‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 2)Chapitre 32 sur 80 · COI · texte numérisé non relu

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OS. Les vcntriloquea, qui excitent nos rires ■ ' '' ' ^jouaient autrefois

te voix intérïeure , L rfaomme dont on res, souvent même rre ou d'un objet voix des puissances lions de l'historien pas de douter que le fût ventriloque, e de faire ainsi cn- !cs de l'ombre de comme elle , d'un [Icrte^ exprimaient lourde et faible qui :'c8t de cette habii une comparaison 'ETtgastrimjrOies , ^thies, aux femmes deviner, indique artifice. Pjthagore 'C Nessus, qui ré-

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pondit d'une voix claire^ salut , Pjrthago^ re ( I ) ; au commandement du chef des Gymnosophistes de la Haute Egypte, un arbre parla devant Apollonius ; la voix qiûon en^ tendit était distincte , mais faible et sembla-ble à une voix de femm>e (3) : c'était dans les deux cas, la voix d'un ventriloque, convenablement placé ; et ces exemples nous révèlent probablement le secret des oracles que rendaient les chênes de Dodone. C'est en étonnant ses auditeurs pour l'engastrimysme qu'à la Chine, un devin, un magi* cien leur persuade qu'en lui parle une Divinité. Cet artifice n'était pas ignoré des esclaves noirs : à Saint-Thomas, au commencement du dernier siècle , un de ces malheureux avait fait parler une figure de terre, et même la canne que portait un des habitans ; il fut brûlé vif comme sorcier (3). De nos jours, des planteurs crédules ont consulté plus d'une fois un bon sorcier , c'est-à-dire , un esclave ventriloque , toujours prêt , pour

(i) lamblich. vita Pythagor» cap. aS.

(a) Philottral. vit. jipoUon. lib. vi. cap. 5. (3) En 1701. — Labat. Nouveau Voyagt aux tU$ JrançMes de V Amérique y tonte 11. pagea 6 (-65.

entretenir leur confiance en lui , à dévouer aux tortures et à la mort tel ou tel noir , comme coupable du crime réel ou imaginaire dont le maître cherche les auteurs (i).

a'* Tout n'était pas imposture dans les oracles 9 au moins si l'on remonte à leur origine. Les prétendus interprètes des arrêts du destin étaient souvent plongés dans une sorte de délire. M. Tiedmann croit, avec beaucoup de vraisemblance, que si, chez les Germains , les femmes sacrées prophétisaient en écoutant le fracas des torrens, en contemplant fixement les tourbillons formés sur le cours rapide des fleuves (2) , c'est que , dans cette position, elles parvenaient bientôt à se donner des vertiges.

La musique exerce sur nous une action bien connue, et toute propre à disposer l'homme enthousiaste à croire que les Dieux vont mettre leur parole dans sa bouche. Chez les Hébreux même, comme chez les autres peuples de l'antiquité , l'homme appelé a ré-

(t) Je tiens ce fait d*iin témoin cligne de foi. (3) Plutarck* in Caesar, cap. 31. — S. Clem. Alex. Stromai, lib. i.

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vêler Tavenir^ recourait aux acccns de la musique pour soutenir Texaltation prophétique de son esprit (i)« Chez les Billhs ^ dans l'Hiodoustan, les prophètes ou Barvas exaltent leur esprit par les chants sacrés et la musique instrumentale : alors ils tombent dans une sorte de frénésie , font des gestes extra vagans et rendent d^s oracles. Les Barvas reçoivent des disciples^ et après quelques cérémonies préparatoires ^ les soumettent k l'épreuve de la musique : ceux qu'elle n'émeut pas jusqu'à la frénésie^ jusqu'à l'extase, sont aussitôt renvoyés comme incapables de recevoir l'inspi* ration divine (3).

Point de croyance aux oracles, sans exaltation d'esprit ; et, pour jeter ses auditeurs dans cette sorte de délire, il faut l'éprouver soi-même. Aussi, dans les temples de Grèce et d'Asie , ne se bornait-on pas à l'emploi des flûtes, des cymbales, des tympans; des moyens plus puissans agissaient encore sur les interprètes du ciel.

La divinité voulait-elle se révéler en songe?

(1, Elysée... Reg. lib. iv. cap. 3. Fcra. i5.

(-j) Nouveiies Annales des Vorat^esy tome xxvit. pages

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H Les êtres les plus jeunes et les plus simples (( étaient les plus propres à réussir dans cette H divination ; et on les y disposait par des « invocations magiques, et par des fumigaa tions de parfums particuliers. » (i)Porphyre avoue que ces procédés influaient sur Tîma^ gination; lamblique assure qu'ils rendaient plus digne de l'accession de la divinité; c'est dire la même chose dans un autre langage.

 Didyme , avant de prophétiser , la prétresse de l'oracle des Branchides respirait long-temps la vapeur qu'exhalait une fontaine sacrée (2). L'oracle des Colophoniens, à Gla* ros , était rendu par un prêtre ^ qui s'y préparait en buvant de l'eau d'un bassin qu4%

renfermarit la grotte d'Apollon Mais ce

breuvoffe abrégeait ses jours (3). On sait de quelle manière étrange la Pythie s'exposait à la vapeur qu'exhalait l'antre de Delphes (4). Piodare et Plutarque nous apprennent que

(1; lamUichut de Afjrsterus. cap. xxix.

(a) iamUichusde Mjtteriis. cap. xxr.

(3) « Bibentium breuiore vitd »... Plin. Hist, riat. lih. ii. câp. io5. — iamblich. de Myst, cap. xxt.

