‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 94 sur 130 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

teste contre le Ciel, luy confessa-t'il qu'il estoit Satan, sinon pour luy faire croire que les moines dévoient quitter les déserts qui avoient esté seuls laissez pour retraicte aux Démons , estant Jesus- Christ honoré , disoit-il , par toute la terre habitable ?

Ce passage du Psalme 18. de David, par lequel ce Satyre finit son discours captieux, est un tesmoignage apparent de la cautelle de Satan, et me rameine en mémoire ce que nous lisons dans Athenee de ceux qui vendoient la chair de chèvre, lesquels avoient de coustume, pour adoucir et corriger la mauvaise et désagréable odeur de cet animal infect, de porter en la bouche quelque petite branche de myrthe. Car cet ennemy capital de l'homme, lors qu'il veut donner ses impostures pour veritez, par un artifice à peu près semblable à ces vendeurs de chèvre, met souvent son entretien malicieux, qu'il sçait bien estre tousjours suspect de mensonge, à cou-

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vert sous quelque sacré texte de l'Escriture, et tempère ses fraudes de mauvaise odeur par le baulme agréable de cette saincte doctrine. Il en faict des pièges artificieux pour surprendre l'esprit de l'homme qui ne la reçoit pas seulement comme véritable, mais l'adore comme divine : faisant en cela comme le Roy Cambyses, lequel, assiégeant la ville de Pelusie en Egypte, s'advisa de jetter au devant de ses gens les animaux adorez pour Dieux par les Egyptiens, dont advint que ces superstitieux, n'osant se deffendre contre leurs Deïtez qu'ils voyoient devant leurs yeux, laissèrent prendre la ville sans aucune résistance. Ne fut-ce pas par les Prophéties du Psalmiste que le Diable voulut persuader à nostre Seigneur de se jetter du haut du pinacle du temple ? luy disant qu'il estoit escrit :

Les Anges du très-Haut ont eu ce mandement De préserver ton corps de tout événement ;

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