CHAPITRE IV
Phénomènes réeb , mais rares , présentés comme de;» prodiges dus ^ rintervention de la divinité , et présentés avec succès , parce qu'on ignorait qu'un phénomène fût local ou périodique 5 parce qu'on avait oublié un fait naturel qui, dans le principe, aurait écarté l'idée du merveilleux; souvent enfin parce qu'il eût été dangereux de chercher à détromper une muir titude séduite. L'observation de ces phâiomènes étendait les connaissances scientifiques des prêtres. Yendiques sur ce point, les écrivains anciens le sont aussi dans ce qu'ils disent des œuvres magiques.
Si un grand nombre de merveilles mentionnées dans les écrits des Anciens n'ont existé ou n'ont pris de l'importance que pour l'enthousiasme, l'ignorance et la crédulité, d'autres, au contraire , telles que les chutes
d'aérolithes, sont reconnues aujourd'hui pour des phénomènes réels , qu'une physique éclairée ne rejette plus , quoiqu'elle ne parvienne pas toujours à les expliquer d'une manière satisfaisante.
L'histoire naturelle de notre espèce présente plusieurs singularités que des observateurs circonscrits dans leur étroit horizon , ont regardées comme chimériques ^ et dont une observation plus exacte a confirmé l'existence .
Des écrivains grecs très-anciens , tels qu'lsigonus et Aristée de Proconèse, ont parlé de Pygmécs de deux pieds et demi de haut ; de peuples qui avaient les yeux dans les épaules y d'antropophages existant chez les Scythes septentrionaux ; d'une contrée nommée uilhanity où naissent des hommes dont les cheveux blanchissent dès l'enfance, et dont la vue, très^faible le jour, est très-nette la nuit. Aulugelle (i) traite ces récits de fables
(t) A. GêU. Nact. attic. lib. ix. otp. 4* ^oUn (cap. it ); copiant aans cloute les écrivains dont Aulugelle rejette le témoignage , a parlé d'une peuplade dont les hommes ont les yeux dans les épaules.
DES SeiENCES OCCULTES. ^g
incroyables ; et pourtant, dans les deux premiers peuples, nous reconnaissons les Lapons et les Samoiédes, quoiqii^on ait exagéré la petitesse des uns et la manière dont les autres ont la tête enfoncée dans les épaules ( i ) ; Marco-Polo affirme que quelques hordes tatares mangent les cadavres des hommes condamnés à mort (^2). Dans les indigènes de ï Albanie y peut-on méconnaître des Albinos ? Le nom de leur prétendue patrie n'est
(i) Walîer Raleigh, en iSgS, et Keymis, en i5g6, reçurent, des indigènes de la Guiane, les renseignemens les pins afiErmatifs sur Texistence d'une peuplade d'hommes qui ayaient les jeux sur les ëpaules, et la bouche dans la poitrine : {Relation de la Guiane, par W. Raleigh, traduc. fran^.y pages 67, 69 et m). C'est-à-dire, comme l'a fort bien pensé le traducteur français j que ces hommes avaient te cou très-court et les épaules extrêmement élevées. Le P. Lafifeau ( Le$ mœurt des saut^ages américains , etc. , tome i , pages 58, 6a} observe que la croyance à l'existence d'une pareille race d'hommes est également répandue dans diverses parties de l'Amérique , et parmi les Tatars voisins de la Chine. Comme les Samoïèdes en Asie, les Bsquimaux et les peuplades observées an cap Hom, à la Terre de feu et dans les îles voisines, par Weddcl (A. Voyage to the south pôle perfbrmed intheyears, iSaa, i8a4»- Bulletin de géographie) y ont fait naître cette erreur parmi les indigènes du nord et du sud de l'Amérique.
(3) Marco Polo,
So DES SCIENCES OCCULTESi
que la traduction du nom qu'ont dû toujours recevoir ces êtres si remarquables par la blan^ cheur de leur peau et de leurs cheveux.
Ktésias a souvent été accusé de mensonge ^ sur l'autorité des Grecs , dont ses récits contrariaient les croyances et les prétentions. Les Fygmées que cet auteur place au milieu de l'Asie ^ et qui avaient le corps couvert de longs poils, rappellent les Aïnos des iles Kouriles , hauts de quatre pieds , et couverts de poils très-longs : Turner a vu , aussi , dans le Boutan, un individu d'une race extrêmement petite. Les Cynocéphales de Ktésias {Aelian. de Nat. animal, lib. IV, chap. 46) pourraient bien être les nègres océaniques , Alphouriens ou Haraforas de Bornéo et des îles Malayes , et les singes à qui Rama fît la guerre dans rile de Ceylan, suivant les livres sacrés des Hindous (i).
Dans les Argippéens ou têtes chauves d'Hérodote , on reconnaît les Mongols et les Kalmouks , peuples chez lesquels les moines ou Ghelongs portent la tête rasée. Cette na-
( 1 ) Malthe-Brun y Mémoire sur l'Inde septentrionale d'Hérodote et de Ktésias, etc. Nouvelles Annales des t'o/agesy tome II , pages 355, SS^.
DBS SCIENCES OCCULTES. 8t
tion parla à Hérodote de peuples situés beaucoup plus au nord^ et qui dormaient six mois de Farinée. Hérodote refusa d'admettre cette indication , qui n'est toutefois que celle de la durée de la nuit et du jour dans les régions polaires (i).
Les anciens ont aussi placé des Pygmées en Afrique. Un voyageur français en a trouvé dans le Tenda-Maié , sur les bords du Rio- Grande : là, dit -il, habite une race que rendent remarquable la petitesse de sa taille et la faiblesse de ses membres (pt).
Des généralités, si nous descendons aux détails , nous trouvons encore qu'on a trop souvent déprécié les faits extraordinaires dont l'antiquité conservait le souvenir avec une fidélité religieuse. « Que Roxane, dit Lar- « cher (3) , ait accouché d'un enfant sans tête , « c'est une absurdité , capable elle seule de n décréditer Ktésias. » Tous les dictionnaires
(i) Malthe-Bnin, îbid.y Ibid.y pages 373, 37$. ^ Hérodot.
(i}MoUieiiy Voyagt dojns l'intérieur de VAJriquey etc. (Paris, i8ao)9 tome ti, page a 10.
(3) Tradnctioii d'Hérodote , 1 1* édition, tome ti , page a66, note 35.
8a DBS SCIENCES OCCULTES.
de médecine auraient appris à Larcher que la naissance d'un enfant acéphale n'a rien d'impossible (i).
Le respect dû au génie d'Hippocrate a seul empêché , je crois ^ qu'on ne le taxât de monsonge, quand il parle d'une maladie à laquelle les Scythes sont sujets et qui les fait des^enir femmes (2). M. Jules Klaproth a vu, chez les Tatars-Nogais , des hommes qui perdent leur barbe ; leur peau se ride ; ils prennent l'aspect de vieilles femmes, et sont, comme chez les anciens Scythes, relégués parmi les femmes et bannis du commerce des hommes (3).
L'histoire des animaux , telle que les an^ ciens nous l'ont transmise , est remplie de détails en apparence chimériques. L'apparence quelquefois ne tient qu'à une dénomination fautive : le nom di Onocentaure semble désigner un monstre unissant les formes de l'âne et de l'homme ; ce n'est qu'un quadrumane qui , tantôt court à quatre pattes ,
(1) Dictionnaire des sci^ncBê méiUcaU*, art. AcéphêU^ (3) Hippocrat* De Aère, Aquis et Locit. (3) Jules KlaprotH, Fojrage au mont Caucase et en Géorgie en 1807, 1808. — Bibl. univ. littérature, tome ti, page 40.
