‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 2)Chapitre 31 sur 80 · I. il · texte numérisé non relu

I. il

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Nous discuterons successivement ces deux sources d'erreurs : leurs conséquences font partie de Thistoirc de la magre et de Phistoire de la civilisation.

Le présent agit peut-être moins fortement que l'avenir sur l'esprit humain. L'un circonscrit la crédulité dans ce qu'il présente de réel ; le vague de l'autre la livre aux rêves indéfinis de la crainte ^ de l'espoir et de lïmaginatiôn. Le Thaumaturge pourra donc promettre; il pourra faire croire des merveilles, qu'il n'aura pas lui-même l'espoir de réaliser.

Aien de plus absurde que les détails du rajeunissement d'Eson , par les enchantemens de Médée ; mais^ avant les Grecs ^ les Arabes et les Hébreux avaient cru possible cet étrange miracle : suivant les traditions rabbiniques, Moïses, prés de mourir^ demandait que son corps fût divisé en morceaux , pour être ensuite ressuscité par un ange bionfaisant (i).

N'assignant point de bornes au pouvoir

(i) Gaulmyn. De vitd et morte Mosis. npt. lîb. ii. pa*». 3a8.

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des Thaumatui^es j la crédulité dut, par cela même , les forcer souvent à recourir à Fadresse , pour refuser, sans se compromettre , un miracle impossible. UnCilicien vient implorer Esculape dans son temple : de riches présens , de pompeux sacrifices , des promesses magnifiques, des prières ferventes pourront, il l'espère , déterminer le Dieu à lui rendre un œil qu'il a perdu. Instruit, par des moyens usités alors dans tous les temples, et aujourd'hui dans toutes les institutions de Police Apollonius do Tyane déclare que cet homme n'obtiendra point ce qu'il demande ; il en est indigne; la perte de son œil a été la juste punition d'un adultère incestueux (i).

Lors même que la merveille demandée n'excède point les ressources de la science il importe d'occuper l'attention du spectateur, de lui dérobçr les opérations mécaniques des Thaumaturges, ou l'embarras qu'ils éprouvent quand le résultat désiré se fait trop long-temps attendre. Cet art, si familier aux prestigiateurs modernes, ne l'était pas moins à ceux de l'antiquité.

(i) Philoêtrat. vit, Apollon, lib. i. cap. 7.

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Ce que les premiers obtiennent par des plaisanteries plus ou moins ingénieuses, les autres y parvenaient par des cérémonies propres à inspirer le respect et l'effroi. La troisième partie de la magie des Chaldéens appartenait tout entière à ce genre de charlatanisme ; elle enseignait les gestes, les postures, les paroles intelligibles ou inintelligibles qui devaient accompagner les opérations du Thaumaturge (i). Les prêtres de Baal, dans leur lutte inégale contre le prophète Êlie, se faisaient aux bras des entailles plus visibles que profondes (2) ; le Théurgiste de Grèce et d'Italie menaçait les génies trop lents à lui obéir , de les évoquer par un nom redoutable pour eux (3) : de l'une ou de l'autre manière on cherchait à gagner du temps , à distraire l'attention ; émus de crs^inte ou de pitié, les spectateurs fixaient un œil moins défiant sur les pratiques secrètes propres à consommer une merveille trop lente à s'opérer.

(1) MoMCi maimonides. More nevoclùm. lib. m. cap. 3^; (a) Reg, lib. m. cap. 18. Ters. a8.

(3) Lucan, Pharsal. lib. vi. ven. 745. Stat. Thébaîd. lib. iT. yeré, xâ6.