(4) S. Johan. Chr/iost, Homelia xxix. super caj». xii. Epist. I ad Corinth.

igO DLS SCIKNCES OCCULTES.

c dégageinciil de la vapeur sacrée était acconipagiio d'une odeur suave qui pénétrait jus(ju\H la cellule où les consultans attendaient la réponse de Toracle (i) : soit que l'on joignit ainsi lefiicacité des parfums à celle d'autres agens physiques , ou que l'on cherchât a masquer l'odeur fétide du gaz qui sortait de l'antre. Nous savons d'ailleurs que l'on faisait mâcher, à la Pythie, du laurier qu'il était facile d'inqirégner de drogues enivrantes; et (pra]>rès une séance sur le trépied fatidique, la prétresse d'Apollon était communément trcs-malade.

On le voit : c'est en a ain que nous voudrions, dans riiistoire des miracles et des prodiges, trier et présenter séparément ce qui appartient à l'histoire des sciences anciennes : la chose n'est [)as toujours possible. Quand des enfans avaient l'esprit troublé par l'action de parfums choisis, et le jnélre de Claros par le breuvage (pii détruisait sa santé; quand la prétresse des Branchides et celle de Delphes s'exposaient à des odeurs gazeuses dont quel-

i) Pindar. Oly/tip. vu. y cru. Txj. Plutarch. de Oracul.de fret.

DES SCIEMCES OCCULTES. igi

ques moyens physiques pouvaient redoubler rénergie ; quand les prophétesses de la Germanie s^asseyaient immobiles aux bords des torrens ; quand les Baivas, habitués par leur éducation religieuse à subir le pouvoir de la musique I, s'y abandonnent violemment; rien de plus naturel que les songes délirans , l'enivrement , les vertiges ^ l'exaltation frénétique des uns et des autres : l'inspiration subséquente , ou plutôt les oracles qu'on lui attribue ne sont que des impostures sacerdotales ; mais la science a présidé k la recherche des causes des vertiges et de la frénésie^ et à l'indication des avantages que les Thaumaturges devaient en recueillir*

Des observations simples ^ qui ne demandent qu'une réflexion commune et que l'on ose à peine ranger dans le domaine de la science , ont sufii également pour dicter des oracles. En consultant les entrailles des victimes, le prêtre , instruit par l'habitude , y puisait des notions assez probables , pour hasarder ime prédiction sur les qualités du sol et le climat d'un pays. La science des aruspices et des augures a de même dû s'appuyer d'observations appartenant à la phy-

iga DES SCIF.NCES OCCULTES.

siquc^ à la météorologie^ ou à l'histoire naturelle.

En LÂvonie et en Esthonie ^ une opinion religieuse, antérieure à l'étaMissemeiit du christianisme ( i ) défend au cultivateur de détruire par le feu , les grillons qu'il trouvera dans son habitation; ceux qu'il n'aurait pu tuer 9 mettraient en pièces ses vétemens et son linge. Quand on veut bâtir une maison^ elle prescrit d'observer quelle espèce de fourmi se montre la première à la place qu'on a choisie ; on s'y établira si c'est la grande fourmi fauve ou la fourmi nohre; si c'est la petite fourmi rouge, il faut cherc^r un autre lieu : celle-ci fait le plus grand dégât dans les provisions amassées par l'homme , et elle trouve, dans les deux autres espèces, des destructeurs qui mettent un terme à ses ravages. Les grillons, de même, dévorent des insectes^ et surtout des fourmis : c'est à ce titre qu'ils ont souvent été regardés, dans la campagne , comme des animaux sacrés ; il n'est pas tIî(^

(i) Debisay. Sur Us préjugés H idées superstitieuses des Livoniensf Lettoniens et £sthoiiiens.,. Nouvelles annales des Vt)xoges , totne trrn. page 1 1 \.

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ficile de prédire à l'homme qui les détruit, qu'il verra ses hardes déchirées par les insectes dont ils auraient fait leur proie.

Naévius , dés son enfance , annonça le talent qu'il aurait un jour pour la profession d'augure : cherchant la plus belle grappe d'un vignoble pour l'offrir aux Dieux , il consulta les oiseaux, et ce fut avec autant de succès que d'intelligence ( i ) ; les oiseaux , en effet, devaient se porter de préférence à l'endroit où le raisin était le plus mûr et le plus abondant. Nous verrions aujourd'hui, dans ce trait, la preuve d*une intelligence peu commune chez un enfant , comme on cite la manière ingénieuse dont Gassendi prouva , à ses camarades d'école , que les nuages, et non pas la lune, fuyaient au-dessus de leurs tètes, chassés par un vent rapide : au temps des oracles , ce fut le premier pas du futur prophète. Le Thaumaturge ne se proposait qu'un but : pour l'atteindre , il se servait indifféremment de tout ; charlatanisme , tours d'adresse, style figuré , prodiges naturels, observations, raisonnement, science véritable. •

(i) Dùmys. Halîc, lib. m. cap. ai -56.

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Mais des moyens qu'il employait , le plus puissant peut-être , celui du moins qui doublait l'efficacité de tous les autres , ce fut le secret religieux dont , avec l'assentiment général , il sut en couvrir l'usage. Envelopper les choses saintes d'une obscurité mystérieuse, c'était, disaient les sages eux-mêmes (i), rendre la divinité vénéraUe , c'était imiter sa nature qui échappe aux sens de l'homme.

( 1 ) c< Mx$tica Mtcrarum occuUtéUo majeaMaUm numini couf< ciliatf imitons e jus naiuram ejfugientem swnsus noêtros, ** Strabo. lib. x.

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