OB8 9CIBKCB8 OCCITITES. 83
et tantôt m s^^ comme de maÎDS:^ dei ses pattes afitérieure» ; un grand ainge coinert d'un pebge gria ^ surtout dam la pirtîe infé* rieuire du corps (i).'
Dans les rats de Lybie ^ qui marèhent sur leurs pattes de derrière , on a ^ mais assez ré*comment^ reconnu des Gerboise»; et VErkùom ou jibbiigumba de Bruce, dans l'oiseau d'A*frîque qm porte une corne au iront (2). Maiis qu'était le Catoèlepa (3), ^imal dû genre des taureaux ou des moutons sauvages , et doué ^ comme le basilic ou l'aspic^d'un souffle ou d'un regard honneidé? c'était lé gnoiu] la desorip* tion qu'en donne Élien , et la forme de là tête d'un de ces animaux que luèf ènt lès soklats de Marius , mettent le fait hors de doute (4)'- Le gfwu porte toujours la télie baissée; ses yeuK' petits, mais Tifs', stimblent recouverts par la crinière épaisse qui charge son iront^^ on ne peut guère apercevoir son regard ou
(x) Mlian» Jh Ngté animmL làb* xvii. cap. 9. (9) jâelian. De Nat. animal, lib. xt. cap. 96. et tib. xyti , cap. 10.
(3) PUn, Hist. nat. lib. mi. cap. ai. Aelian. de Nai. anim. lib. TU. cap. 5. Athenae. Peipnosoph, lib. t. cap. i5.
(4) Aihenae. Deipn. loc. cit. jâelian. De Nat, animal. loc cit.
8/| DES S( IKNrKS OCcrLTES.
sentir son soulllo^ si l'on nt^ s'ap|)roche beau eonp^ iissez nirnie ponr|)on>oir être frappé parret nnirnal fnronche et piiurenx. L'expression pi'o\erhiale du (Innî^er anqnel on s'exposr ^ a été lianslonnée en pliénoinènc [)hvsiqne* |>ar l'anionr du nierveillenx.
Déjà M. (linier (i) a\ait indiqné ee rapproehement ; et ^ en disentaiit 1("S anciens récits l'elatils à d(\s animaux rej^ardés comme fabuleux^ il a\ait exprimé l'opiîiion que ce que l'on v trouve d'incrovable //'e.sY que le résuUai de mauvais(\s descriptions. \ la décision d'fin jïipe si éclairé^ j'ajouterai que des descriptions d'abord (exactes ^ ont pu être viciées par des détails c^onservés impai raitemeiil dans le souvcMiirdes lionmies^ ou mal traduits sur des mémoires écrils (»n langue étrangère et où l'on se ser^ait [)rol)abl(Mnent d'expressions frij^urécvs.
De telles observations me semblent avoir assez de poids pour (jue j'ose ( ( 'iscMller aux sa^ans Tcxamen des prodit>('sque l'on présen-
(i"^ Analyse des im< an:r de la clnssr drs ^rirticrs de Vins titut de France vu iSif)... Mat^dsiii t nryclt'^p , nnnro iH\0
ims SCIENCES OCCULTE». 85
tjadis aux princes et aux pei^led, comité ' présages, de l'avenir ^ cooune les signes U Volonté des dieux , la marque ciertaine leur faveur ou de leur i^dignatioo«-L'htSh re naturelle s'y pourrait enrichir de no- 'Os intéressantes ; la physiologie y trouver usieurs cas rares qui deviendraient, par la même, moins problématiques et plus jles à rattachera l'ensemble de la doctrine, citerai d'abord le recueil de Jutius Obs^ lensi. Cet .auteur parait s'être borné à ex-* aire les registres où les pontifes romains con* ^uûent, chaque année, les prodiges qui leur '^ient dénoncés. Dans le fragment trop court lû fious reste de son. ouvrage, on trouve, otre la meQtioii de fréquentes pluies de icarres, la preuve, quatre fois répétée , que k stérilité des mules n^est pas une loi im^ Hioble de la nature ; l'indication d'une .co¥nr 'ustion humaine spontanée que l'on crut déerminée par le reflet d'un miroir ardent; feux exemples d'un accouchement eXtlfa- ^turel , dont la possibilité a été discutée et constatée de nos jours ( i ). On y remarquera
i; Strvio Flacco, Q. Calpurnio, Coss. Roniae puer solï*
86 DtS SCIENCKS OCCULTES.
surtout l'observation faite, sur un animal, d'un phénomène analogue à celui qu'ont présenté le jeune garçon de Verneidl ( Amédée Bissieux)en i8i4(0') ^^^"^ 1826, un jeune chinois qui , sans en être même notablement incommodé , portait attaché h la poitrine et adliérent au sternum, un fœtus acéphale (2). Au XVI* siècle, si l'on en croit le médecin Jean Lange ^ un cerf pris par Otto Henri, comte palatin, ayant été ouvert, on trouva dans ses entrailles un fœtus bien formé. La rencontre répétée de ces monstres hétéradeU phes(^c'esl l'expression dont se sert M. Geoffroy de Saint-Hilairc; pour désigner l'assemblage de deux êtres dont l'un n'est pas complètement développé) , la rencontre de ces monstres a-t-elle autrefois enfanté la croyance à Yhermaphroditisme ou au changement alternatif de secre des lièvres et des hvènes?
dus postcriore naturae piirte geuitus Strgio Galbd, Af.
ScaurOf Coss. iileni ;^ puer } postcriore naturà solidus natus , qui, voce missà, cxpi ravit. Julius Ohsequeiis. de Prodigiis.
(1 ; C. f^alevioj M. Herennio, Coss. Maris vituli , cum exto (lemerentur, gcmini vitelli iu alvo eju.s iuvoiiîi. Julius Odsequens.de Prodigiis.
[1] Séance de l'Académie des Sciences de Paris, vîJ aoùi
DBS SaBNCKS OCCULTES. 87
00 peut le croire, puisqu'une observation de ce genre Éaite sur le nms caspium ( probablement la martre ) , a été ainsi convertie en fait général (i). Il ne serait pas sans intérêt de vérîfieF si les martres , les hyènes ou les lièvres présentent cette singularité plus fréquemment que d'autres animaux.
Le sayant que je viens de citer a décrit récemment un cheval poljrdactjrle , ayant des doigts séparés par des membranes (3), Les écrivains anciens ont parié de dievaux dont le© pieds avaient quelque ressemblance avec les pieds et les mains de l'homme , et on les a accnsés d'imposture !
L'histoire des corps inanimés n'est pas moins riche en faits singuliers où les ancien» Toy aient des prodiges, et où, long-temps, nous n'avons vu que des fobles.
Sur le Mont Eryce , en Sicile , l'autel de Vénus (3) était situé en plein air , et une flamme inextinguible y brillait nuit et jour, sans bois , sans braise ni cendres , et malgré
( i Aelian. de nat, anim. lib. xvm. cap. 18.
(a) Séance de rAcaiémie des SoieBqe« de Parit, i3 août
'3. Mlian. Var, Mût. lib. x. cap. 5o.
le froid, la pluie et la rosée. Un des philosophes qui ont rendu le plus de services à la raison humaine, Bayle (i) traite ce récit de fable. Il n'aurait pas accueilli sans doute avec plus d'indulgence ce que dit Philostrate d'une cavité qu'Apollonius observa dans l'Inde , auprès de Paraca , et d'où sortait continuellement une llamme sacrée , couleur de plomb , sans fumée et sans odeur (2). En d'autres lieux, cependant , la nature a allumé des feux semblables. Les feux de Pieti'amala , en Toscane , sont dus , suivant sir Humphry Davis , à un dégagement de gaz hydrogène carburé (3). Les flammes perpétuelles que l'on admire à VAtescIi-gah (heu du feu), voisin de Bakhou , en Géorgie (4), sont alimentées par le naphte dont le sol est imprégné : ce sont des Jeux sacrés ; et les pénitens hindous les ont enfermés dans une enceinte de cellules, comme on avait élevé, autour du feu de la moiïtagne d'Ervce , le
I B.iyle , Dictionnairt histori.jtic vt critique^ art. Ei^tut tia , uoio I).