Mais, nous Tavons déjà observé, ce n'était guère que dans des luttes d'habileté élevées entre les Thaumaturges, que l'on avait à combattre de pareils obstacles. Partout ailleurs , la crédulité allait au devant du miracle. Combien de récits, par exemple, ne nous présentent-ils pas des empreintes de sang merveilleusement conservées depuis des siècles, pour rendre témoignage d'un crime ou d'une punition célèbre! Introduits, en i8i5, dans la chambre où fut poignardé David Rizzio, des voyageurs rapportent qu'on leur fit remarquer , sur le plancher , des gouttes de sang, qu'on a soin y leur dit-on, de repeindre à neuf tous les ans (i). Voilà l'histoire de toutes les empreintes de ce genre, à l'aveu prés.

La tête d'une statue a été renversée par la foudre , et jetée dans le lit du Tibre ; les augures indiquent l'endroit où on la retrouvera; et l'événement confirme leur prédiclion (d)'.. Us avaient pris sans doute, pour être sûrs de leur fait, des mesures infaillibles,

(i) Voyage inédit en Angleterre en i8i5 et 1816... Bi- Uiothèque univ. Littérature, tome vu page 383. ()) Cicer. De diyinat. lib. i. f vo.

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les mêmes Qiesures qui, en d'autres temps et en d'autres pays^ ont fait rencontrer, dans le lit*des fleuves, dans les grottes, dans les forêts , tant d'images saintes et miraculeuses. .. Dernièrement, je dirais presque hier, un lapin , un chien, deux bœufs, n'ont-ils pas ainsi révélé à l'adoration des Portugais ^ une Madone que bientôt après on a remerciée solennellement de la chute des hommes qui voulaient arracher le peuple à l'esclavage de l'ignorance et du fanatisme ? Nul n'a pu, sans courir risque de la vie , essayer de dévoiler l'imposture. . . en 1 82^ ( i )!

A Témessa, une viei^e, diaque année, devait être sacrifiée aux mânes de Lybas. L'athlète Euthymus veut mettre un terme à cette barbarie. Il ose défier au combat le spectre de Lybas, qui se présente à lui, noir, horrible, vêtu d'une peau de loup. L'athlète intrépide triomphe , et le spectre , de rage , se précipite dans ia mer (3). Déguisé , et tel qu'au moyen âge on peignait les loups-ga^

(1) M" Marianna Baillie. A sketch of the mannert and Customs of Portugal f etc. London, i8a4<*> Nom^tUu An noies des Fojrages. tome xxx. page 4o5«

(2) Pausanias. Eliac. lib. u. cap. G.

roux^ qu'un prêtre ait joué le rôle du spectre et n'ait pas voulu survivre à sa défaite, je penche d'autant plus à le croire , que le vain-* queur disparut bientôt après , sans que Ton ait jamais connu le genre de sa mort. Les collègues du spectre étaient probablement, sur ce point, mieux instruits que le public.

Sinan-Raschid*£ddin (i) , chef des Bathéniens ou Ismaélites de Syrie, cacha dans une cavité , un de ses affidés , dont la tôte seule paraissait au dehors : entourée d'un disque de bronze figurant un bassin , et de sang nouvellement répandu, elle semblait récemment coupée. Il découvre la tête devant ses disciples i, et somme le mort de lui répondre sur ce qu'il a vu depuis qu'il a cessé de vivre. Le docile interlocuteur fait, comme il lui a été prescrit, une brillante peinture des ce* lestes délices; il déclare qu'il aime mieux continuer à en jouir que de revenir à la vie ; il recommande, comme le seul moven d'y

v^i) Mines de l'Orient , lome iv. pjj^c 377... Fragment traduit des auteurs originaux, par M. Hammer... Sinan.., mort on 1193... Baihénienê, internes, intérieurs, cachés} ainsi appelé par allusion à leurs doctrines secre'.tes et à leurs •logmes mystérieux. ( Anthologie arabe, page 275. )

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parvenir, l'obéissance la plus aveugle aux ordres de Sinan. Cette scène redouble l'enihousiasme, le dévouement, le fanatisme des

auditeurs Après leuf départ, Sinan tue

son complice et met en sûreté le secret de son miracle.

