LIVRE IV. I
l'homme. C'est une ruse des bons Orateurs, dit Quintilian, d'accorder avec grâce ce qu'ils ne peuvent nier, affin de persuader avec subtilité ce qui de soy pourroit estre suspect de mensonge. Les Démons ont de coustume d'en faire de mesme : ils meslangent tousjours le faux avec le vray, ils confessent les veritez publiques, affin d'autoriser et de persuader leurs mensonges secrets : parce que s'ils n'avoient rien que des impostures en leurs discours, ils se feroient de prime abord reconnoistre pour séducteurs. La courtisane Raab, de la ville de Hierico, advoua que les espions des Juifs estaient venus en sa maison, pour faire croire qu'ils en estoient partis comme elle disoit. Telle fut la harangue de ce Satyre, contenant quelque chose de vray et quelque chose de faux, mais toute pleine de cautelleuses déceptions. Car de dire que les Gentils abusez avoient adoré les Faunes et Sylvains, et que Dieu avoit souffert la mort pour le salut
du monde, c'estoient des veritez qui se persuadoient d'elles mesmes : mais qu'il fust homme, et député par un peuple de mesme forme et de mesme nature qu'il paroissoit, c'estoient des impostures ridicules et impies qu'il desiroit faire croire à ce personnage: affin qu'ayant préoccupé son esprit de l'opinion qu'il y avoit une espèce d'hommes Satyres, il le peust abandonner aux doutes et aux conséquences pernicieuses qui suivent cette maxime contraire à la raison naturelle et à la saincteté de la Religion. Combien d'autresfois le Diable avoit -il attaqué cet Hermite par le meslange artificieux des veritez et des impostures ? Par quelle raison esperoit-il une fois, sous la forme d'un Géant, luy persuader qu'il estoit la providence de Dieu, sinon par ce que peu auparavant il luy avoit dit la vérité, ayant recogneu, soubs l'apparence d'un petit enfant noir, qu'il estoit l'esprit de fornication? Et pourquoy, lors qu'il luy parut touchant de la