7 Philosirat. f'it. Apollon, lil). m. cn[). 3.
3 Journal de Phdvmacù , aniiôu iSi5 , page 520.
J IS . iVloiinn i('v , / o> ai^e dans la Tntroinanic et à Khu'a, \^:\ilos j'J^ ot j'^"'.
temple de Vénus. En Hongrie , dans la saline de Szalina , cercle de Marmarosch (i), un courant d'air impétueux , sortant d'une galerie , s'est enflammé spontanément. C'est du gaz hydrojgène, semblable à celui que l'on emploie aujourd'hui pour l'éclairage. Aussi est-ce pour cet usage qu'on l'a mis à profit , avec un succès qui parait devoir être durable^ puisque l'écoulement gazeux n'est pas moins uniforme qu'abondant. Des prêtres , dans une civilisation de forme fixe , auraient consacré ce phénomène à la superstition : dans une ci* vilisation perfectible, l'industrie en tire un service utile.
L'eau est métamorphosée en sang ; le ciel verse une pluie de sang ; la neige même perd sa blancheur et parait ensanglantée ; la farine, le pain ., offrent à l'homme une nourriture sanglante , où il puisera le germe de maladies désastreuses : voilà ce qu'on lit dans les histoires anciennes, et dans l'histoire moderne, presque jusqu'à nos jours.
Au printemps de i8a5, les eaux du lac de Morat parurent, en plusieurs endroits, cou-
\\^> Le Constitutionnel, n* du 7 septembre 1826-
88 DKS SCIENCES OCCULTES.
le fioid , la pluie et la rosée. Un des philosoplies qui ont rendu le plus de services à la raison humaine, Bayle (i) traite ce récit de fable. Il n'aurait pasaccueiUi sans doute avec plus d'indulgence ce que dit Philostrate d'une cavité qu'Apollonius observa dans l'Inde , auprès de Paraca ^ et d'où sortait continuellement une llanime sacrée , couleur de plomb , sans fumée et sans odeur (2). En d'autres lieux, cependant , la nature a allumé des feux semblables. Les feux de Pieti'amala , en Toscane , sont dus , suivant sir Humphry Davis , a un dégagement de gaz hydrogène carburé (3). Les llammes perpétuelles que l'on admire à Vyllescli-gali {\\c\\ du feu), voisin de lîakhou , en Géorgie (4), sont alimentées par le naphte dont le sol est imprégné : ce sont des feux sacrés ; et les pêniteiis hindous les ont enfermés dans une enceinte de cellules, comme on avait élevé, autour du feu de la montagne d'Eryce , le
I Ij.i yU' , Dictionnan'f histori.juc vt ciitiqiu , art. Egna tia . non' 1).
1 Philostrat. f it. Apollon, lil). m. en)). 3.
?> Joui fiai de Phftrmacif t .luinu; i8i5 , page 5iO.
I N. iVloiir.n i<'v , f'oy tr^t' dans la Tiinnmanic et à Khiva,
temple de Vénus. En Hongrie , dans la saline de SzaUna , cercle de Marmarosch ( i ) ^ un courant d'air impétueux ^ sortant d'une galerie , s'est enflammé spontanément. C'est du gaz hydrogène, semblable à celui que l'on emploie aujourd'hui pour l'éclairage. Aussi est-ce pour cet usage qu'on l'a mis à profit , avec un succès qui parait devoir être durable , puisque l'écoulement gazeux n'est pas moins uniforme qu'abondant. Des prêtres , dans une civilisation de forme fixe , auraient consacré ce phénomène à la superstition : dans une civilisation perfectible, l'industrie en tire un service utile.
L'eau est métamorphosée en sang ; le ciel verse une pluie de sang ; la neige même perd sa blancheur et parait ensanglantée ; la farine, le pain , offrent à l'homme une nourriture sanglante , où il puisera le germe de maladies désastreuses : voilà ce qu'on lit dans les histoires anciennes , et dans l'histoire moderne , presque jusqu'à nos jours.
Au printemps de iSsS, les eaux du lac de Morat parurent , en plusieurs endroits , cou-
•^i) Le Constitutionnel, n' du 7 septembre i8a6.
le froid , la pluie et la rosée. Un des philosophes qui ont rendu le plus de services à la raison humaine, Bayle (i) traite ce récit de fable. Il n^aurait pas accueilli sans doute avec plus dHndulgence ce que dit Philbstrate d'une cavité qu'Apollonius observa dans rinde , auprès de Paraca , et d'où sortait cobtinuellement une flamme sacrée , couleur de plomb , sans fumée et sans odeur (2). En d'autres lieux, cependant , la nature a allumé des feux semblables. Les feux de Piétina-mala y en Toscane , sont dus , suivant sir Humphry Davis , à un d^agement de gaz hydrogène carburé (3). Les flanmies perpétuelles que l'on admire à VAtesch^ah ( lieu du feu ) , voisin de Bakhou , en Géorgie (4) , sont alimentées par le naphte dont le sol est imprégné : ce sont des feux sacrés ; et les pénitens hindous les ont enfermés dans une enceinte de cellules , comme on avait élevé ^ autour du feu de la montagne d'Éryce , le
{■) Bayle 9 Dictionnaire historique et critique , art. Egnatia f note D.
(1) Philottrat, f^it. Apollon, lib. m. cap. 3.
'3) Journal de Pharmacie, année iSi5 , page 5ao.
(4) N.Mouravievy Forage dans la TurcomanieetàKhivmp pages i!i4 et 17^,
temple de Vénus. En Hongrie , dans la saline de SzaUna , cercle de Marmarosch ( i ) , un courant d'air impétueux , sortant d'une galerie , s'est enflammé spontanément. C'est du gaz hydrogène, semblable à celui que l'on emploie aujourd'hui pour l'éclairage. Aussi est-ce pour cet usage qu'on l'a mis à profit , avec un succès qui parait devoir être durable, puisque l'écoulement gazeux n'est pas moins uniforme qu'abondant. Des prêtres , dans une civilisation de forme fixe , auraient consacré ce phénomène à la superstition : dans une civilisation perfectible , l'industrie en tire un service utile.
L'eau est métamorphosée en sang ; le ciel verse une pluie de sang ; la neige même perd sa blancheur et parait ensanglantée ; la farine, le pain , offrent à l'homme une nourriture sanglante , où il puisera le germe de maladies désastreuses : voilà ce qu'on lit dans les histoires anciennes, et dans l'histoire moderne, presque jusqu'à nos jours.
Au printemps de 1826, les eaux du lac de Morat parurent , en plusieurs endroits , cou-
:i) Le Constitutionnel, n* du 7 septembre i8a6-
93 DES SCIBNCBS OCCULTES.
se dissipe, et avec lui tombe l'accusatioft d'imposture ou de crédulité ridicule , iaten** tée si souvent aux écrivains anciens.