A quoi bon rapporter en détail des supercheries si visibles que la plus adroite mérite à peine le nom à^ escamotage ?

L'art d'en imposer à nos sens, malgré notre attention et notre incrédulité , l'art de V escamoteur y répondrai-je, n'est point étranger au sujet que je traite , s'il a pu servir l'intérêt , l'ambition , la cupidité , la politique des hommes qui mettent à profit la crédulité de leurs semblables.

Il l'a pu, et dans tous les temps, puisque très^nciennement comme aujourd'hui , il a existé , avec les raffinemens les plus propres à commander la surprise et l'admiration. C'est ainsi qu'il a toujours fleuri dans l'Hindoustan; et à tant d'autres traits caractéristiques qui attestent l'origine hindoue des bohémiens (gfpsies, zingari)^ on peut ajouter leur perfection connue dans les tours d'adresse de tout genre.

Il Ta pu , et dans tous les pays , puisque les merveilles dont il étonne les hommes peu éclairés , ont partout figuré parmi les œuvres des prétendus possesseurs d'une science surnaturelle. Les faits que nous discuterons nous en ofTriront assez de preuves chez les peuples civilisés : bornons-nous ici à citer les magiciens qui , au sein d'une horde demi-sauvage, réunissent les fonctions de prêtres , de magistrats et de médecins ; les magiciens Osages doivent surtout leur influence à l'éclat de leurs prestiges ; on en voit qui s'enfoncent , dans le gosier , un énorme couteau de boucher ; le sang en sort à gros bouillons , comme si la blessure était véritable (i).... Dès escamoteurs, en Europe , donneront le même spectacle : et , toutefois, parmi les indigènes de l'Amérique, quelle confiance , quel respect ne commande point le mortel privilégié dont le pouvoir ne laisse pas subsister la moindre trace d'une lésion si épouvantable !

Pour montrer maintenant comment la politique sacerdotale rangera, au nombre de ses ressources , un art en apparence futile , je ne

(1; Nouvelles Annales des Voyages , tome xxxv. page i6'S.

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citerai point l'épreuve judiciaire de reau froide y où tout dépendait de la manière de garrotter l'homme qu'on y soumettait ; les liens dont il était chargé pouvant également le submerger ou le faire surnager, selon le rapport de leur pesanteur spécifique à la pesanteur de l'eau. Je ne citerai point le collier de fer de saint Sané y qui, en Bretagne, servait d'épreuve à la vérité des sermens, et qui étranglait infailliblement l'homme coupable de parjure (i) : le prêtre qui attachait le collier était, à coup sûr, maître d'opérer le miracle comme il le voulait. Mais, voyezvous , dans la place publique , les plateaux d'une balance perdre leur équilibre, et alternativement, s'élever et s'abaisser à l'ordre d'un escamoteur? Cette jonglerie vous amuse : dans l'Hindoustan, elle met la vie d'un accusé au pouvoir des prêtres qui dirigent l'épreuve judiciaire de la balance. S'il est coupable , disent-ils, son crime se manifestera , en ajoutant visiblement au poids déjà connu de son

{ i } Caïubry. Voyage dans le département du Finistère , tome I. piige 173. Le prêtre n'était sûrement pas entouré cic Nurvci liens incommodes.

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corps. Après quelques préparations religieuses , on le pèse donc avec soin ; puis on lui attache sur la tête son acte d'accusation ^ et on le pèse de nouveau. S'il est plus léger qu'auparavant^ on le déclare innocent; s'il est plus lourd , ou si la balance se rompt ^ le crime est avéré. S'il reste en équilibre^ il faut recommencer l'épreuve ; alors ^ dit le livre sacré , c< il y aura certainement une différence de pesanteur (i). » Quand on promet un miracle d'une façon si positive ^ on est sûr d'avance des moyens de l'opérer.

