‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 84 sur 130 · LIVRE IV. I · texte numérisé non relu

LIVRE IV. I

a mis le pied que des Religieux et des Saincts ; est-il pas aysé à juger que c'estoit un artifice par lequel Satan s'efforçoit de surprendre ce bon Hermite ?

Le Cardinal Baronius, personnage d'une très singulière doctrine, dont les escrits doivent vivre plus de siècles qu'ils ne contiennent d'années, cognoissant toutes ces absurditez, s'est jette dans une autre opinion, autant diverse de ces deux premières qu'esloignée de la véritable. Car il dit que ce Satyre estoit un animal irraisonnable, c'est à dire, un de ces Singes dont nous avons parlé, et que la voix de l'homme et le discours de raison dont il usa, luy fut donné par miracle, comme il est arrivé souvent par la permission de Dieu, que les animaux ont faict toutes sortes d'actions humaines et raisonnables, pour secourir en leurs nécessitez les premiers Anachorètes et saincts personnages dans les lieux escartez de toute fréquentation. Mais bien que

cette opinion semble admissible, et plus religieuse que les deux premières, ce personnage me permettra pourtant (sans offenser sa gloire) de quitter son party pour suivre la vérité, que chacun doit comme sa meilleure amie préférer aux noms mesme d'Aristote et de Platon.

Ciceron n'eut point de meilleure raison pour monstrer que Cecilius n'estoit pas capable d'accuser Verres, sinon d'alléguer qu'il avoit à plaider contre Hortensius. Je sçay bien que l'on me pourra dire de mesme, que je devrois quitter cette dispute à quelque plume qui peust suivre de plus près le vol de Baronius. Mais quiconque voudra peser en mesme balance l'opinion de cet auteur et ce que je soustiens, comme le Jupiter d'Homère faict les destins de l'Europe et de l'Asie pour donner la victoire au plus pesant, je ne doute point qu'il n'advoue librement, que la vérité plus forte donne le traict à la balance de mon costé, et qu'il ne se faut point esmerveiller si

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