‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 2)Chapitre 25 sur 80 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Énumération et diseussioa de ces cause». Apparences décevantes et jeux de la Nature. Exagération des détails d'un phénomène ou de sa durée^ Expressions impropres , mal comprises , mal traduites. Expressions figurées 5 style poétique. Explications erronées de représentations emblématiques. Apologues et all^ories adoptés comme des faits réels.

Tel est Paîtrait attaché aux faits extraordinaires, que rhomme peu éclairé s'afflige quand on le retire des rêves du merveilleux pour le replacer dans la vérité , et que les apparences les plus légères suffisent pour transformer à^ ses yeux , en êtres vivans ou en ouvrages mobiles des hommes , les immobiles ouvrages de la Nature. Cet attrait, et le penchant à l'exagération qui en est une conséquence '; l'opiniâtreté des traditions qui rappellent comme subsistant encore ce qui a

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cessé depuis des siècles ; l'orgueil suigulier que met un peuple à s^approprier ^ dans son histoire^ les traditions fabuleuses ou allégoriques qu'il a reçues d'un peuple antérieur à lui ; les expressions inexactes , les traductions plus inexactes des récits anciens ; l'emphase propre aux langues de l'antiquité , et le style figuré , attribut essentiel de la poésie , c'est-à-dire du premier langage dans lequel les connaissances et les souvenirs aient été livrés à la mémoire des peuples ; le désir naturel chez des hommes à demi éclairés , d'expliquer des allégories et des emblèmes dont le sens n'était connu que des sages-, l'intérêt qui porte également les passions nobles et les passions basses à agir par le merveilleux sur la crédulité du présent et de l'avenir : telles sont les causes qui , séparées ou réunies , ont grossi les fastes dé l'histoire d'un grand nombre de fictions prodigieuses (i) , sans que les dépositaires des lumières

(1) Il est une de ces fictions dont la production , la durée et runiTersalité ont tenu à la réunion de ces direrses causes. Elle nous a paru digne de devenir le snjet d*un Mémoire particulier. Voyez , dans le' second Tolumc , la note A 9 Des dragons et dês aerpens monstrueux.

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phénomène , en observant que le sol du Mont Liban, aux lieux où l'arrose TÂdonis, est composé d'une terre rouge ; dans un certain temps de l'année, le vent, desséchant la terre, soulève et porte dans le fleuve des tourbil-^ Ions de poussière de la même couleur. Une supposition analogue peut rendre compte du changement de teinte qu'éprouve régulièrement le fleuve de l'Ida. Dans la saison des pluies ou de la fonte des neiges, ses eaux atteignent probablement, et dissolvent en partie un banc de terre ochreuse , imprégnée de sulfure de fer , dont les vapeurs infectes qu'exhale alors le fleuve (i),font reconnaître la présence. L'apparence merveilleuse peut ainsi ne se reproduire qu'à une certaine époque , ou même qu'au jour précis où les eaux du fleuve ont acquis leur plus grande élévation.

C'est en Phrygie que Diane couronna l'amour d'Endymion ; on reconnaissait, de loin, la couche qui futlc théâtre de leurs plaisirs ; il en ruisselait constamment un lait frais et éclatant de blancheur. Â une distance moin-^

(i) Q. Calaber. Praetenniss, ab Homero. lib. ii.

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tire , te spectateur ne voyait plus couler qu'une eau limpide; au pied de la montagne^ on n'apercevait qu'un simple canal creusé dans le roc (i) : le miracle avait disparu ; une illusion d'optique^ qui se dissipait d'ellc'-méme , suffisait néanmoins pour en perpétuer la croyance.

Un écueil voisin de l'île de Corfou offre l'apparence d'un vaisseau à la voile (a). Des observateurs modernes ont constaté cette ressemblance (3) qui avait frappé les anciens\, et qui n'est même pas un fait unique : dans un autre hémisphère ^ prés de la terre des Ârsacides^ sort du* sein des flots le rocher d'Edcfystone , si semblable à un vaisseau à la voilci, que les navigateurs anglais et français s'y sont plus d'une fois trompés (4). On se borne aujourd'hui à noter cette singularité. Aux yeux des anciens Grecs , l'écueil voisin de Corfou était le vaisseau phéacîen qui ramena Ulysse

(i) Q. Calaber. ibid. lib. x.

(a) PUn. Hitt, natur. lib. !▼, cap. IS.

(3) Observations sur VÙe de Cor/bu, fibliothèq^ue univer ■ selie (liuérature), tome ii , page ISS , juin iSiS.

(4) I«a Billardiére , Voyage à la recherche de ta Peyrouse • ^|L-4% Paris, an 8, tome i, p. :ii5.

a8 DES SCIENCES OCCULTES.

vre bientôt des empreintes très-reconnaissables, et gravées sur la pierre par un pouvoir surnaturel. Je ne citerai point l'empreinte du pied de Budda, sur le pic d'Adam, à Ceylan : un observateur (i) soupçonne qu'elle est l'ouvrage de l'art. Cela est encore plus probable pour l'empreinte du pied de Gaudnia , révérée chez les Birmans ; elle ressemble mieux à un tableau hiéroglyphique (a), qu'à un jeu de la nature. Mais., en Savoie , non loin de Genève , le paysan crédule montre un bloc de granit sur lequel le diable et son nlulet ont laissé les traces profondes de leurs pas. Des traces non moins profondes marquaient, sur un rocher voisin d'Agrigente, le passage des vaches conduites par Hercule (3). Sur les parois d'une grotte prés de Médine , les Musulmans voient l'empreinte de la tète de Mahomet, et sur un rocher de Palestine, celle du pied de son chameau, ausai parfaitement marquée qu'elle le

(i) Sir John Davy, dans une lettre à ûr Humphrcy Da>y, son frère.

{•à) Voyez la ligure de cette empreinte dans VAUas du Voyage de Syme au royaume d'Ava.

( \) Diod. Sic. iib. iv, ( ap. 6.

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pourrait être sur le sable (i). Le mont Carmal s'honore de conserver l'empreinte du pied d'Élie, et celle du pied de Jonas est répétée quatre fois près de son tombeau, aux environs de Nazareth. Moïse, caché dans une caverne , laisse sur le rocher l'empreinte de son dos et de ses bras. La pierre sur laquelle on pose le corps de Sainte-Catherine , mollît et garde l'empreinte de ses reins. Les chrétiens révèrent, près de Nazareth, l'empreinte du genou de la Vierge-Mère ; celles des pieds et des coudes de Jésus-Christ, sur une roche qui s'élève au milieu du torrent de Cédron ; et une dernière empreinte du pied de l'Hommc-Dieu , au lieu même où Ton assure qu'il quitta la terre pour remonter au séjour céleste (a). Quelque multipliés que soient ces prodiges (et nous sommes loin de les avoir rappelés tous ) , ils ne lassent ni la foi , ni la piété ; on les adopte , on les révère, on finit même par les transporter dans son propre pays. Au milieu du Soudan (3) ,

(i) Thérenot, Voyage au l>evanty pa^es 3oo et 3^0.