Empruntonstm exemple d'un autre genre , à on peuple que l'on ne soupçonnerait pas d'un tel raffinement d'adresse. Chez les Sou- Umas, prés des sources du Dialliba, un voyageur anglais, le premier homme blanc qui ait paru dans le pays, a vu des soldats d'élite, armés de fusils , tirer sur un chef qui leur opposait ses talismans ; les fusils faisaient tous long-feu , quelque bien qu'ils eussent été amorcés. Ensuite, et sans aucune préparation, les soldats tirèrent d'un autre côté, et toutes les armes partirent. Ces hommes ont

(1) Recherches asiatiques, tome i. page 473 •

fja DES 8CIBKCBS OCCULTES.

donc l'adresse d'ouvrir et de fermer la lumière du fusil à volonté (i) ; et l'on ne peut apercevoir quand ou comment ils exécutent cet escamotage , dont le but est de persuader au peuple qu'on n'a rien à craindre des armes de l'ennemi , quand on est muni de talismans consacrés par les prêtres.

En Europe ^ et depuis plus long-temps que l'on ne serait tenté de le croire ^ il a existé des hommes à qui il n^aurait fallu que de l'audace ou un intérêt dominant pour se présen*ter, à leurs admirateurs^, comme doués d'un pouvoir surnaturel (2). Supposons à de tels hommes la seule chose qui leur ait manqué : et loin de se borner à l'amusement de quel-* ques spectateurs oisifs , leur art , conservé dans des mains plus respectées et dirigé vers un but moins futile , commande l'adoration

^1) Loing. yojrage dans le Timatini, le Kouranko, U Soulimanay etc., traduction française... pages txii-aia et ^4-

('4} Froinann , qui avoue que beaucoup irescamotenrs ( couculatores ant taccularii ) » ont été pris pour des magiciens ( Tract, de Fascin. pag. 771 et seq. ) ^ n*en cite pas moins y cpmme des œurres de sorcellerie y les tours si connus dé casser un verre » de couper une chaîne d'or ou une serviette en plusieurs morceaux y et de faire ensuite repardtre ces divers objets parfaitement entiers ( Ibid, p. 583 }.

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de ceux dont il excitait la risée ^ et suflit à rexplication de miracles aussi nombreux qu'imposans.

Ce rapprochement n'a rien de forcé. De nos jours. Cornus (et lui seul à la vérité) savait , en écartant toute possibilité de connivence, annoncer en secret à une personne la carte que pensait une autre personne. Il existe encore des témoins du fait : Cornus , d'ailleurs , en Angleterre , a souvent répété le même tour devant des spectateurs qui , pariant fort cher contre la réussite , ne pouvaient être soupçonnés d'y contribuer par leur complaisance. Le clairvoyant Bacon affirme qu'il a vu exécuter le même tour , dans un temps où, en donnant une pareille preuve d'habileté , on risquait de se voir conduire sur les bûchers destinés aux magiciens; le jongleur (i) a dit, tout bas à l'oreille d'un des (( spectateurs , que telle personne «penserait (( telle carte.... » Le philosophe ajoute qu'il chercha alors à expliquer le tour par une

(i) «I He didjirst whisper the man in the eare, thai such « a mon should tliink «nch à Card. » Bacon. Sjrl^'a sjrlvarum, Century x. 946.

Connivence que , de son propre aveu, il n'avait aucun droit de soupçonner.

Que des hommes si habiles, au milieu d'une population peu instruite, veuillent se signaler [)ar des miracles, en trouveront-ils beaucoup «l'impossibles? Qu'on les charge , par exemple , de diriger un tirage au sort , doutezvous que le sort devienne Tinterprète de leurs volontés ? mesurez dès-lors Tétendue de la puissance ainsi remise entre leurs mains. Quel rôle , de tout temps, le sort n'a-t-il pas joue dans les plus grands cvénemens comme dans K\s moindres , là même où l'on ne pouvait supposer de supercherie? Combien de fois des hommes, se défiant de k'ur prudence, ou ne pouvant accorder leurs opinions diverses , s'en sont remis à la décision du sort ! Aux premiers jours du christianisme, l'église eut recours au sort pour décider qui, de Joseph ou de Mathias , succéderait, dans l'apostolat, au traître Judas Iscariote ; et Origène loue les apôtres de cet acte d'humilité, par lequel ils soumettaient à hr puissance céleste un choix (ju'ils pouvaieni faire eux-mêmes (i). Aux

i) Act. (ipost. (iij). I. vers. 9. J et st'q. — Origeii. Homil. \Mii. /// //A;. Ji's. Navc.

