‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 73 sur 130 · LIVRE IV. I · texte numérisé non relu

LIVRE IV. I

loient jadis à l'impourveu parmy les hommes et les femmes, lors que l'on celebroit la feste de Bacchus sur le mont de Parnasse : car ils paroissoient en trouppe, aucuns d'eux portant des cymbales, et d'autres des tambours, leur voix estoit humaine et distinctement articulée, et ne sçavoit-on de quel endroit de la montagne ils pouvoient venir : car jamais on ne recogneut qu'il y eust de tels habitans sur cette montagne. Mais qu'estoit-ce autre chose que des Démons qui venoient assister aux cérémonies et hommages qui leur estoient rendus par les Magiciens sous ombre de Religion, prenans cette forme de Satyres, comme Ton dit qu'ils font encor aujourd'huy aux assemblées nocturnes des Sorciers, que Ton nomme Sabatz, se rendant complaisants à leurs danses et à leurs turpitudes ? Car il est certain que ces Trieteriques et ces grands mystères de Bacchus, ces Orgyes ineffables, comme les appelle Orphée, dont les prophanes estoient

chassez et les initiez seulement introduits, estoient mesme chose que ces conventicules de nuict, où seulement peuvent estre admis ceux qui ont faict paction avec le Diable, et qui tiennent la bouche close à leurs secrettes impietez au milieu des plus aspres tortures. La conférence que l'on peut faire en peu de mots de l'une et l'autre de cqs assemblées misterieuses, le fera cognoistre aysement.

Qui ne sçait que les Sabatz ne sont rien qu'un amas de meurtriers, empoisonneurs et gens eshontez, qui s'abandonnent aux abominations des succubes et incubes? Et qui n'a leu dans Tite Live, que la confrairie de Bacchus estoit l'officine de toute corruptele, et la boutique d'où sortoient les meurtres, les empoisonnements, les faulsetez, et violements desnaturez de tout sexe et de tout aage? C'est pourquoy la Sorcière Canidia reprochoit à Horace qu'il avoit osé divulguer les secrets du licentieux amour qui se pratiquoit à l'ombre des ténèbres en la

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