(a) Idem, ibidem, pagea 3 19) 32u, H 68, 309, 3^0, 4'-^^ ^'

(3) Sur uuc monta^rne située au noni de la yille ilc Kano r

Sa DES SCIENCES OCCULTES,

le Musulmaii zélé laoïiLie une empieinle gigantesque du pied du chameau sur lequel Mahomet monta au Ciel; et sur un rocher voisin de la Vienne , l'habitant du département de la Charente ^ reconnaît encore aujourd'hui l'empreinte du [)ied droit de Sainte-Magdelaine (i) : tant il est naturel à l'homme d'accueillir un prodige honorable pour l<»s lieux que lui rend chers sa vanité nationale ou sa croyance relig^ieuse ! Bethléem offrait jadis, sur le derni(;r point^ un exemple encoie plus remarquable. En s y couchant au bord d'un puits, la tête couverte (J'un linge , on voyait, suivant Grégoire de Tours (2), l'étoile qui guida les trois mages , [)asser d'une paroi du puits sur l'autre, en rasant la surface de l'eau; mais elle ne se rendait visibh' , ajoute l'historien , qu'aux pèlerins qui, par leur foi , étaient dignes de cette laveur , c'est-à-dire qu'à des hommes [)ossédés d'une préoccupation assez vi\ (^ pour ne pas recon-

f'nyages et th'com'et'tes en Jlf'riqite; |);ir Donli.nn , Cla])perton et Oiulney ; traduction Iraïuaise, tome m , I'«'ït;<* >^8-

(i") Mcmoivi's de la Socie'tr des Antiquaives de France, roino VII, paços [[x v\ J3.

(2") (r'Pt^. Turon.y Miracitl.y lib. r, ç i.

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naître^ dans ce qu'ils apercevaient, l'iniage vacillante d'un rayon de soleil réfléchi par Feau.

n. Pour rendre à 4a vérité, des histoires en apparence fabuleuses, il suffit souvent de ramener à des proportions naturelles, des détails visiblement exagérés, 6u de reconnaître, dans le miracle présenté comme aussi constant qu'énergique , un phénomène faible et passager. Le diamant, le rubis, exposés long-temps au soleil et portés ensuite dans l'obscurité, répandent une lueur phosphorescente de quelque durée : l'emphase des coùteurs orientaux nous montre un diamant, une escarboucle, éclairant, toute la nuit, par les feux qu'ils répandent, les profondeurs d'un bois sombre ou les vastes salles d'un palais.

Sous le nom de roukh ou rokh, les mêmes conteurs peignent souvent un oiseau monstrueux, dont la force excède toute vraisemblance. En réduisant l'exagération à une mesure donnée par des faits positifs, Bufibn reconnaît, dans cet oiseau, un aigle que sa vigueuret ses dimensions rapprochentduco/M/or d'Amérique, et du laemmer^gejrer des Alpes.

Que l'on rejette ce qu'ont raconté de l'immense kraken , les marins du nord ; que

l'on taxe d^exagération ce que rapportent Pline et Élien ^ des dimensions de deux polypes de mer^ qu'avaient pourtant dû voir des observateurs nombreux , et à des époques peu éloignées de celles où Tun et l'autre auteurs ont écrit; il suffit d'admettre , avec Âristote ^ que les bras de ce mollusque atteignent quelquefois jusqu'à deux mètres de longueur ; et , comme les auteurs du nou-s^eau Dictionnaire cT Histoire Naturelle ^ on avouera qu'il peut enlever un homme sur une chaloupe découverte (i). Que devient alors la fable de Scjrlla ? Ce monstre^ le fléau des poissons les plus forts qui passaient à sa portée , et dont les six tètes soudainement élancées hors des flots , sur leurs cous déme^ sures , entraînèrent six des rameurs d'Ulysse \i) \ ce monstre ^ si l'on substitue , à l'exagération poétique , la réalité possible ^ n'est qu'un polype parvenu à une croissance extraordinaire^ et collé contre l'écueil vers

(i) Voyer. Plin,, Hist. nat^t lib. ix, cap. 3o; Aelian, De Nat, Anim^ lib. xiu, cap. 6 ; Aristot. Hist. Animal, lib. iv^ cap. x; elle Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle, iu'80, 1819, tome XXX, page 46^*

{'i) Humer. Odyss. lib* xii, vers 90 — 100 et '«.|5 -— ii%^.

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lequel la crainte du gouffre de CHarybde forçait des navigateurs peu expérimentés à diriger leurs frôles embarcations. Combien d'«utres fables, dans Homère, ne sont ainsi que des faits naturels , grandis par l'optique de la poésie !

Dans rénumération des plantes douées de propriétés magiques , Pline en nomme trois qui , suivant Pythagore , ont la propriété de congeler l'eau (i). Mais ailleurs, et sans recourir à la magie , Pline accorde au chanvre âne propriété analogue; suivant lui, le suc de cette plante , versé dans l'eau , s'épaissit soudain en forme de gelée (2). On reconnaît avec assez de vraisemblance, dans la plante qu'il désigne ici , une espèce de guimauve à feuilles de chanvre , Valthaea cannabina de Linnée ; son suc très-mucilagîneux peut produire, jusqu'à un certain point , cet effet , qu'on obtiendra également de tous les végétaux aussi riches en mucilage : ce n'est donc, dans les deux cas, qu'un fait un peu exagéré.

(0 PUn. Hist, nat. liK xxiv.-cap. «3 et 17. ^1) Idem y ibidem. îib. xx. cap. a3.

La plante nommée Cynospastos et Aglaaphotis^ par Élien^ et Sauras par l'historien Josèphe, (( porte une fleur de couleur de « flamme, et brille, vers le soir, comme tt une sorte d'éclair (i). » Cela n'a rien d'impossible. La fleur de la capucine , à l'instant de sa fécondation, offre, a-t-on dit, ce phénomène , surtout à l'entrée de la nuit , après une journée très-chaude. Je sais que le fait est aujourd'hui révoqué en doute : on ne peut nier du moi ns que des apparences assez marquées ne l'aient fait admettre par des observateurs habiles. Les mêmes apparences ont pu dicter les récits de Josèphe et d'Élien. Leur tort est d'avoir supposé constant un phénomène qui ne peut être que momentané.

Dans les vallées voisines du lac Asphaltide^ dit le voyageur Hasselquist , le fruit du solanum melongena (linn. ) est souvent attaqué par un insecte (tenthredo) qui convertit tout le dedans en poussière, ne laissant que la peau entière , sans lui faire, rien perdre de

(t) fl, Joieph, de Belle judaïeo, lib. vu. cap. aS; Aelian. de Nat, animal. Cet auteur (lib. zit. cap. 17 ) nconte à peu prêt les mémet choses d'une algue marine qu'il asaiaile aa Cynospastoi.'

sa forme ni de sa couleur (i). C'est aux^ mêmes lieux que Josèphe fait naître la pomme de Sodàme qui trompe l'œil par sa couleur^ et sous la main se résout en fumée et en cendres, pour rappeler, par un miracle permanent, une punition aussi juste que terrible (a). L'historien ancien généralise donc encore l'accident particulier observé par le naturaliste moderne : c'est pour lui le dernier trait de la malédiction divine que les traditions de ses aïeux font peser sur les ruines de la Pentapôle.

Un naturaliste américain (3) affirme qu'à l'approche de quelque danger , les petits du serpent à sonnettes se réfugient dans la gueule de leur mère Un exemple analogue à celui-là a pu induire les anciens à croire que

(i) HaMelqoist, Voyage dans le Levojni, tome it y page 90. Le Toyageiir Broncchii n'ayant point trouvé le tolanum me- Umgena, des bords de la mer Morte jusqu'à Jérusalem , penae que Hasselquist s'est trompé y et que la pomme de Soddtne est une protubérance semblable à la noix de galle, et fonnée par la piqûre d'un insecte , sur le pistacia terebinûuu {Bulletin de la Société de Géographie, tomevi, p. j 1 1).