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yeux d'hommes incapables d'influer par l'adresse sur le tirage au sort^ son résultat parait donc uniquement dû à la volonté de Dieu.

Cette idée a paru assez plausible pour que des hommes, d'ailleurs éclairés, la poussassent à l'extrême» Origène ne craint pas d'avancer que les anges , dans le Ciel , tirent au sort ( i ) pour décider de quelle nation ou de quelle province chacun d'eux prendra soin , ou de quelle personne il sera le gardien. Un ministre protestant qui soutenait , il y a un siècle , la doctrine que le sort est une chose sacrée , a été entraîné jusqu'à dire que u les plus petits (( jeux, ceux où il y a lé tnoins à gagner ou à K perdre , sont , par cela même , les plus « profanes (3). «

La question a été envisagée autrement par un éicrivaki qui a fait servir sa haute éloquence à intrpduire , dans la philosophie et la politique, l'esprit et les doctrines des temples. Platon (3) veut que, dans sa République , les

(1) Ori^n. Homil. xxiu. in lih. les, Nave,

(2) Dejoncourt. Lettrts (quatre sur les jeux de hasard. La Haye, 1713.) page 19.

(3) Plato in Timaeo.., et Rêpublic, Hb. ▼.

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mariages des citoyens soient déterminés par une espèce de sort. Mais , en même temps ^ les chefs de l'État doivent avoir soin de diriger le sort par quelque artifice, en sorte qu'il ne décide rien que conformément à leurs vues ; et que néanmoins l'artifice soit si bien caché, que les personnes qui se croiront mal assorties , ne s'en prennent qu'au hasard et à la fortune.

A l'une ou à l'autre opinion , l'on peut rapporter les événemens où le sort a dû manifester la volonté de Dieu et révéler ses arrêts , et où le même moyen de. décision a été employé tour-à^our par la crédulité et par la politique. *

Un crime secret a allumé, contre Israël, le courroux du Seigneur : le Seigneur a livré Lsraèl au glaive de ses ennemis. Pour découvrir le coupable , on jette le sort entre les douze tribus ; entre les familles de la tribu qu'il a désignée ; eAtre les membres de la famille qu'a frappée U sort. Le sort tombe sur Achan ; et Achan avoue le crime dont il va subir la peine (i). Instruit par des voies secrètes, dont

(i) Jotué, cap. 7. vers. i4-33.

DES SCIENCKS OCCULTES. I nn

la foiide moderne donne facilement une idée , Josué profitait de la conjondure pour eftraTdr et convaincre ceux qui eussent osé douter de son mfaîUtble inspiration 9 et le miracle ^ en même teaips , devait relever le coiurage de^ Jaife , en leur montrant et en séparant d'euK tliomme sacrilège , cause unique de letilc honteuse décrite.

C'est par ie sort aussi que Saùl est appelé à régner sur les Hébreux (i) ; ou plutôt c'est ainsi que Samuel sanctifie le choix qu'il a déjà fait d'un jeune fcomme obscur (a) ^ en qui il espère trouver, moins un rival de pouvoir , qu'une créature soumise et un ministre ■dévoué. .