A la surface des eaux thermales de Baden , en Allemagne , et des eaux d'Ischia , ile du royaume de Naples , on recueille le zoogène^ substance singulière qui ressemble à là chair humaine revêtue de sa peau ^ et qui <, soumise à la distillation , fournit les mêmes produits que les matières animales. M. Gimbernat (i) a vu aussi, près du château de Lépoména, et dans les vallées de Sinigaglia et de .Nègreponte, les rochers couverts de cette substance . Voilà Texplication de ces pluies de morceauor de chair qui figurent au nombre des prodiges de Tantiquité , et qui inspiraient un assez juste étonnement pour que Ton cpnsentit à y reconnaître Tannonce des arrêts du destin ^ ou des menaces de la Divinité.
Pour rattacher à Tintervention divine un événement rare, ou arrivé dans une circonstance singulièrement opportune, il suffit de la flatterie qui appelle le Ciel au secours des princes, ses représentans sur la terre , ou
(i) Journal de Pharmacie i arril iSai, page 196.
DBS SCIENCES OCCULTES. q3
du sentiment religieux qui anne contre le crime et le vice une vengeance surnaturelle, et, par une assistance merveilleuse , seconde les desseins de Fhomme juste et les efforts de l'innocence opprimée.
Creusant des puits dans le voisinage de rOxus, les soldats d'Alexandre remarquèrent qu'une source coulait dans la tente du roi ; comme ils ne l'avaient pas d'abord aperçue , ils feignirent qu'elle ne faisait que de paraître , que c'était un présent des dieux ; et Alexandre voulut que l'on crût à ce miracle (i).
Surpris par un violent orage , l'empereur Isaac Comnène se réfugie sous un hêtre : le bruit de la foudre l'effraie ; il change de place , et aussitôt le hêtre est renversé par le vent. La conservation des jours de l'empereur passa pour un miracle de la Providence, dû à l'intercession de sainte Thècle , dont les chrétiens célébraient la fête ce jour-là , et à qui Isaac Comnène se hÂta de dédier un temple (3).
{1) Q. Curt. lib. tit. cap. lo*
'2) Anne Comnène, Hist. de l'empereur Aie xi» Comnène, Une III. cbap. 6.
94 I>K^ SCIBHCBS 0CCULTB8.
La pluie qui secourot si utilement Marc Aurèle dans la guerre contre les Marcomtos, les chrétiens l'attribuèrent à l'effidâctté de leurs prières ; Marc Aurèle a la bonté de Jupiter; quelques polythéistes à un mage égyptien , d'autres au théurgiste Julianus : totis la regardèrent comme un prodige céleste.
Lorsque Thrasibule , à la tète des exilés athéniens ^ venait délivrer sa patrie du joug des trente tyrans^ un météore enflammé brilh devant ses pas (i) : c'était une colonne de feu envoyée parles dieux, pour'le guider au sein d'une nuit obscure , et par des chemins inconnus à ses ennemis.
Les chutes d'aérolithessont assez fréquentes pour pouvoir coïncider avec le moment d'un combat : Jupiter alors fait pleuvoir des pierres SUT les ennemis d'Hercule; Dieu, si l'on en croit les Arabes, écrase, au pied des murs de b Meoque,lesÉthiopiens,assiégeans profanes de la ville sacrée (2). Basile, chef des Bogomiles, retournant le soir , du palais de remperêufr à sa cellule , fut assailli par une pluie de
[i) s. Clément, Alex, Stromat, lib. i.
(a) Bruce , Voyage aux souwcee du Hfil ( édition in-S* } , tome II , pages 44^ ^^ 44?*
DES SCIENCES OCCULTES. g5
pierres; aucune ne partait de la main des hommes ; une violente commotion du sol accompagna le phénomène , où les adversaires de fiasile virent une punition miraculeuse du moine hérésiarque (i).
Des habitans de Nantes, à l'époque où leur patrie succomba sous les armes de Jules César, se réfugièrent dans les marais que forme, à quelque distance, la rivière de Boulogne. Leur asile s'accrut et devint une ville , connue sous le nom d*HerbatiUcum. Mais , en 534 ? le sol sur lequel elle était assise , miné par les eaux, s'effondra daiis un lac soudainement formé , la ville fut engloutie : sa partie supérieure subsista seule ; c'est aujourd'hui le village d'Herbauge. D'un désastre qui s'ex-« plique naturellement , les hagiographes ont fait un miracle. Envoyé par saint Félix, évéque de Nantes^ pour convertir les habitans d'^erbaiilicum , saint Martin les trouve inébranlables dans la religion de leurs pères : il se retire avec l'hôte qui l'a accueilli ; soudain la ville est inondée , abimée ; un lac en a pris la
. I ) Anne Comnène , Hùt, de l'empereur Alexis Comnène, Uttc xt, cUap. g.
place , monument éternel du châtiment infligé à l'incrédulité (i).
Dans la baie de Douarnénec , on aperçoit des ruines sous-marines. Ce sont , dit la tradition ancienne ) les restes de la ville d^Is^ engloutie par TOcéan au commencement du Y' siècle , en punition des débauches de ses habitans : Gràlon, roi du pays^ se sauva seul; on montre encore , sur un rocher , Vem^ preinte d'un pied du cheval qui le portait (2). L'inondation est un phénomène local trèspeu surprenant; d'autres ruines, sur la même côte , attestent les ravages de la nature. Mais de tout temps , l'homme a été enclin à faire tourner, au profit de la morale, les désastres physiques. Ainsi , il y a trente-huit siècles, la disparition d'une contrée riante fut présentée comjne provoquée inévitablement, comme arrachée en quelque sorte à la 'bonté divine , par l'incurable corruption des hommes qui l'habitaient.
Arrosée et fertilisée par le Jourdain ,
(i) Voyez la f^iê de êoùu Martin, abbë de Verton, a4 octobre , et de saint Filbert, ao août.
(a) Cambry , Voyage dans U département du fïnùtère, tome II, pages sai et q94'3^7'
DBS SCtBNGBS OCC0LTBS. 9>^
comme l'Egypte Test par le Nii^, la vallée des Bocages s'ouvrait , semblable au Paradis y devant le voyageur qui , du désert ^ arrivait à Segor (i). Là^ Sodôme, Gomorrhe et vingt-six autres villes ou bourgs fleurirent pendant un demi-siècle (2). Les villes ^ les habitations furent détruites par une conflagration subite ; la riche végétation disparut tout entière (3) ; un lac d'eau amère (4) ^ 1^^ lac Asphaltide remplaça la vallée des Boca^ ges : la traditipn est uniforme sur ce fait qui , en lui-même ^ n'offre rien de 'surnaturel.
Quoique l'éruption de jets de flamme accompagne quelquefois les tremblcmens de terre , ce phénomène ne répond pas suffisamment à ridée d'un embrasement général ^ pour fournir la base d'une explication satisfaisante. Strabon (5) attribue la destruction des villes situées sur l'emplacement actuel
(1) Gtnes. cap. xni. vers. lo.
(2) Ptoodant cinqiumte-nn ans, suivant le Seder olam Babba, ancienne chronique hébraïque , traduite en latin par Gênehrard; à la suite de son Chronic, gêner, (in -fol. Paris, i58o)
(3) Genêt, cap. xiz. vers. aS.
4' fbid. cap. XIV. vers. 3.
v&' Strabo. lib. xvi.
98 DBS SCIENCES OCCULTES.
du lac Âsphaltide , à l'éruption d'un volcan : on retrouve, en effet , sur les bords du lac^ quelques-uns des produits dont la présence , après des milliers d'années , révèle l'existence antérieure de Tun de ces grands ateliers de ' création et de destruction ; mais ni leur quantité ni leur variété ne sont telles que le ferait supposer une origine si récente. D'ailleurs ^ la nature du 9ci suffit à la solution du problème.