(a) PI* Joseph, de BeUojudaico. lib. ▼. cap. 5.

(3) Will- Clinton, Discours préliminaire des Ihtnsactitms de la Société lia, etphilosopk, de New-Torck,i8a5; BibUothèifue universelle. Sciences, tome ii, page 963.

quelques animaux font leurs petits par la gueule : ils auront tiré une conclusion précipitée et absurde d'une observation véritable.

En d'autres cas , ils ont prolongé la durée d'un phénomène : long-temps après qu'il avait cessé, ils l'ont peint comme existant encore.

Le lac Averne a reçu son nom , parce que les oiseaux ne peuvent voler au-dessus, sans tomber morts , asphixiés par les vapeurs qu'il exhale : c'est ce que racontent les écrivains anciens. Nous savons que les oiseaux volent aujourd'hui impunément au-dessus de ce lac. La tradition citée est-elle mensongère ? Il est permis d'en douter : « Les marais de la Ca- « roline , dit un voyageur ( i ) , sont si in- « salubres dans certains lieux entourés de « grands bois et pendant la grande chaleur « du jour , que les oiseaux y autres que les « aquatiques , jr sont frappés de mort en les « traversant. » Grossi par des sources sulfureuses (2) et , comme les marais de la Caro-

(1) M. Bosc, Bibliothèque universelle. Sciences, tome v (mai 1817), page 24* (9) Servius. in AeHeid, lib. in. ytvH 4{i.

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lîne , entouré de forêts trés'-épaissés , le lac ÀTeme exhalait des vapeurs pestilentielles : Auguste fit éclaincir les forêts ; à l'insalubrité succéda une atmosphère saine et agréable. Le prodige cessa : mais la tradition le conserva opiniâtrement; et l'imagination frappée d'une terreur religieuse ^ continua long-temps à re^garder ce lac comme une des entrées du sejour de la mort.

m. Non moins que l'exagération, les ex-^ pressions impropres ou mal comprises répandent^ sur un fait vrai , une teinte de merveilleux^ de fausseté ou de ridicule.

Une erreur populaire^ dont on fait remonter l'origine aux enseignemens de Py- • thagore^ a long-temps établi une mystérieuse connexité entre certaines plantes et la maladie dont un homme a souffert k l'époque de leur floraison : la maladie ne se guérit jamais si bien qu'on n'en éprouve dos ressentimcns, toutes les fois que ces plantes fleu- ' rissent de nouveau (i). C'est ici une vérité^ exprimée inexactement pour la mettre à la portée de la multitude peu éclairée , qui ne

(O Plin, Hitt. nat. lib. xxit. cap. 17.

distingué guère les diverses parties de Tannée que par là succession des phénomènes de la végétation : le fait ne tient pas à la nature des plantes , mais à la révolution de Tannée qui, avec le printemps, ramène souvent des retours périodiques d'affections goutteuses, rhumatismales, ou même cérébrales.

L'impropriété d'expression , et , avec elle , l'apparence de prodige ou de mensonge, augmentent ,. quand les écrivains anciens répètent ce qui leur a été dit, sur un pays étranger , dans un autre langue que la leur ; ou quand les modernes les traduisent sans les comprendre , et se pressent de tes accuser

j d'erreur.

Hérodote rapporte que , dans l'Inde , des

fourmis plus grandes aue des renards , en se creusant des demeures dans le sable , découvrent l'or qui s'y trouve mêlé (i). Un recueil de récits merveilleux , évidemment

' compilé sur des originaux anciens , place , dans une ile voisine des Maldives, des animaux gros comme des tigres , et faits à

• (t) Herodot, lib. m. cap. 102.

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peu près comme des fourmis (i) Des

voyageurs anglais ont vu ^ près de Grangué ^

dans des montagnes sablonneuses et abondantes en paillettes d'or, des animaux dont la forme et les habitudes expliquent les récits de l'historien grec et du conteur oriental (i).

Pline et Virgile peignent les Sères récoltant la soie sur r arbre qui la porte , et que le poète assimile au cotonnier (3). La traduction trop littérale d'une expression juste a fait ainsi, de la soie, le produit de l'arbre sur lequel l'insecte la dépose et les hommes la recueillent. L'équivoque ici n'a

(i) Les Miile et un Jours, jours cy, cvi. Dana le verset 1 1 dm chapitre vr du Livre de Job , les Septantea ont rendu par Mjrrmèccléon, Uon-fiurmi, l'hébreu laùch, que laVulgate tiaduit par tigre, D. Calmet établit que ce nom a été connu des anciens et appliqué par eux à des animaux qu'ils appe* taîent anasi simplement mjrrmex, mot qui signifie Jburmi^ mais qiû a aussi désigné une sorte de lion. Voyez Strabo, Hh. XTi ; Aelian. de Nat. anim, lib. vu. cap. 4? i lib. xvii , cap. 4^9 Agaiharchid, cap. 34*

(a) Asiatik Besearehet , tome xii ; nouvelUê Annales des F6jrag9s , tome i, pages 3ii et 3i'i.

(3) PUn. Hist, nat. lib. vi. cap. 17 *, f^irgil. Georg- 'ib. n. vers laoet 131. Servius , dans son Commentaire , assigne à la soie sa véritable origine.

4o DES SCIENCES OCCULTBS.

créé qu'une erreur j en combien d'autre^ cas elle a pu enfanter des prodiges !

Ktésias place dans l'Inde a une fontaine « qui tous les ans se remplit d'un or liquide. (( On y puise l'or chaque année ^ avec cent « amphores de terre que l'on brise quand (( l'or est durci au fond , et dans chacune des- (( quelles on en trouve la valeur d'un ta- « lent» (i), Larcher (2) tourne ce récit en ridicule, et insiste particulièrement sur )a disproportion du produit avec la capacité de la fontaine qui ne contenait pas moins qu'une toise cube de ce liquide.

Le récit de Ktésias est exact ; les expressions ne le sont pas. Au lieu d*or liquide , il devait dire or suspendu dans Veau. D'ailleurs il a bien soin d'exprimer que c'était l'eau"^ qu'on^ puisait , et non pas l'or. Semblable aux marais de Lybie auquel la compare Achilles-Tatius, et d'où l'on tirait chargées d'or les perches enduites de poix que l'on plongeait dans sa vase (3) , cette fon-

(1) Ktésias in Indic. apud Photium.

(a) Larcher, traduction ^Hérodote, deuxième édition , tome VI, pagis 24 3-

(3) Achill, Tat, de Clitoph, et Leucipp. amor. lib. ji.

DBS SCIENCES OCCULTES. 4^

laine était le bassin d'un las^age (Tor, tel qu'il en a existé partout où se trouvaient des rivières et des terrains aurifères, et tel qu'il y en a encore de très-importans au Brésil. L'or natif, extrait par l'eau^de la terre . à laquelle il était mêlé , s'y trouvait probablement on particules assez ténues pour rester long-temps en suspension et même surnager : c'est un phénomène observé au Brésil dans les lavages (Tor (i). On préfèjrait en coqséquence, à la méthode usitée aujourd'hui , celle de laisser l'eau s'évaporer jusqu'à ce que l'or fût déposé au fond et sqr les parois des vases que l'on brisait ensuite, et dont sans doute on raclait ou on lavait les fr^gmens. Ktésias ajoute que l'on trouvait du fer au fond de la fontaine; ce trait complète la vérité de sa narration. Le soin de dégager l'or de l'oxide noir de fer qui s'y trouve mêlé, est un des plus grands travaux d^ms les lavages du Brésil (a). L'or de Bambouk , qui se recueille également par

(i) Mawcy Voyage dans V intérieur du Brésil, toinc i, pages i35 et 33o.