Par un vœu solennel (3) , Saùl astreint son Mnée à un jeûne absolu , jusqu'à ce qu'il ait ceupé la retraite aux Philistins. Gonslulté sur le succès de ce dessein par le grand-prétre i, l« Seignenr ne rend point de répôiise. Saiil ^^c'nt qu'on jetle le sort peur savoir qui a violé

{i)Beg, IÎ5, j. cap. lo. vers. ao-r:ii.

v^ Beg, lib. I. cap. lo. vers. i.

(3) Jieg. lib. 1. cap. i^* vçis. 2/^-^6, — Théodorut et saint CorysoBtôiiie condamnent le v:eu de hjaui comme ^nCrairc a la prudence et à la raison.

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son vœu ; et le sort tombe entre lui et son fils Jonathas : il insiste ; le sort désigne Jonathas, et Saùl n'hésite point à l'envoyer au supplice. Mais le peuple entier s'oppose à cette conséquence atroce d'un vœu absurde , dont les prêtres de Dieu ne réclament point l'exécution. Saùl , découragé , renonce à une poursuite téméraire. Les sages qui dirigèrent le sort, voulaient probablement amener ce résultat.

Nabuchodonosor a mêlé ses flèches contre Ammon et contre Jérusalem ; la flèche sort contre Jérusalem ; et le terrible conqué* 4*ant ne tarde point à accomplir l'arrêt du destin (i). Il est curieux de rencontrer , dix- ;sept cents ans plus tard ^ des imitateurs de son exemple. Alexis Comnène , pour savoir s'il doit ou non attaquer les Comanes , s'il livrera bataille ou marchera au secours d'une 'ville assiégée , place deux tablettes sur un autel ; la première qui frappe ses yeux ^ après une nuit passée en prières , lui parait , dans les deux cas, exprimer la volonté du Ciel (3).

(1) Ezéchiel, cap. xxi. rera. xQ-sa.

(3) Anne Comnène, Hist. d'Alexis Comnène. iir. x. chap. ^. Iir. XY. chap. 5.

DES SCIENCES OCCULTES* Ifjg

Les sénateurs de Venise , sous le régne du doge Dominique Michièli (i), ne pouvaient tomber d'accord sur la désignation de la ville qu'il convenait d'attaquer la première : on eut recours au sort , et l'on s'en tint à sa décision.

Quoique le sort ait été employé souvent , et à Venise plus qu'ailleurs , pour modifier les élections, ou départager les suffrages, on peut douter qu'on lui accordât sérieusement une égale influence sur un plan de campagne , et cela dans un sénat renommé pour sa politique et rempli alors d'habiles guerriers. N'était-ce pas plutôt un moyen adroit d'entraîner un peuple brave , mais encore peu soumis à ses chefs , à une expédition dont les dangers et les fatigues lui dérobaient peutêtre la gloire et la nécessité ?

Dans l'état misérable où languissait l'empire grec , ce n'était point l'honneur ou l'intérêt national , ce n'était point la religion , c'était la superstition qui pouvaient inspirer quelque énergie à une population dégradée :

(i) D. Michièli, 35* doge... Hadrian, Borland, De ducib, venet.

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ce fut elle que mit en œuvre Âlexîd ^ prince fort au-dessus de son siècle ^ et surtout audessus de sa nation.

Et quoique de mille manières , dans l'antiquité ^ le sort rendit des oracles , conmltés avec une avidité , et reçus avec un respect également aveugle ^ nous pensons de même que le roi de Babylonc ^ certain d'avance de ses opérations ^ ne chercha ^ dans cette cérémonie superstitieuse , que le secret d'en assurer le succès ^ en le montrant comme infaillible ^ comme garanti par la volonté des dieux , à l'enthousiasme de seè soldats.

Conduire les hommes par leur crédulité ^ en feignant de la partager , est une ruse que, sur tous les points du globe et dans tous les temps , la politique a employée , sans autre soin que d'en varier les formes , pour l'assortir aux habitudes et à la mesure d'intelligence des hommes qu'elle devait mettre en mou«- •vemeilt.