\i2LA}allét des Bocages était assise sur la couche de matières éminemment inflammables qui forme encore le fond du lac Asphaltide : dans des puits nombreux ( i ), on y voyait sourdre(a).) exposéàuneatmosphère brûlante^ le bitume , dont s'étendait aa loin , sous b terre , uiie couche épaisse , également liquide, également inflammable* L'en^brMement déterminé par une cause accidentelle , proba-
(1) R Vallis autem sylvestris habebat multos puteosbituminis. » Gènes ^ cap. xi¥. vers. 10.
(a) c< Ils campèrent dans la yallée des puits de bitume ; car ces puits existaient alors dajis ce lieu. Depuis , après la destruction de Sodôme , un lac y parut subitement et fut nommé Asphaltide , à cause du bitume que Ton j voit sourdre [acatere) de toutes parts. » FL Joseph. Ant. jud. lib. i. cap. 10.
DES SCIENCES OCCULTES. 9g
blement par le feu du ciel (i)^ se propagea avec une rapidité dont ne nous donnent point upa idée les incendies qui dévorent quelque^ fois les mines de houille ou de charbon de terre. Les habitations en feu ^ la campagne minée au loin par la flamme souterraine ^ s'abtmèrent dans le jgouiTre que créait Taffaissement du sol ^ affaissement proportionné à la consommation du bitume. Le Jourdain se précipita dans le nouveau lac^ dont Tétendue fut bientôt stssez considérable pour que le fleuve s'y perdit tout entier ^^ abandonnant a l'empire »de la stérilité i» les contrées qu'il àr'roaait aupj^ravant ^ et dopt à pu se former le désert dé Sin (2) ^ où le tourment de la soif excita sî vivement les murmures des Israélites. Unç seule famille échappa à la csort. Prévoyant avec quelle célérité s'avaneerait l'in« ce^die, son chef se hâta d'atteindre les limites
1 ) « Meu iance un tirait tur Ut vilh et la lirftie ATéc se« habitans , .et déyaste , par un pa^eU incendie ^ la caBi{)agtie. » FI, Joseph. Ant. jud. lib. i.^cap. la.
fi' IVapr^ !a poirition des ntontagnes roisines , je conjecture que le Jourdain , tournant à l'ouest, allait joindre le torrent connu soiis le nom de torrent 4' 4^^^ ^ torrent d'Egypte , et qn'il arait ainsi son -^mboucbuxe i^r^t de la vitle de Rhinocolura.
iOO DBS SCIENCES OCCULTEE.
de la couche de bitume ; parvenu dans une ville qu'épargna le désastre, il craignit en-» core une méprise dangereuse , et quittant son premier asile , se réfugia sur une montagne (i). Mais, fidèle au sentiment que nous avons signalé , le patriarche rapporte à Dieu la sage prévoyance qui Ta décidé à la fuite la plus prompte : Dieu Va averti du désastre prochain ; Dieu lui a commandé de fuir y en lui défendant même de regarder derrière lui (3). Sa piété contribue ainsi à donner une apparence surnaturelle à un fait qui s'explique suivant la marche ordinaire de la nature.
Faute de savoir que certains phénomènes sont propres à telle ou telle localité , on les a révérés comme surnaturels 1, on les a re-^ jetés comme impossibles.
Telles sont les pluies de substances nutritives. En 1824 ^^ ^^ 183.8) une contrée de la Perse a vu tomber du ciel une pluie de ce genre; pluie si abondante qu'en quelques endroits , elle couvrait le sol à cinq ou six pouces de hauteur. La substance tombée est
( 1 ) «I AêC€ndigqtu Loth de Segor, et mansit in montem.... Timueratenim manere in Segor. » Gènes, cap. xix. rers. 3o>. [•») Gènes, cap. xix. yew. la. i3. »'. i6. 17.
DES SCIENCES OCCULTES. lOI
une espèce de lichen déjà connue : les troupeaux, et surtout les moutons, s^en sont nourris avec avidité ; et Ton en a fait du pain naangeable(i).
Les Israélites murmuraient contre les alimens dont ils étaient forcés de se contenter dans le désert : Dieu leur envoya des cailles, cl en si grand nombre, qu^ils s'en nourrirent pendant un mois entier (2). Deux voyageurs savans ont pensé que ces cailles ne pouvaient être que des sauterelles (3) ; Volney (4), mieux instruit, assure qu'il y a dans le désert deux passages annuels de cailles. Ces passages périodiques fournissaient, en Egypte, à la nourriture des éperviers sacrés (5). Moïse, sortant de l'Egypte , n'ignorait point le retour régulier du phénomène : dans cette ressource naturelle, mais inconnue aux Israélites, il a
(ly Séance de 1* Académie des Sciences, 4 août i8a8. (a) Numer, cap. xj.
(3) Nierburh, Fbyageen Arabie (iii-8<^), tome ii, p. 36* ». — Uasselquist , Voyage au Lapant , tome n , p. 1 75.
(4) Volney, Recherches nouvelles snr l'Histoire ancienne , tome ly pages 107 et 108. " On obserre annuellement de* passages de cailles, à la pointe de TEspagne la plus voisine de l'Afrique , et au pied des Pyrénées.
(5) Aelian. de Nat. animal, lib. vu. cap. 9.
Î02 DBS SCIBNGBd OCCULTB&.
pu montrer l'ofeurre de la Divinité qui exaen çait leura prières, ou daignait même céder à leur» murmures. La mort presque soudaine d'un grand nombre d'entre eux fut ensuite une conséquence de l'avidité avec laquelle ils chargèrent de Ces viandes succulentes leurs estomacs fatigués par la disette ; et le chef des Hébreux ne les trompa point, quand il la leur fit envisager comme une juste punition de leur gourmandise.
II lui avait été encore plus facile d'appeler leur pieuse reconnaisaanoe sur le passage de b mer Rouge. Pour tonfi^mer la réalité du miracle ou pour l'expliquer , on a cité une tradition très-ancienne, cbtiserrée par les /cAthjrbphages ^ qui habitaient sur les bords dé cette mer : le reflu!x, disaient-ils, fut une fois si violent qu'il mît à sec le golfe entier ; mais le flux revint avec impétuosité, et les eaux reprirent soudain leur niveau (i). Ce phénomène est analogue à celui qu'on observe souvent dans les tremblemens de terre; il rappelle 'le désastre qui noya les Perses, lorsqu'ils voulaient pénétrer dans la presqu'île
II'» jOiod. Sic. Kb. m. cap. ao»
OB8 SCIENCES OCCULTES. Io3
de Palléne^ et où Ton vit un effet de la vengeance de Neptune ( i ) , comme la perte des Égyptiens fut attribuée au courroux du Dieu d'Israël. Mais^ pour être adoré des Hébreux et admis par nous ^ le prodige n'a pas besoin de ces circonstances extraordinaires. Pendant Tannée qu'il signala^ si l'on en croit Paul- Orase, la chaleur fut si vive qu'elle donna lieu à la fable de Phaéton (3) : l'eau devait avoir d'autant moins de profondeur 1, et le passage offrir moins de difficultés. Suivant Josèphe (3)) les Égyptiens fatigués différèrent d'attaquer les Hébreux; ceux-ci eurent donc le temps de profiter du reflux ; quand leurs ennemis se décidèrent à les poursuivre ^ il était trop tard ; la marée remontait , et le vent^ la pluie., la tempête, secondant son mouvements, rendaient le retour des eaux plus prompt et leur action plus rapide. Ces divers détails sont probablement exacts ; mais encore une fois , ils ne sont pas nécessaires pour expliquer un fait qui peut se renouveler tous les jours. Le bras de mer que tra-
(1) fferodùt. lib. viii. cap. 139.
