LIVRE IV
ait jamais presché des Satyres, que jamais des peuples demy-boucs ayent receu d'aucuns Chrestiens les instructions Evangeliques, cela ne sevoid point, car cela n'a jamais esté.
Davantage, ceux qui reputent ce Satyre avoir esté homme, se fondent sur ce qu'il l'a dit, et moy tout au contraire, parce qu'il l'a dit; j'espère monstrer à veue d'œil qu'il n'estoit point homme, mais un imposteur et unDemon.
Car comment pouvoit-il estre un homme, et estre du nombre des Faunes et Silvains, que les Gentils adoroient, veu que jamais les Gentils n'ont adoré de tels hommes? ïl n'y a personne si peu versé dans la cognoissance de l'Antiquité, qui ne sçache que les Pans, Faunes, et Satyres desPayens, n'estoient point hommes, ains des puissances surnaturelles et certains demy-Dieux, qu'ils disoient n'estre point visibles à l'homme si bon ne leur sembloit, et qui se rendoient visibles sous cette figure de
demy-homme et demy-bouc, qui leur estoit spécialement agréable, comme à ces autres imaginaires puissances de la mer, les Néréides, celle de demy-homme et demy-poisson. De faict les ^Egyptiens, au rapport d'Hérodote, estimoient que le Dieu Pan, l'un des huict premiers Dieux dont l'origine s'estoit perdue dans l'esloignement des aages, estoit de mesme nature que les autres Dieux, et non pas tel en soy qu'ils le depeignoient en ses Idoles. Tellement que si ce Satyre estoit un des Faunes et demy-Dieux chevrepieds, adorez par les Gentils, ainsi qu'il disoit, il est nécessaire de conclure avec le Prophète David qu'il estoit un mauvais Démon :
Car les Dieux des Gentils sont tous esprits malins.
Quelqu'un, peut estre pour sauver ou donner couleur à l'opinion de ces graves Autheurs, qui ont estimé ce Satyre avoir esté homme, pourroit dire qu'il estoit