Le chef d'une tribu brasîltenne , ayant pris les artnes à l'instigation des Hollandais qui lui avaient promis un puissant secours , eut quelque sujet de croire que ses alliés voulaient le laisser combattre seul l'ennemi com-

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mun^ et recueillir ensuite le fruit de ses travaux. En présence de leur envoyéi, il consulta , à plusieurs reprises, la divinité « De la hutic du sacrifice, sortent des voix qui prédisent la défaite et la fuite , si l'on combat avant Tarrivée du secours promis ; elles annoncent que l'on n'est pas encore près de le recevoir,, et ordonnent , en l'attendant , de reculer devant l'ennemi. D'accord avec ses guerriers, le chef proteste qu'il obéira et se retirera jusque sur le territoire des Hollandais : c'était un moyen sûr de mettre un terme à leurs lenteurs. L'envoyé hollandais , Baro , crut fermement que l'oracle avait été prononcé par le diable (i). Nous l'attribuerons , avec plus de vraisemblance , à des prêtres cachés dans la hutte du sacrifice. L'artifice était grossier ; la politique ne l'était pas.

L'augure Naevius, après avoir osé combattre , au nom de la religion , les altérations que Tarquin l'ancien voulaient apporter à la constitution romaine, est sommé de donner une preuve de sa science, eu déclarant si un dessein conçu en secret par le monarque ,

(0 f^oragc de Roulox Baio au pars des Tapa y es en ifij;

l82 DES SCIENCES OCCULTES.

n'a rien que de possible. U répond affirmativement. Ce dessein est de couper une pierre avec un rasoir ; et le miracle s'opère^ dit-on, aux yeux de tout le peuple (i). L'oracle de Delphes indique avec précision ce que, au moment même où on Tinterroge , fait à Sardes , Crésus renfermé au fond de son palab. Nous soupçonnerons que Tarquin, embarrassé pour abandonner sans honte un projet dont il sentait trop tard le danger, suscita l'opposition de l'augure, et concerta avec lui le miracle qui devait la faire triompher, afin de se conserver l'honneur de ne céder qu'à l'ordre des dieux. Nous savons que les ambassades religieuses du roi de Lydie avaient pour prétexte de consulter sur ses projets les divinités fatidiques , et pour but réel d'amener les peuples à s'allier avec lui , et sur^ tout de les y déterminer par les promesses brillantes que devait lui faire le plus célèbre des oracles.

Ces promesses furent mensongères : et l'équivoque à la faveur de laquelle le dieu de Delphes sauva sa réputation d'infaillibilité,

(i) Dionyt* Ualic. lib. m. cap. a4*

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se présente si naturellement à la mémoire et réveille le souvenir de tant d'événemens sem-. blables que , pour expliquer presque tout le merveilleux des oracles , il suffirait de rap* peler cet usage qu'ils faisaient constamment de termes ambigus, et la connivence dont ils s'assuraient souvent le secours, et les inven-tiens mécaniques dont ils empruntaient les prestiges, et les hasards dont la simplicité des consultans leur permit sans cesse de se prévaloir , et tant d'oracles enfin qui ne se sont trouvés vérifiés que parce que la crédulité voulait absolument qu'ils le fussent... Mais tout le monde à lu l'excellente histoire des oracles , extraite de Van-dale par Fonlenelle (i) : Elle nous laisse bien peu de choses à ajouter touchant une erreur presque uni-* verselle sur la terre , et qui ne semble guère cesser sous une forme que pour se reproduire sous une autre : tant sont faibles l'expérience

(i) Voyez aussi Clavier , Mémoire sur les oracles anciens^ in-S*. 1818. — Lucien {Alexandre ovl le Faux prophète. y OEutn^s de Lucien, tome ni. pages i8-23 et 4^-4^. ) y donne une idée des artiiices employés de son temps^ par les prêtres, des Oracles ; on y remarque le secret de décacheter les let très , si familier aux goavernemens modernes.

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