(•j) Ibid, tome i, pages Sag, 33 1 ; tome n, pages /jo, T^\ *»tiio.

le lavage , est aussi mêlé de fer et de pou*dre d'émeri, qu'on a beaucoup de peine » séparer du métal précieux (i).

Depuis un temps immémorial , l'Hindou , avant d'adresser la parole aune personne d'un rang supérieur au sien, met dans sa bouche une pastille parfumée. Dans un autre idiome, cette substance deviendra un talisman dont il faut se munir pour obtenir un accueil favoral:^e des puissans de la terre : en s'exprimant ainsi, on ne fera que répéter, sans \p comprendre, ce qu'en auront dit les Hindous euxmêmes.

UHaliatoris (2) servait, en Perse , à répandre la gaité dans les repas , et procurait la première place auprès des rois : expressions figurées, dont le sens est facile à saisir. Chez un peuple adonné au vin et aux plaisirs de la table , elles peignent seulement la faveur et la supériorité assurées au convive qui se montrait , à la fois , le plus gai et le plus habile à supporter le vin. Les Perses et les Grecs même , mettant une sorte de gloire à

(t ) MoUien , Foyagt en Afriqut^ tome i ^ pages 534 ^^ ^^* (î) Plin, Hist, nat, lib. xxiv. cap. 17.

DBS SCIENCES OCCUtTES. 4^

boire beaucoup sans s'enivrer, recherchaient les substances propres à amortir les eiTets du vin. Us mangeaient , dans cette intention , des graines de choux et des choux bouillis (i). Les amandes amères étaient aussi employées au même usage (2) , et , à ce qu'il parait , avec quelque succès. Rien n'empêche donc de conjecturer que VhaUatoris jouissait de la même propriété , au point de ne laisser jamais l'ivresse appesantir l'esprit ou dépasser les bornes de la gaité.

Qu'était la plante Latacé que donnait à ses envoyés le roi de Perse , et^par la vertu de laquelle ils étaient défrayés partout où ils passaient (3) ? Un signe distinctif , une verge d'une forme particulière , ou une fleur brodée sur leurs vêtemens , sur les bannières que Ton portait devant eux, et qui annonçait leurs titres et leurs prérogatives.

Au lieu de l'eau que lui demande Sisarra fugitif et accablé de soif et de fatigue , Jahet lui fait boire du lait , dans le dessein de l'en-

(i) jàthenae. Dtipnos. lib. i. cap. 3o. (a) Plutarch. S/mposiac- lib. i. q^uaest. 6 ; Athenae. Dtipnos. lib. ii. cap. 13.

(3) Pim. Hiêt, nat. lib. xxyi. cap. 4-

44 I>ES SCIENCBS OCCULTES.

dormir (i). Nous qui donnons le nom de lait à une émulsion d'amandes (2) , devons-nous douter que ce mot, dans le livre hébreu , ne désigne une boisson somnifère , à laquelle sa couleur et son goût avaient fait imposer un nom semblable?

Samarie assiégée est en proie aux horreurs de la disette ; l'excès de la faim élève jusqu'à cinq pièces d'argent , le prix d'une petite mesure àe fiente de pigeon (3)... Cela forme un sens ridicule. Mais Bochart établit, d'une manière plausible , que ce nom était donné alors, comme il est encore donné aujourd'hui chez les Arabes , à une espèce de poisi chiches.

Midas , roi de Phrygie (4) , Tanyoxartes , frère de Gambyse (5) , et Psamménite , roi

(i) Liber Judicuniy cap.iv, vers. 19 - Qr.

(») Un jaune d'œuf battu dans de l'eau sucrée prend, en français , le nom de lait de poule j littéralement traduit dans une autre langue , ce nom exprimera une merveille ou une absurdité d^autant plus plaisante , qu'il était précisément employé par les latins , dans le sens propre , pour désigner un prodige ridiculement impossible (,lac gtdlinae).

(3) Eeg, lib. iv. cap. vi. verset 25.

(4) Strabo, lib. i.

(5) K testas, in Persic. apud Photium.

DBS SCIENCES OCCULTES. ^5

d^Egypte (i), meurent après avoir bu du sang de taureau ; Ton attribue à la même causé la mort de Thémistocle. Près de l'ancienne v.ille d'Arges^ en Achaie, était un temple de la Terre ; la femme appcUée à y exercer les fonctions de prêtresse devait n'avoir eu de commerce qu'avec un seul homme : pour faire reconnaître en elle cette pureté , elle buvait du sang de taureau (is) qui lui donnait une mort soudaine si elle avait voulu en imposer.

L'expérience prouve que le sang du taureau ne recèle aucune propriété malfaisante. Mais^ en Orient et dans quelques teitiples de la Grèce , on possédait lé secret de composer un breuvage destiné à procurer une noiort soudaine et exempte de douleur ; la couleur rouge sombre de ce breuvage lui avait faitr donner le nom de sang de taureau y nom expliqué mal à propos dans le sens littéral par les historiens grecs : telle est ma conjecture^ qui n'a rien que de plausible. Nous verrons plus tard le nom de sang de

(i) Herodot, lib. m. cap. i3.

(2) Pausanias. jâchatc» cap. xxv.

par dfes monstres énormes, vomissant des éclairs et des foudres : de leurs entrailles sortaient des hommes qui, par des instrumens inconnus , ou par un poussoir magique^ tuaient , à une distance prodigieuse , les trop faibles Indigènes. Ceux-ci observèrent que les monstres ne pouvaient se porter sur la terre ; et pour échapper à leurs coups , ils cherchèrent un refuge dans ces montagnes éloignées (i). On voit que, dans le principe, les vaincus doutèrent si leur vainqueur ne devait pas ses avantages à des armes meilleurej, plutôt qu'à un pouvoir magique. On peut donc révoquer en doute que , déçus par l'apparence , ils aient tt'ansformé en monstres et doué de la vie des vaisseaux qui semblaient se mouvoir d'eux-mêmes ; que ce prodige ait dès-lors existé dans leur croyance ; et qu'au contraire il ne soit pas né plus tard de la métaphore hardie à laquelle ils durent recourir pour peindre un événement si nouveau.

Mais déjà cet exemple se rattache à l'une

(i) Caner, Forage dans V Amérique septentrionale, etc. y |)a«e.s 80 - 81.

des causes les plus fécondes de merveilleux, l'emploi du style figuré.

rV. Ce style qui donne au récit, contre l'intention du narrateur , une couleur surnaturelle, il n'existe pas seulement dans l'art, ou plutôt dans l'habitude propre aux imaginations vives , de revêtir d'expressions poétiques , de figures hardies , le récit des sensations profondes ou des faits que l'on veut graver dans la mémoire. Partout l'homme est enclin à emprunter au style figuré le nom qu'il impose à des objets nouveaux dont l'aspect l'a frappé. Un parasol est importé au centre de l'Afrique ; les indigènes l'appellent k nuage ( i ) ; désignation pittoresque , et propre à devenir , quelque jour , la base de plus d'un récit merveilleux. La passion , enfin , qui parle plus souvent que la raison , a introduit dans toutes les langues , des expressions éminemment figurées , et qui ne semblent pas l'être , tant l'habitude de les employer en ce sens fait communément oublier le sens littéral qu'elles devraient présenter.

