LIVRE IV
nous recognoistre aysément, que la saincteté de ces parolles n'est qu'en l'apparence extérieure, et que le sens ne cache que des surprises, des embusches, et des malicieuses tromperies de Satan.
Car premièrement, la prière de ce Satyre n'est point addressée directement à Dieu, et prier un autre de prier, ce n'est pas prier, si de soy-mesme l'on n'est capable de faire telles oraisons, comme on dit que les prières des personnages dévots sur la terre et desSaincts dans le Ciel, ne sont qu'un supplément de force qui se joint aux nostres, en augmente la charité, et les rend efficaces envers celuy auquel nous les addressons. Et ceste voye indirecte et tortueuse, dans le discours de ce Satyre, est non seulement suspecte de mensonge, ains estoit seule un juste subjet d'appréhender que dans ce Dédale il n'y eust quelque monstre dont la gueule béante et affamée cherchast qui dévorer. Que si toutes les belles paroles de Satan, indices apparens
de pieté, dévoient estre receues en bonne part, que ne pourroit-on s'imaginer de ce Démon qui dans l'Evangile dit à nostre Seigneur : « Je f adjure par le grand Dieu de me laisser en paix? « Les Démons peuvent reciter l'Escriture saincte, l'enseigner et l'expliquer doctement, mais ce sont des scorpions qui portent le venin à la queue, et qui mettent leurs simulations et meschancetez à couvert sous tels voiles. Il n'appartient qu'aux Mahumetans de croire qu'une trouppe de Démons, ayant ouy l'Alcoram de la bouche de leur grand Prophète, se convertirent et se firent Sarrazins.
Quant à ceste recognoissance de la mort du Verbe Eternel, combien de fois les Démons ont-ils esté contraints en leurs oracles de haut louer son humanité, et d'advouer, dit S. Augustin, qu'il estoit le vray Dieu ? Cet oracle, que le Démon qui presidoit à Delphe sous le nom d'Apollon rendit à Auguste peu après la Nativité de Jesus-Christ, si