient adorez, et des ornements convenables à
Il8 DES SATYRES
la puissance qui leur estoit attribuée, se presentoient en ceste sorte en tous endroits et en toutes occasions à ces pauvres aveuglez, lesquels surpris par cet artifice se confirmoient en la croyance qu'ils avoient de ces fausses Divinitez. Ainsi fut la fausse Divinité de Castor et Pollux establie à Rome, s'estant monstrez vers la ville deux spectres soubs l'habit de deux jeunes Chevaliers couverts de sang et de poudre, le mesme jour que Perse fut vaincu par Paul JEm'A en Macédoine : et ce Démon serpentin qui se fit transporter de la Grèce en Italie, obligea les Romains à l'adoration d'un faux Dieu de la Médecine.
Par ces mesmes ruses et appasts, les esprits malins couvrant à toute rencontre leur invisibilité de ceste figure meslée de l'homme et du bouc, et sous telle apparence faisant plusieurs choses miraculeuses au dessus de la puissance et de l'intelligence humaine, conformes à ce