( I ) Voyages et découvertes en Afrique, par Denham, OucL aej et Clappeiton^ tome m.

5o DES SCIENCES OCCULtES.

Etre bouillant de colère , manger sa terre ^ aller comme le vent , jeter les yeux. . . Qu'un étranger, qui connaît les mots et non le fond de la langue française , traduise ces phrases littéralement : quelle bizarrerie ! quelles fables ! Ce qu'il ferait , on l'a fait jadis, quand on a raconté sérieusement que , pour méditer sans distraction , un sage qui occupa sa vie entière à observer la nature , Démocrite , se creva les yeux (i). On l'a fait, quand on a dit que les cerfs sont ennemis des serpens et les mettent e» fuite (2) , parce que l'odeur de la corne de cerf brûlée déplaît aux serpens et les éloigne. Le boa n'imprime point de morsures venimeuses ; mais l'étreinte de sa queue suffit pour donner la mort : on a fait du boa , un dragon dont la queue est armée d'un dard empoisonné. Quand la faim le presse , telle est la vitesse de sa poursuite , que rarement sa proie lui échappe : la poésie

(i) Ce fut, suivant Tertullien {jâpologet, cap. xlyi), pour se soustraire au pouvoir de l'amour, parce qu*îl ne pouvait pas voir une femme sans la désirer. Cette tradition a encore pour base l'interprétation littérale d'une expression figurée.

(3) Aelùui. de Nat, animal, lib. ii , cap. 9.

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a comparé sa course à un vol ; et la croyance vulgaire a doté le dragon de véritables ailes. Sous les noms de basilic et d'aspic , on désignait des reptiles assez agiles , pour qu'il fût diflîcile d'éviter leur attaque à l'instant où on les apercevait : l'aspic , le basilic , passérentpour donner la mort, par leur souffle y par leur seul regard. De ces expressions figurées , devenues la source de tant d'erreurs physiques, aucune pourtant n'était plus hardie que celle dont se servaient les Mej^icains : pour peindre la rapidité du serpent à sonnettes dans tous ses mouvemens , ils l'appelaient le vent (i).

Dans la prière , dans la contemplation religieuse , l'homme fervent est comme ravi en extase ; il ne tient plus à la terre , il s'élève vers le ciel. Les enthousiastes disciples d'Iamblique assuraient , malgré le démenti que leur donnait leur maître , qu'il était ainsi éles^é de terre à la hauteur de dix coudées (a); et dupes de la même métaphore , des chrétiens ont eu la simplicité d'attribuer un mi-

(i) Lacépède, Hist, nat des Serpens , Art. Boïtfuira. ^a) Eunap. in lamblich.

racle pareil à sainte Claire et à saint François d'Assise.

Au nombre des croyances populaires , dénoncées au mépris des hommes éclairés , était encore , il y a cent ans , l'histoire d'une certaine montagne « qu'il fallait franchir en sauce tant et en dansant , pour n'y être pas surce pris de la fièvre (i).... » Quoi de plus absurde? Et pourtant quel avis reçoivent les voyageurs , dans la campagne de Rome et aux approches de la ville éternelle ? On leur recommande de combattre , par un exercice forcé , par les mouvemens les plus violens , le sommeil auquel ils se sentent presque invinciblement enclins : y céder, ne fût-ce qu'un instant , les exposerait à des accès de fièvre toujours dangereux, souvent mortels.

Dans Hai-nan et dans presque toute la province de Canton, les habitans élèvent chez eux une espèce de perdrix appelée tchu-ki. . . On assure que les fourmis blanches quittent à l'instant les maisons où il y a un de ces

fi) Lés coudées Jranches y in-ia, page aS^.— Ce livre, d^ailleurs justement oublié, contient, en ce genre, des ren- •eignemens assez curieux.

oiseaux, sans doute parce qu'il en détruit une grande quantité pour se nourrir. Les Chinois disent poétiquement que h cri du tchu-ki change les fourmis blanches en poussière ( i ) ; que l'on prenne au propre cette expression emphatique : voilà une merveille ou une imposture ridicule.

Chaque année , au printemps , les rats jaunes (oajou) se transforment en cailles /aunes, dans les déserts qui séparent la Chine de la Tatarie (a) ; on voyait de même , en Irlande et dans l'Hindoustan, les feuilles et les fruits d'un arbre planté sur le bord de l'eau , se transformer en coquillages , puis en oiseaux aquatiques. Dans l'un et l'autre récit, remplacez l'idée de métamorphose par celle d'apparition successive : la vérité se retrouve, l'absurdité s'év^nouit.

L'améthyste est une pierre précieuse qui a la couleur et l'éclat du vin. Â cette énoncia* tion froidement exacte , le langage figuré substitue une image expressive : sans is^resse;

(i) Jules Klaproth, Description de Vtte de Hai-nan (nouvelles Annales des Voyages), ileiudèine série , tome yi , page lis,

(i; Eloge de Moukden, pages 3a «t \^\.

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le prévoyance bien commune, exstyle poétique , devient une des* de ce siège fameux ; les destins ne nt point que Troie soit prise si, une chevaux de Rhésus ont goûté l'herbe Is du Xanthe et se sont désaltérés dans >c. Envoyé par l'empereur Justinien, s Sarrasins de Phénicie et du mont , Nonnosus entend dire à ces peujc, pendant la durée de leurs réueligieuses, ils vivent en paix entre avec les étrangers; les animaux fé'^ cspectent eux-mêmes cette paix urU" ^ ; ils r observent envers leurs sembla^ :nwrs les hommes (i), Photius, à cette i, traite le voyageur de conteur de Nonnosus a répété ce qu'il avait enmais il a pris pour l'expression d'un figure poétique usitée dans l'Orient, retrouve littéralement dans le plus des écrivains hébreux (2); figure recs et les Romains ont souvent dans le tableau de l'âge d'or ; et

' uth» cod. ni.

que Virgile , moins heureusement peut-être, ^ transportée dans Padmirable peinture d'une épizootie qui désola le nord de PAfrique et le midi de l'Europe (i).

Une frayeur vive et soudaine coupe la parole ; telle est celle qu'on éprouve en se trouvant â l'improviste devant un animal féroce : c'est un fait bien commun. Mais on a dit, en ce sens , qu'un homme , vu par un loup qu'il n'a pas aperçu , perdait la voix.,. L'expression figurée a été prise au propre. Non seulement, elle a fourni un proverbe que l'on retrouve dans Théocrite et dans Virgile (3); mais Pline et Solin l'ont adoptée. Celui-ci, très-sérieusement, place en Italie «des « loups d'une espèce particulière : l'homme « qu'ils voient avant d'en avoir été vus, dece vient muet ; il veut en vain crier , il ne « trouve pas de voix (3). »

Les cavales de Lusitanie conçoivent par le souffle du vent ; Varron , Columelle , Pline

(1) Virgil. Géorgie, lib. m. Voyez aussi , Eclog. viii. vers 37.

(a) Théocrit. Eid/U, xiv. vers ai. VirgiL Eclog, ix. vers 54»

(3) Sdin, csp. viii. Plin. Hiât, nat. lib. viii. cap. ai.

et Solin (i) répètent cette assertion. Trogue Pompée (2) seul avait compris que , par une image brillante , on peignait la multiplication rapide de ces animaux, et leur vitesse à la course.