(s) P. Gros. lib. i. cap. 10.
(,3) FL Joseph, Ant. jud. lib. u. cap. 7.
Io4 I>BS SCIENGK QCGULTE9.
versa Moise , est étroit (i); le flux et te re-* Qvx s'y succèdent rapidement. Dans la campagne de Syrie , le chef de l'armée d'Orient , le traversant à marée basse , fut surpris par la marée montante ; sans un prompt secours il eût péri submergé (2).... et, dans l'accidenl sans gloire qui aurait interrompu une carrière déjà si brillante, Fislamisme eût vu sans doute un prodige envoyé par le Ciel.
On sait combien fréquemment l'Egypte , la Syrie , ces contrées fécondes en traditions miraculeuses , sont désolées par des légions de sauterelles; si elles échappent alors à une entière dévastation , c'est quand un vent soudain enlève cette nuée d'insectes, et la pré* cipite au sein des flots. Mais , dans les récits de l'Exode , c'est pour punir le roi d'Egypte de son injustice envers Israël , que Dieu a fait souffler un vent brûlant qui couvre l'Egypte de sauterelles ; et le vent d'Occident, qui les emporte dans la Mer Rouge , n'est accordé par le ciel qu'aux prières de Moïse (3).
.1. Htt'odot, lib. II. cap. ii; Piod. Sic. lib. ui. cap. ao. (3) Notice sur Bertkollet , Description de l'É^pts et RevUe encjrclopédii^ue, tome xxx. page 39, (3; Exod. cap. x. vers. i4< 18. ig*
DBS SCIENCES OCCULTES. lo5
Dans TExode encore. Moïse délivre l'Egypte de la mouche j après en avoir constamment préservé le territoire de Gessen habité par les Israélites.
Quel était ce formidable exécuteur des vengeances de Jéhovah? La version éthiopienne de la Bible et le texte hébreu lui donnent le nom de Tsaltsalya (i). C'est celui d'un insecte y appelé aussi zimb ; c'est le nom de la mouche, fléau des pasteurs de l'Abyssinie ; et qui , depuis l'équinoxe de printemps jusqu'à l'équinoxe d'automne, infeste les terres grasses et fertiles de ces régions, et ne s'arrête qu'à l'entrée des sables. Supposons qu'une fois , le zimb ait franchi les limites qui semblent circonscrire son apparition , et pénétré jusqu'en Egypte : la contrée sablonneuse de Gessen dut rester encore exempte de ses atteintes, au milieu des riches vallées qu'il désolait. Cette préservation exclusive, et la disparition subite de l'insecte redouté, passèrent facilement pour des miracles, aux yeux d'hommes qui ne pouvaient savoir combien
{ij Bruce, Fo/age aux sources du NU (In -S*" ;, tome u> pages i<)|6-3o3; tome ix, pages 374-3Si.
Io6 DES SCIENCES OCCULTES.
est régulière ^ sur ces deux points, la marche de la nature. Aussi l'apparition de la mouche produisit-elle une impression profonde sur l'esprit des Israélites ; on le voit par les fréquentes allusions qu'y fait l'écriture : Dieu promet , à deux reprises , d'envoyer des frelons contre les nations que doit dompter son peuple (i); et l'exécution de cette promesse, quoique Moïse n'en parle pas , est rappelée par Josué et par l'auteur du livre de la Sagesse (2).
Je soupçonne que la civilisation de l'Afrique ancienne fût antérieure à l'apparition du Tsaltsaljra , et que ce fléau, ainsi que tant d'autres , vint comme envoyé par le génie du mal, pour troubler les jouissances qiie faisait goûter aux hommes leur réunion en société.
C'est ici plus qu'une simple conjecture : un écrivain qui a rassemblé beaucoup de traditions anciennes sans bs discuter, mais probablement aussi sans les défigurer, Êlien râp-
(1) Exod. cap. xxin. vers. aS. Deuteronom. cnp. vii. vers. 'Àiu
(2) Josué, cap. XXIV. vers. la Sapieni. cap. xix ,
vers. 8.
porte que, près du fleuve Astaboras (i) , apparut tout-à^oup une nuée épouvantable de mouches. Les habitans furent, par ce fléau, chassés de leur pays , séjour d'ailleurs fertile et agréable. La contrée qu'arrosent le Nil et le Tacazzé est en effet agréable et fertile; et, chaque année, le retour du Tsaltsalja la rend déserte, et nulle habitation permanente n'y peut subsister. Si l'on admet notre opinion , à laquelle une discussion approfondie donnerait plus de certitude (2), on concevra comment, dans les premiers ravages de cet inévitable ennemi, l'homme supérieur sut montrer à la crédulité et à reffroî, la punition de quelqu'une des fautes que la fragilité humaine permet toujours de supposer, et que multiplie à Tinfini l'exigence des prêtres. Avec cette ' tradition , Moïse avait rapporté d'Ethiopie la connaissance du privilège dont jouissent les pays sablonneux : lui fut-il
(i) Aelian, de Nat. animal, lib. xyii. rap. 4<)* — Elien parle , il est vrai , de- l'Inde ; mais l'Ethiopie a reçu ce nom chez les anciens ; et la position du ileuyc Astcfboras ne laisse pas de doute sur celle du pays dont l'auteur a voulu parler.
(a) Je ihe propose de m'y livrer, dans l'ouvrage intitulé : de la Civilisation, i'« partie, liv. ii , chap. i, de V Afrique ancienne-
Io8 DES SCIENCES OCCULTES.
difficile de combiner l'une et l'autre, pour en former l'histoire miraculeuse qu'il racontait à une génération née dans le désert , et élevée dans l'ignorance invincible dés anciens souvenirs (i)?
Comment tant de faits naturels ont-ils pu passer pour merveilleux?
I ° Si la multitude regarda souvent comme un prodige le phénomène local dont elle ne soupçonnait pas le retour périodique, souvent aussi l'ignorance ou l'oubli déroba la connaissance du fait naturel, aux prêtres même qui proclamaient le prodige. L'exemple que nous venons de discuter nous en fournira la preuve.
Les Éléens adoraient Jupiter chasse-mouche ( Apomyios) ; aux jeux olympiques , un sacrifice au Dieu Mjriodès faisait disparaître toutes les mouches ; Hercule , sacrifiant dans
(i) Plus tard , le« communications fréquentes des Hébreux avec TEgypte leur Jirent connaître la périodicité du fléau, isaïe , pour exprimer le rassemblement soudain de l*armée des Egyptiens , le coixipare à Tapparition de la mouche dan s les pays qu'arrose le haut Nil , -le fleuve d'Egypte ( Isaï. cap. VII. vers. i8.}
le même lieu où , depuis , Rome lui éleva un temple , invoqua un Dieu Mjragrius {chasse- mouche); on ajoute, à la vérité, que les mouches n'entraient point dans ce temple ( i ) : mais indépendamment des secrets, tels que certaines fumigations , qui peuvent éloigner ces insectes , leur disparition a lieu naturellemeirt dans les édifices obscurs et profonds , comme étaient tous les sanctuaires. Pour savoir si le prodige a créé le surnom du Dieu, ou si le surnom du Dieu a fait inventer le prodige , voyons dans quels pays son culte a dû commencer.
On adorait en Syrie et en Phénicie , le ï)ieu Beizébuth ( Baal-Zebud ), Dieu ou Seigneur des mouches. Dupuis le rapproche de Pluton, ou d'Hercule le Serpentaire^ dont la constellation s'élève en octobre, lors de la disparition des mouches. Mais une pareille coïncidence n'a pu être consacrée par la religion, que dans une contrée où la présence des mouches était un véritable fléau , ramené périodiquement par le cours des saisons.
