‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 86 sur 130 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

roit-on pas croire que les grenouilles s'assemblèrent jadis pour avoir un Roy ? que les oyseaux sont venus redemander leurs plumes à la corneille? et que les chiens envoyèrent jadis des Ambassadeurs à Jupiter, pour les délivrer de la servitude des hommes ? Mais qui a jamais pensé que les bestes peussent avoir soing de leur salut éternel, et prier les saincts personnages d'invoquer pour eux les grâces, et implorer l'assistance de Jesus-Christ ? Et neantmoins, si ce Satyre estoit animal irraisonnable, comme l'estime Baronius, on ne le pourroit nier absolument : car il ne dit point qu'il fut envoyé vers Sainct Anthoine pour autre subject. Il ne fau droit plus estre en peine d'expliquer métaphoriquement , comme la raison et la pieté le désirent, le passage de David qui porte, que Dieu sauvera les hommes et les bestes. Et quand le Verbe éternel a dit, par la bouche du Psalmiste, qu'il ressembloit à une beste ou cheval de somme, il

semble que l'on pourroit dire, et encourir le blasphème, qu'il s'estoit faict semblable aux bestes aussi bien qu'aux hommes, voulant rendre les uns et les autres capables de sa gloire.

Et ce qui tesmoigne encor évidemment de combien s'est mespris Baronius en cette opinion pour ne l'avoir pas meurement digérée, c'est que ce Satyre ne pouvoit pas estre animal irraisonnable, puis qu'il estoit du nombre des Faunes et Sylvains que les Gentils reveroient.

Car il n'y a personne, ny Baronius luymesme, qui voulust dire que les Pans et Satyres des Payens estoient des bestes brutes : cela est contraire à l'authorité de tous les sçavants, à la doctrine de la superstitieuse Antiquité, et à ce que les Arcades estimoient de Pan, le révérant comme une puissance divine, qui avoit en sa disposition la recompense des vertueux et la punition des meschants. Il est bien vray que Dieu, dont la juste bonté assiste tousjours dans les plus extrêmes

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