En lui promettant une riche part dans les biens que Dieu doit donner à son peuple, Moïse décide le Madianite Hobab à s^unir à la marche des Israélites : « Ne nous aban- (( donne pas, lui dit-il; tu sais dans quels « lieux du désert il nous est avantageux de « camper ; viens et tu seras notre guide (3). » Sa marche ainsi réglée , est ouverte par Farche sainte avec laquelle s'avance et s'arrête

he même effet a été attribué ansri à une cause surnaturelle, par la superstition moderne. Une femme Toit la nuit entrer chez elle, par la fenêtre , quatre voleurs; elle veut crier et ne peut. Us prennent ses clefs, ourrent ses coffres, s'emparent de son argent, et sortent par le même chemin.... La femme alors retrouve la voix, et appelle du secours. On ne met pas en doute que l'impossibilité de crier, tant que les Tolenrs étaient dans sa chambre, ne fût l'effet d*un sortilège. Frommann. Tractatu» de Fascinatione,.,.^ p. 558, SSg.

(i) Farro, De re rusticd, lib. xc... ColumelL lib. vi. cap. 37. Plin, Hiêt. rutt. lib. yiii. cap. 43. Solin. cap. a6.

(a) Justin, lib. zuv , cap. 3.

(3) Numer. cap. x. t. 39. 3a. « Veni nobiscnm ; noli nos n relinquere ; tu enim nosti in quibus locis per desertum , m castra ponere debeamus , et eris ductor noster. u

tour-à-tour le peuple tout entier. Les prétves qui l'environnent portent le feu sacré j la fumée est visible le jour, et la flamme

pendant la nuit Dieu même guide son

peuple y la nuit par une colonne de feu , le jour par une colonne de fumée.

Vers la fin d'un combat opiniâtre, au moment d'une victoire long -temps disputée, les nuages amoncelés voilaient le jour et avançaient le régne de la nuit; soudain ils se dissipent devant la lune qui, presque dans son plein , s'élève à l'Orient, tandis qu'à l'Occident, le soleil n'est point encore descendu sous l'horizon. Ces deux astres semblent réunir leurs clartés pour prolonger le jour et donner au chef des Israélites le temps d'achever la défaite de ses ennemis : Ce chef

a arrêté le soleil et la lune Une pluie

de pierres accable les vaincus dans leur fuite: elles partaient des frondes des Hébreux qui excellaient dans l'usage de cette arme, ainsi que Josèphc prend soin de nous en instruire (i) L'idée de substituer ici des

(i) Cum essent funditoves optimi.,.. jàht. Judaic. lib. !▼. r.ip. 5.

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faits ordinaires au merveilleux poétique ne nous appartient pas. Consulté par Oxenstiern (i), un rabbin lui expliqua de même ce miracle par des voies toutes naturelles. L'auteur d'un livre aussi pieux que savant (2)^ voit dans la pluie de pierres une grêle violente , phénomène rare mais très-redoutable en Palestine; sa courte durée empêcha, ditil, que les Hébreux n'en fussent incommodés. Il s'étonne d'ailleurs qu'on ait pris pour un récit historique, la peinture du soleil et de b lune arrêtés à la fois pour éclairer l'entière victoire des Hébreux ; que l'on ait pu y méconnaître l'emphase et le style figuré, propres aux cantiques et aux hymnes d'une poésie élevée dont , suivant lui , le livre de Josué a été entièrement extrait. Forts d'une telle autorité , nous étendrons plus loin notre assertion ; et , sans multiplier les citations particulières, nous dirons que, pour vérifier dans un exemple général la diffé-

^f) Pensées du comte Oxenstiern, tome i, page.

(a) J.'H. Fonder Palme. Bjrbel voor de Jeu§d. ( Bible pour la jeunesse, vu n°. Leyden, 1817). Voyez Jtrchit^es du christianisme au XIX ^ siècle , octobre 1818, pages 335,

6o DES SCIENCES OCCULTES.

rence de l'expression poétique à la réalité , il suffit de lire l'histoire des Juifs dans la narration de Josèphe. La bonne foi de cet écri- ' vain lui a attiré , de la part de quelques modernes, des reproches que ne lui adresse point Photius , chrétien aussi zélé qu'eux , mais juge plus éclairé (i). II est bien injuste de lui supposer l'intention de nier ou d'atténuer les miracles dont sa nation a été le sujet et le témoin , lui que l'on yoit au contraire ajouter plus d'une fois des circonstances merveilleuses aux prodiges consacrés dans les livres hébreux. On aurait dû remarquer que Philon , dont la foi, la piété et la véracité ne sont point problématiques , se montre aussi prés que Joséphe d'attribuer à des causes naturelles quelques miracles de Moïse. Ainsi, en parlant de la source qui jaillit du rocher d'Horeb; « Moïse, dit-il, frappa le rocher; et « soit que par un heureux hasard , il eût ou- « vert l'issue à une nouvelle source, soit que (( les eaux eussent d'abord été amenées là

(i) Phoe. BiU, cod. xLvii et ccxxxtui. Vojez la tortie (jue se permet contre Josèphe, le saTant et peu )udicieux abbé de Longuenie , Longue ruana, tome ii , page 35.

DES SCIENCES OCCULTES. 6l

a par de secrets conduits, et que leur abon- « dance les fît sortir avec impétuosité , le ro- « cher jeta autant d'eau qu'une fontaine (i). » Philon et Joséphe traduisent en style simple, exact et conforme au goût de leur siècle , le style oriental de la Bible ; quelques merveilles s'affaiblissent ainsi ou s'évanouissent sous leur plume : mais cette disparition , nous le Terrons bientôt, n'a rien de réel ; elle ne porte aucune atteinte au respect que les deux écrivains juifs professent pour la sublimité des œuvres de Dieu.

Voyons, dans un dernier exemple , l'influence d'une autre cause seconder celle des expressions figurées , pour conduire la crédulité , d'un fait naturel , à un prodige extraordinaire. Suivant un historien arabe qui parait avoir consulté les plus anciens écrivains de l'Orient (3), Nabuchodonosor était un roi feudataire de Syrie et de Babylonie, soumis

(1) Phiîo.jud, De vitâ Mosis. lib. i... a Rupem percutit, « quae^ etc. »

(a) Tebry... Ce fragment a été traduit en anglais par sir Fr. Gladwin. Nous en ayons donné une traduction fran- {aiae : Jh la Civilisation, etc.. Introduction, note A... Voyez aussi D'Herbelot, Bibliothèque orientale. Art. Bah-

à Pempire persan. Tombé dans la disgrâce du Roi des Rois, et, dépouillé de la royauté, il fut plus tard rétabli sur le trône , avec une grande augmentation de pouvoir , en récompense des succès qu'il avait obtenus dans son expédition contre Jérusalem. C'est sa disgrâce de plusieurs années, passées sans doute dans l'exil , que rappelle l'historien Josèphe : Nabuchodonosor , dit -il, eut un songe dans lequel il lui sembla qu'étant privé de son rojaume y il vivait sept ans dans le désert ; et qu'ensuite il se trouvait rétabli dans sa première dignité...*^ et tout cela s'accomplit, sans que personne, en son absence, osât s'emparer de ses états (i). Daniel rapporte que le royaume de Nabuchodonosor />a^^a hors de ses mains ; et qu'ensuite il y fut rétabli y ajoutant, comme l'historien arabe, avec un accroissement considérable de puissance (3). Si Daniel dit de plus que (3) , re-

(1) Fï. Joseph. Ant, jud, lib. , x, cap. ii. Cette longue et paisible vacance du trÔne serait inexplicable dans un empire indépendant et absolu : elle est naturelle dans un état feudataire, au gouTemement duquel le chef suprême a pris soin de pourToir.