\\j Solin, cap. i. — PUn* Hist. nat, lib. x. cap. aS et lib. XXIX. cap 6.
Les habitans de Cyrène sacrifiaient au Dieu Achor, pour être délivrés des mouches (i). Ceci nous rapproche du point que nous you- Ions découvrir. C'est du plateau de Meroé que fuyaient les pasteurs, loin du redoutable Tsaltsaljra, attendant Téquinoxe d'automne, terme désiré de son règne de six mois. C'est par eux que dut être adoré le n^ainqueur de la mouche , le soleil de cet équinoxe , figuré depuis par Sérapis, Pluton et le Serpentaire. Des pays où la divinité fut adorée comme changeant la face de la terre et la destinée des hommes , la renommée de soa pouvoir, la vive impression que faisait sur les peuples qui ne l'observaient même qu'une fois, le fléau dont elle triomphait, étendirent sans peine son culte dans la iCyr^naique , en Syrie , chez les Phéniciens. Rome et la Grèce auraient pu tenir de chacun de cet peuples 1^ même superstition : jnais nous observons qu'en Grèce , elle se rattachait à des traditions africaines. Les Arcadfens d'Héraiéa joignaient le culte du demi-dieu Mjragriii^ âki culte de Minerve; et ,1a Mîrtervc qu'ils ado-
{ 1 1 Plin. Hist. nat .
raient, ils l'avaient empruntée à l'Afrique. Ils la faisaient, à la vérité, naître en Arcadie^ raais au bord d'une fontaine TritorUde, dont ils racontaient les mêmes prodiges (i) que ceux qui illustraient, en Lybie, le fleuve ou lac Triton, lieu de la naissance de la Minerve la plus anciennement connue. Une colonie arcadienne^ établie au milieu des collines où Home devait s'élever un jour , y
avait porté le culte d'Hercule Si Numa
dut aux Tyrrhéniens les connaissances qui lui firent consacrer à Rome , sous le nom de Janus ^ le Dieu-Soleil de Meroé(2), ce furent probablement les compagnons d'Ëvandre, qui , long-temps auparavant , dressèrent , au bord du Tibre, l'autel du libérateur annuel des rives de l'Astapus et de l'Astaboras.
Lorsque le culte de cette divinité locale se propagea ainsi chez des peuples auxquels elle devait pour jamais être étrangère, le prodige qu'ils lui attribuèrent naquit naturellement
/i; Paamniês^ Aroai, cap. 95. »— Letf Béotiens cl'Aialcomène montraient dans leur pays un fleuve Triton , sur les borda duquel ils plaçaient aussi la naissance de Minerve. Païuanias, Bœot. cap. 33).
'i) Lenglet, Introduction à l'Histoire, page 19 j.
112 DBS SCIENCES OCCULTES.
du sens de son nom dont ils ignoraient Torigine. Les inventions analogues ont , dans tous les temps , été nombreuses ; et d'autant plus qu^elles étaient souvent secondées par la vue d^emblémes appropriés au sens du nom de la divinité, emblèmes dont le prodige supposé fournissait une explication plausible. a"" Le vulgaire, k l'adoration duquel on présentait des prodiges , croyait et ne réfléchissait pas ; rhomme instruit se soumettait , par habitude , à la croyance établie ; le prêtre ne parlait que pour la faire respecter , à moins que des haines de parti , plus puissantes que rintérét sacerdotal, ne lui arrachassent . des révélations indiscrètes. A là voix du prophète Jadon , Jéroboam a vu se fendre l'autel de pierres qu'il couvrait de victimes impies ; il a vu sa main se retirer. . . . Un prophète du parti opposé s'empresse de le rassurer , en lui expliquant ce double prodige : l'autel, construit à la hâte , s'est affaissé sous le poids des victimes ; et la main du roi s'est engourdie de lassitude (i). Plus tard, le prophète Sédékias, après avoir frappé le prophète Michée , son
(i) /*/. Joseph. Antiq.jud. lib. viii. cap. 3.
DES SCIENCES OCCULTES. I l3
antagoniste \ le défia insolemment de se venger^ en lui faisant retirer la main comme Jadon l'avait fait à Jéroboam... Michée n'accepta point le défi (i).
Mais les discussions de ce genre ont tou jours été rares : dans les âges de miracles et de prodiges, l'homme^ enclin à soulever le voile du merveilleux et à montrer la vérité , dut s'arrêter souvent , et se rappeler qu'il existe des erreurs redoutables, si elles ne sont pas respectables.
Les mineurs qui périssaient suffoqués , avaient été tués par le démon de la mine; des esprits infernaux , gardiens de trésors cachés dans les profondeurs de la terre , immolaient l'homme avide qui , pour s'en emparer , osait pénétrer jusqu'à leur asile. Dans ces traditions , si anciennes et si répandues , nous reconnaissons les effets des m^fètes y des gaz délétères qui se dégagent dans les souterrains, et surtout dans les mines. En préservant l'homme de leur action meurtrière, la science a acquis le droit de révéler leur nature , et de dissiper les fantômes créés par l'ignorance
(i) FL JoMph. Antiq, Jud. lib. tiii. cap. lo.
tl4 DBS SCIENCES OCCULTES.
et par TefFroî. Maïs l'aurait-elle tenté avec succès 9 si elle n'avait pu qu'indiquer les causes du mal^ et non v remédier? l'auraitelle tenté sans péril , quand les princes qui ^confiaient leurs trésors au sein de la terre , voyaient, dans ces terreurs superstitieuses la garantie la plus sûre de l'inviolabilité de leur dépôt ; ou quand les ouvriers mettaient sur le compte du démon de la mine y non seulement leurs dangers réels , mais encore les maladresses , les fautes , les délits qui se commettaient dans leurs souteFraines demeures (i).
A la scieiice encore il appartient de prévenir ou de guérir les erreurs universelles , vé^ ritables épidémies , telles que souvent on voit une multitude entière être trompée , sans qu'il y ait un trompeur.
Mais alors, et plus que jamais, la prudence peut arrêter l'essor de la vérité. Quand on croyait (3) que ^ dans deux contrées de l'Ita-
(i) J. ToUius. Epist, itiner. pag. gS. 97.
{2) Fromann, Traetatu» de FoMcintaionty pag. 6a >, 6i3 et 6a6. n FraUr Lombardorum yei Salemitarum. ». — Ra« bêlais a probablement fait allusion à cette absurde croyance, ëans les prodiges qui précèdent la naissance de Pantagmel
DBS SCIENCES OGQUJLTES.- Il5
talie , raccouchetnent des fejDmes, était prâ9-. que toujours ajccoB^pagn^é de réoiissioii de odonstres ^ désîgpés sous \o nom de frères des Lombards ondes Salemitains ,taiït leur production passait pour habituelle ;. quand on allait jusqu'à prétendre qjue. ces monstres étaient des animaux nobles ^ des aigles y des autoursr^ dans les familles nobles ; et dans les familles plébéiennes y des animaux vils , des lézards , des crapauds ; quand cette croyance donnait lieu à de fréquentes laccusations de sorcellerie et à des condanùOAatîons atroces ; uni savant n'auraît-îl pas risqué de partager le sort des victimes qu'il eût voulu sauver^, si ^ combattant Téxtravàgance générale ^ il en ayait montré la source dans quelques phénomènes mal observés et plus ma^ racontés ^ et dans des supercheries inspirées par la folie , llntérét et l'esprit de vengeance?
a Les truies V en chaleur i) attaquent même tf les hommes^ )> ^ a dit Âristote (i). Au commencement du XVn* siècle , un prêtre fran-
( tirre ii , chap. a ), prodiges que j'avais toujours regardés comme une de ces fictions eztraTagantes qn^ deatinait à aerrir de passeports à tant de rérités hardies. (i) jârUtat, ffist* animal, lib. vi. cap. I&
Il6 DBS SCIENCES OCCULTES.
