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l'homme, et l'aflfoiblit par l'estonnement, puis faisant jouer les grands ressorts de ses malices pernicieuses, le fait trébucher où il luy plaist : sçachant bien que l'esprit flottant dans l'incertitude, il est aisé de le faire pencher de costé ou d'autre et luy persuader cecy ou cela.
De cette sorte voyons-nous qu'il se gouverna en l'apparition de ce fantosme :
car ayant résolu de soufler quelque scrupule en l'ame dévote de Sainct Anthoine, pour en refroidir les charitez et le divertir de sa vie parfaicte, il envoya l'un de ses satellites sous la figure d'un Hippocentaure, afin que la scène estant préparée par l'effroy de ce premier Spectre, il peust jouer son personnage plus dextrement : car il est indubitable que cet Hippocentaure n'estoit autre chose qu'un Démon. Aussi nous voyons par le texte de Sainct Hierosme, que dans le milieu de sa course il s'esvanouit tout soudain : et pouvons apprendre de Zoroastre, par une connoissance parti-
culiere qu'il avoit de ceste matière, que les Démons paroissent d'ordinaire en monstres demy-hommes, et demy-chevaux. On dit que les perroquets de l'Inde, la première fois qu'ils virent les hommes, en furent tellement estonnez, que s'amusant à regarder et considérer attentivement ce qu'ils voyoient, ils se laissoient prendre à la main : le Diable esperoit qu'il en arriveroit de mesme de ce sainct personnage, et que tandis que prévenu d'estonnement et d'admiration il penseroit profondement en luy mesme ce que pourroit estre ce monstre, il tomberoit en ses rets par cette nouvelle surcharge, et se laisseroit surprendre aux scrupules, aux mensonges et aux impietez qui suivent nécessairement la doctrine qu'il luy vouloit persuader de cette espèce supposée d'hommes Satyres. Mais Sainct Anthoine, aguerry à telles rencontres, dès lors qu'il sentit l'estonnement glisser en son ame à l'abord de ce second fantosme, soupçonnant quelques embusches