‹ Des satyres, brutes, monstres et démonsChapitre 97 sur 130 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

célèbre parmy tous les Autheurs, en fait assez de foy, lors qu'estant forcé par les violentes conjurations magiques de ces Prestres et Pythies par la bouche desquels il parloit, il respondit :

Un jeune enfant Hebrieu, souverain des hauts

Dieux, Me contraint, plus puissant, d'abandonner ces

lieux, Et de me tenir coy dans l'infernal repaire : Quitte donc mes Autels, et apprens à te taire.

Encore telle recognoissance de ce Satyre n'est point si simple et devotieuse, que dans les paroles dont il usa, l'on n'y voye apparemment les fourbes et asquivoques de l'esprit de mensonge : car il ne dit pas : Prie pour nous celuy que nous professons estre mort pour nostre salut, c'estoit pourtant ainsi qu'il falloit parler s'il eust esté homme; mais il dit : Prie le Dien commun que nous cognoissons estre mort pour le salut au monde. Or ce mot, Nous cognoissons, est ordinaire en

la bouche impie des Démons, et tesmoigne seulement leur grande science, science sans charité toutefois, disent les Docteurs, et non pas leur dévotion.

Ainsi voyons-nous que cet esprit malin, que les fils de Scasva vouloient conjurer au nom du Jésus de Sainct Paul, luy respondit : « Je cognois Jésus, et sçay qui » est Paul. »

Et par un sens aequivoque de ces termes Dieu commun, ce Satyre supposé s'efforçoit de persuader à Sainct Anthoine, comme il est aisé de veoir, que la mort du Verbe divin estoit commune et esgalement efficace, pour celuy qui parloit et celuy auquel il parloit, et qu'il y avoit des hommes de mesme nature que ce Satyre, au salut desquels elle se devoit appliquer aussi bien qu'à celuy des enfans d'Adam. Mais en bonne Grammaire l'intelligence de ce mot commun, ne doit point s'estendre plus loing que le mot de Dieu, auquel il se rapporte. Et en bonne Théologie, on doit recevoir

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