(a) Daniel, cap. 4- '^« ^S* 33.

(3) Ibid. V. 29.

DBS SCIENCES OCCULTES. 63

légué dans la solitude avec les bétes, ce roi brouta l'herbe comme un bœuf; que ses cheveux devinrent semblables à la crinière d'un Uon (suivant les Septante), ou aux plumes d^un aigle (suivant la Vulgate), c'est une peinture de l'état de dégradation où se trouvait réduit le prince détrôné et exilé. Cela n'est pas • douteux , puisque , dans le passage que nous avons cité, Josèphc affirme qu'il transcrit purement, de bonne foi et sans y rien changer, le texte des livres hébreux. Ce tableau poétique finit , comme tant d'autres, par être pris pour un récit historique : les rabbins racontent que Nabuchodonosor, quoiqu'il eût la forme d'un homme, se croyait métamorphosé en bœuf; que ses cheveux ressemblaient à la crinière d'un lion et ses ongles , démesurément grandis , aux serres d'un aigle. Enfin, suivant Saint-Épiphane (i), Nabuchodonosor , conservant les sentimens et la pensée d'un homms , était réellement moitié bœuf et moitié lion.

En voyant reparaître, dans ces diverses peintures ) les formes de Vhomme, du bœiif,

il) s, Epiphan, in. Fitd, Daniel.

du lion et de V aigle , comment ne point se rappeler que ces quatre figures ont marqué, pendant a 1 53 ans , les points solstitiaux et équinoxiaux, et qu'elles ont, en conséquence^ joué un rôle important dans les religions orientales. Une habitude dont les eflTets se sont reproduits plus souvent qu'on ne le soupçonne , l'habitude de mêler aflx faits historiques , des traits empruntés à l'astronomie religieuse, a sûrement hâté les progrés de la crédulité relativement à la métamorphose de Nabuchodonosor. Supposons encore, ce qui n'a rien que de probable , qu'à Babylone, il ait existé des représentations où étaient réunies ces quatres figures astronomiques ; que les Hébreux captifs en aient vu une à laquelle se soit rattaché , pour eux , le nom du Roi que leurs désastres rendaient sans cesse présent à leur souvenir, parce qu'il passait pour en être l'auteur; avec quelle efficacité l'aspect de cet emblème n'aurat-il pas aidé à la croyance du mythe merveilleux !

V. Que sont, en effet, les emblèmes pour la vue? ce que le style figuré est pour la pensée. Leur influence inévitable a créé

un nombre aussi grand d'histoires prodigieuses.

Partout , dans l'antiquité , Ton exposait des emblèmes ingénieux , destinés à retracer ce qu'avaient de plus important, dans les dogmes et dans les souvenirs , la morale et l'histoire. Leur sens, bien compris dans» le principe, s'obscurcit peu à peu , par l'éloignement des temps ; il se perdit enfin pour l'irréflexion et l'ignorance. L'emblème restait cependant ; il frappait toujours la vue du peuple ; il commandait toujours la foi et la vénération. Dès^ lors la représentation, quelque absurde et monstrueuse qu'elle fût , dut prendre , dans la croyance générale , la place de la réalité qu'elle rappelait originairemeritv B'un symbole qui peignait la religion et les lois én^inant de l'intelligence suprême , naquit la croyance qu'un faucon avait apporté aux prêtres de Thèbes , un livre où étaient contenus les lois et les rits religieux (i). Certaines îles du Nil , suivant Diodore (2), étaient défendues par des serpens à têtes de chiens ,

(1) Diod, sic. lîb. i. parf. ri. f ji. (Tk) Diod, sic. Hb. r. part. t. % ig.

et par d^autres monstres. Ces monstres , ces serpens n'étaient probablement que des emblèmes destinés à indiquer que les iles étaient consacrées aux dieux , et à en interdire Tao ces aux profanes.

Combien dé mythes et de prodiges dans les fastes de l'Egypte ^ combien dans les fastes de l'Inde et de la Grèce ont une origine analogue !

On l'a conté , on le répète encore , sans s'inquiéter si la chose n'est pas absurde : telle était la force de Milon de Crotone , que ^ lorsqu'il se tenait debout sur un disque étroit , on ne pouvait ni le déplacer , ni ar^ racher de sa main gauche une grenade qu'il ne pressait pourtant pas assez fortement pour l'écraser ^ ni détacher les uns des autres les doigts étendus et serrés de sa main droite. Milon , dit un homme versé dans la connaissance des coutumes et des emblèmes religieux , Milon était , dans sa patrie , grand prêtre de Junon. Sa statue , placée à Olyn^ pie , le représentait , suivant le rit sacré , debout sur un petit bouclier rond , et tenant une grenade, fruit de l'arbre dédie à la déesse. Les doigts de sa main droite étaient étendus,

:$eiTés et même unis : c'est ainsi qoè les figuraient toujours les anciens statuaires (i). Le vulgaire explicjua par dés contes merveilleux, une imperfection de Fart 4 et des représentations mystérieuses dont on avait oublié le véritable sens.

Il n'est pas nécessaire de s'enfoncer dans l'antiquité, pour citdr des faits analogues. An moyen âge , on se servait de calendriers en figures, seul moyen d'instruction pour des peuples qui ne savaieilt pas lire. Pour exprimer qu'un saint martyr avait péri par la décollation , on l'y représentait debout , supportant dans ses deux mains sa tête séparée de son corps (2). On avait sans doute adopté d'autant plus facilement cet emblème, que depuis long temps il fixait l'attention , et par conséquent les respects du vulgaire , dans le calendrier hiéroglyphique d'une religion plus ancienne (3).

(i) ApoUonius de Tyancy Philost. vit. ApoUon, lib. iv. cap. g.

(s) Voyez Ménagiana, tome iv, page io3. — Quelques uni de ces calendriers en figures doivent se trouver encore àaraB les cabinets des curieux.

(S) Sphaera Pertica, Capricomus. Decanus m... n Dimi-

Des calendriers ^ l'emblème passa naturellement aux statues et aux diverses représentations des martyrs. J'ai vu , dans une église de Normandie, saint Clair, saint Mithre à Arles , et en Suisse tous les soldats de la légion thébaine, représentés avec leurs têtes dans leurs mains. Sainte f^alérie est ainsi figurée a Limoges , sur les portes de la cathédrale , et sur d'autres monumens (i). Le grand sceau du canton de Zurich présente , dans la même attitude , saint Félix , sainte Régula et saint Experantius (3)..*. Voilà certainement l'origine de la fable pieuse que l'on raconte de ces martyrs , comme de

rt diiim figurae sine capite, quia captit ejun in manu «jus <t est. w — Dans un calendrier égyptien , on remarque un emblème qui a pu donner naissance au mythe de Geryon,,, « Vir tricep», dextrâ porrectà indicans. » Monomoer, Abcendent,,. inDeamis aêgyptiacis. Taurus. Decan. i... 6grad. — Ijtê personnes qui , partageant l'opinion des Hébrenz , regardent l'histoire de Judith comme une fiction pieuse, en décourriront l'origine dans une autre figure de ce calendrier : Pisces. Decan. m... a6 grad. a Mulier yiro dormienti caput « securi amputât, m

(i) C. N*. AUoUy Descrifftivn de» monumens du départe^ ment de la Haute- tienne, page i{3.