çais, exposé par un funeste hasard à une sem-^ blable agression , fut accusé de sortilège par son propre frère ; tratné devant les tribunaux, aux cris de toute une YÎlle frappée d^horreur; contraint , par les douleurs de la torture ^ k avouer un crime imaginaire ; livré enfin à un affreux supplice (i).*«- Qu'un homme instruit eût rappelé alors ce qu^avait écrit Aristote vingt siècles auparavant ; aurait-il fait cesser le scandale ^ empêché un absurde procès cri-* minel , prévenu son abominable issue 7 ou , seul éclairé au milieu d'une population aveugle , ne se serait-il pas plutôt compromis luimême , comme fauteur du crime, et complice de sortilège 7 on peut le croire , qtiànd on voit que Tillusion avait gagné un homme aussi éclairé que l'était pour ce temps-là le célèbre d'Aubigné.
Pour expliquer plusieurs contes de sorcellerie ^ plusieurs traits de mythologie , il suffirait d'observer les écarts de la nature chez les animaux apprivoisés ^ ou retenus par l'homme dans l'esclavage et l'isolement (i).
(t) D'Ànbigné , Us A\fenturei du baron de Fœnegtêg Ht. rV) chap. a.
^9) Bodin (Démonomaniê , page 3o8 ) dit que l'on fegarda
DES SGIENCB$ OCCULTES. l If
Cette discussion que la décence permet peu aujourd'hui, la prudence, à d'autres époques, l'a dû interdire aux hommes assez instruits pour l'entreprendre.
En vain, d'ailleurs, l'interprète de la science eùt-il élevé la voix, et signalé un phénomène déjà connu , où l'enthousiasme voyait un prodige , si les hommes en possession de se faire croire avaient quelque intérêt à persuader que le prodige était réel. Bravant les prêtres qui le menacent au nom de la divinité dont il méprise les droits , Érésichton porte la hache dans un bois consacré à Gérés. Quelque temps après il est. attaqué de boulimie , maladie dont an a observé des exemples dans les temps anciens comme de nos jours : une faim insatiable déchire ses entrailles ; en vain il s'efforce de la satisfaire ; ses richesses épuisées ont bientôt disparu ; toutes les ressources lui manquent ; il succombe , il meurt d'inanition : les prêtres triomphent ; un mythe , consacré par eux, va redire à jamais que l'impie Érésichton a péri misérablement , victime dé-
çomme un démoU) le ctdcn d'un courent qui levait les robes des religieuses pour en abuser. On a ru des daims , des c^e- Treuils apprivoises, s*élancer sur des femmes , eXç.j etc.
Il8 DES SCIENCES OCCULTES.
vouée k la vengeance' dé Cérès, de la diyînité dont les présens nourrissent le genre humairt'(i).
Tel était l'avantage que savaient tirer les prêtres des faits peu ordinaires dont le hasard leur permettait de s'emparer : il était assez grand pour qu'ils ne souffrissent point ' qu^un seul phénomène de ce genre échappât à leur investigation. Les pontifes romains n'avaient pas inventé la pratique religieuse de consi-* gner sur des registres les prodiges que chaque année voyait éclore : comme toutes les con» naissances magiques, ils l'avaient emprunta des prêtées étrusques, dont Lydus ('2) cîtfe fréquemment les Irvres sacrés ; il est plus que pix>bable qfu'elle existait dans tous les temples anciens.
Cette pratique , dans quelque intention qu'elle eût été d'abord établie , devait créer, k la longue , une instruction assez étendue* Il est difficile de recueillir une série non in-
(i) La superstition moderne ne le cède pointa l'ancienne. Fromann, JVactat, de FoMcin. pag. 6189 cite des exemples de boulimie, que l'on n'a pas manqué de prendre pour des effets de la possession du diable.
(a) J, Lydu». de Oêtentû.
terrompue d'obselrations physiques, sans les comparer , même involontairement , entr^ elles, sans apercevoir quels phénomènes sont plus ou moins souvent conséquents les uns des autres , sans acquérir en un mot sur la marche de la nature , des connaissances réelles et d'une véritable importance.
Il serait, par exemple , intéressant de re* chercher ce qu'il y avait de raisonné et de scientifique, dans le jugement que le prêtre ou l'augure portait sur les conséquences d'un prodige , et dans les cérémonies expiatoires qu'il prescrivait pour les prévenir. Souvent, sans doute , il ne songeait qu'à distraire ou k rassurer l'imagination effrayée; souvent l'i^ gnorance et là crainte obéissaient aveuglément à une superstition routinière , stupide ou féroce. Mais, comme l'avait enseigné Démocrite , l'état des entrailles des animaux immolés pouvait fournir, aux colons débarqués sur une terre inconnue, des indices probables sur les qualités du sol et du climat ; l'inspection du foie des victimes qui depuis servit de base à tant de prédictions, n'avait pas originairement d'autre but : si l'on y trouvait , dans toutes, un caractère maladif, on eu
i:20 OBS SCIENCES OCCULTES.
concluait le peu de salubrité des eaux et des pâturages ; les Romains se réglaient encore d'après cet indice, dans la fondation des villes et la position des camps retranchés (i). De tels exemples prouvent que, dans les pratiques religieuses des anciens , quelques * unes , au moins dans l'origine, émanèrent d'une science positive , basée sur de longues observations , et dont nous pourrions retrouver des vestiges encore instructifs.
Que devons-nous maintenant penser des opérations magiques, bien plus utiles aux prêtres que les prodiges , puisque , loin d'é^ clater à l'improviste , elles dépendaient de la la volonté de l'homme , pour le moment précis , l'étendue et la nature de leurs résultats? La discussion à laquelle nous venons de nous livrer répond à cette question. Les prodiges rapportés par les anciens s'expliquent natu-* rellement ; leurs récits ne peuvent donc être ai^ués de mensonge : pourquoi seraient-ib plus suspects quand il s'agit d'oeuvres magiques qui admettent des explications, non moins
(i) f^itruv. de Jrchit, lib. i. cap. \. — Cicer. de DivÎKi^ lib. I. cap. 57. lib. u. cap. i3.
DBS SCIENCES OCCULTES. 121
satbfaisantes ? Alors , seulement , il faudra supposer avec nous , que les prêtres ont possédé et tenu secrettes les connaissances nécessaires pour opérer ces merveilles. Rappelons ici la règle qui doit décider notre croyance, la mesure des probabilités favorables ou contraires : est-il vraisemblable que, dans tous les pays, des hommes dont nous venons de justifier la véracité sur des points où on l'attaquait avec force , aient raconté tant de merveilles absurdes qui n'avaient pour principes que l'ignorance et l'imposture? N'est-il pas plus vraisemblable que leurs récits sont fondés en vérité ; que les merveilles ont été opérées par des procédés dus aux sciences occultes renfermées dans les temples? et la vraisemblance n'approche-t-elle pas de la certitude , quand on songe que l'observation assidue et la comparaison de tous les prodiges, de tous les faits extraordinaires, suffisaient pour doter les prêtres d'une partie notable des connaissances théoriques dont a d6 se composer la magie ?
123 OBS SCIBUCBS OCCULTES.