(a) St,'£xuperantiu» ne se trouve pas sur les sceaux antérieurs à J240.

DÈiS SCJENCBS OCCULTES. 69

saint Denis et de beaucoup d'autres encore : saint Maurin à Agen (i), saint Prinoipin à Souvigny en Bourbonnais^ saint Niçoise premier évèque de Rouen , saint Lucien apôtre de Beauvais, saint Lucain évéque de Paris (a)^ saint Balsème à Arcy-sur-Aube , saint Savinien à Troyes (3) ; la seule année 375 en fournit trois autres au diocèse de Troyes, en Champagne (4). Pour faire naître cette légende , il suffit d'abord qu'un hagiographe contemporam ait employé une figure énergique , mais dont nous nous servons encore ; que , pour peindre les obstacles et les périls qui pouvaient arrêter les fidèles empressés de rendre aux martyrs les derniers devoirs, il ait dit que l'enlèvement de ces restes sacrés et leur inhumation furent un

(1) Mémoire» de la Société des antiguaires de France^ tome III , pages a68 , aCg. '

(a) J.-A. Dulaiire, Histoire physique , civile et morale de Parie (i8ai)» tome i, page 143.

(3) Promptuarium sacrum antiquitatum Trecassinae dioe -

tesis,..,, fo 335 v, et 3go v.

(4) Le P. Deguerroia, la Sainteté chrétienne , fol. 33, 34, 38, 39 et 48. — Dans une f^ie de St.-Par, l'un de ces trois nartjrs, imprimée àNogent-sur-Seine, en 18a i, on a icpiodnit ce récit merTeilleux.

<y3 DES SCIENCES OCCULTES.

attribuaient à teur divinité tutélaire ^ et qui dispensait l'orgueil national de la reconnaissance due à des alliés libérateurs. La tradition d'une délivrance miraculeuse s'étendit plus loin que l'apologue qui l'avait fait naître ; Bèrose, cité par Joséphe (i), dit que l'armée d'Assyrie fut victime "d'un fléau , d'une peste ejwofée parle ciel^ et qui moissonna sur-lechamp cent quatre-vingt-cinq mille hommes. Ainsi la vanité chaldéenne couvrait du voile d'un malheur inévitable , l'opprobre d'une défaite méritée. Les Hébreux , instruits aux mêmes sources que Bérose , et d'accord avec lui sur le nombre des victimes (a) , remercièrent le dieu d'Abraham et de Moise qui n'avait envoyé Vange exterminateur contre l'armée du conquérant , que pour l'empêcher de détruire Jérusalem après avoir subjugué l'Egypte.

De la même manière , des fictions purement morales, et qui ne se rattachent à aucun fait , deviendront des traditions historiques. Je pourrais citer la parabole touchante du

(i) FL Joseph, ^nt.jud. lib. x. cap. a. (3) i?e^. lib. IV. cap. 19 >• 35. Paralip. lib. 11. cap. 3a. T. 21. /«ai', cap. 3^. t. 36.

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un nombre aussi grand d'histoires prodigieuses.

Partout , dans l'antiquité ^ l'on exposait des emblèmes ingénieux , destinés à retracer ce qu'avaient de plus important^ dans les dogmes et dans les souvenirs , la morale et l'histoire. Lear sens ^ bien compris dans» le principe ^ s'obscurcit peu à peu , par l'éloignement des temps ; il se perdit enfin pour l'irréflexion et l'ignorance. L'emblème restait cependant ; il frappait toujours la vue du peuple ; il com*mandait toujours la foi et la vénération. Dés-* lors la représentation, quelque absurde et monstrueuse qu'elle fût , dut prendre , dans la croyance générale , la place de la réalité qu'elle rappelait originairemeritv D'un symbole qui peignait la religion et les lois émanant de l'intelligence suprême , naquit la croyance qu'un faucon avait apporté aux prêtres de Thèbes , un livre où étaient contenus les lois et les rits religieux (i). Certabes iles du Nil , suivant Diodore (2)^ étaient défendues par des serpens à têtes de chiens ,

(t) Diod. tic. lîb. i. part. ii. | 37. W Diod. sic, lîb. t. part. t. i rg.

blance évidente du dénouement , cette lable^ inventée en Phrygie ou enapruntée d'une civiUaation plus anciennes , passe dans l'histoire. On nomme le héros : c'est Ancburus -^ fils de Midas , l'un des rois des temps héroïques (i). Tel est le charme du merveilleux que Rome , quelques siècles après , s'appropriera ce récit qui ^ au lieu d'un précepte général ^ n'offre plus ainsi qu'un exemple particulier. Ce ne sera point le chef sabin Métius Gurttus qui , au milieu de Rome presque conquise ^ aura laissé son nom à un marécage illustré par sa défense vigoureuse contre les efforts de Romulus (3) ; ce ne sera point un consul (3) chargé , suivant l'usage , par le sénat ^ d'^nceindre d'une muraille ce marais sur lequel

(1) Partdléles d'histoires Grecques et Romaines ^ I x. Cet Oiirr^e, fausseine^t attribué à plutarqu^i foérîte» «a général y peu de conlîaDce : mais on peut, ce me semble y admettre son témoignage, quand il s^agît de faire disparaître de l'histoire un fait cTidemment fabuleux y et sur lequel les ancieus annalistes de Rome sont loin de s'accorder.

(a) Telle était la véritable origine du nom de Laeus Cartiusy suivant l'historien L. Calpumius Piso, cité par Varron ( Farro De lingt$4 Ifitinâ, lib. iv. cap. 33). Voyez aussi Tite-Live ( lib. i, cap. la et i3).

(3) Cette opinion était celle de G. Aelius et de Q. Lutatius ( Varro. loc. cit).

est tombée la fbudre ; pour citer un patrî*cien y un Curtius qui ^ au même lieu ^ se pré* cipita tout armé daos un gouffre miraculeusement ouvert et refermé non moins miraculeusement (i), Rome emprunte à la Phrygîe Tapologue d'AnchuruSi) et Tintroduit dans sa propre histoire.

On sent que le désir d'augmenter l'illustration du pays a favorisié un tel emprunt. Ce serait ici le lieu de montrer combien de fois, secourant la vanité d'urne nation ou d'une famille, l'imposture officieuse a semé l'histoire de prodiges , pour en effacer une tache ou y ajouter un ornement : dans un grand nombre d'exemples nous n'en choisirons qu'un seul. En vain la tradition , conservée par deux historiens graves (2) , rapporte que le féroce Amulius fit violence à sa nièce Rhéa Sylvia , et la rendit mère de Romulus et de Rémus. On répétera constamment que , des

(i) Varron {loco cîtato) rapporte ausai cette tradition; mais c^est du .ton d'un homme peu persuadé, puisqu'il oppelle le héros qui se précipita dans le gouffre, un certain Curtius, quemdam Curtium.

(a) C Ltcinius Macer et M. Octaviusy cités par Aurt'Iius Victor, De origine gentis romanae, cap. 19.

amours du Dieu de la guerre naquirent les fondateurs d'une cité que devait élever au suprême pouvoir, la faveur du Dieu de la guerre.

DES SGIElfCES OCCULTES. '^'J

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