CHAPITRE IX
Malgré la rivalité des religions, Tesprit de ht forme fixe de civilisation maintient le mystère dans les écoles philosophiques. Il en est , â la longue , banni par l'influence de la civilisation perfectible, i ° G>mmunication habituelle des Grecs avec les successeurs des mages , dispersés dans TAsie après la mort de Smerdis j première révélation de k magie; 2^ lappauvrissemeut de l'Egypte, après la conquête des Romains , fait affluer à Rome des prêtres de grades inférieurs , qui y trafiquent des secrets des temples ; y les polythéistes qui se convertissent au christia* nisme, apportant dans son sein les connaissances magiques qu'ils possèdent.
A cette dernière époque, des débris de la science sacrée subsistent, 1^ dans les écoles des philosophes théurgistes ; 2*^ en la possession des prêtres errans , et surtout des prêtres égyptiens. On peut, sans invraisemblance , assigner pour successeur , aux premiers , les sociétés secrètes d'Europe ; aux seconds , les sorciers modernes.
Comme la forme fixe de civilisation dont il était une des bases principales , le mystère
qui enveloppait la science sacrée a subi le pouvoir du temps : le voile s'est déchiré ; assise pendant tant de siècles devant la porte des sanctuaires et des écoles philosophiques ^ la statue du silence a été renversée.
Quand s'est opérée cette révolution ? Estce quand des religions rivales se sont com* battues , quand, devant l'intlexible Zoroastre et ses successeurs, et devant le culte du feu, ont reculé le sabéisnie,et l'adoration deShiva, de Wisbnou et du Brama ? Non ; persécutés comme magiciens , les prêtres hindous et les chaldéens emportèrent dans l'exil leurs arts sacrés et leur silence inviolable.
L'invasion des Hébreux dispersa les prêtres des peuplades de Chanaan : contre eux , évidemment , Moïse dirige l'ordre de mettre à mort quiconque rend des oracles , ou opère des miracles au nom d'un dieu étranger. Mais la conquête entière de la Palestine s'acheva lentement. Établi au milieu des tribus indigènes , l'Hébreu , infidèle à sa loi , consulta souvent leurs prêtres et leurs devins. Redoutés et même révérés , ceux-ci ne léguèrent qu'à des adeptes leurs secrets, qui étaient encore une source de richesse et de considération ,
336 DES fciBirci2;5 occultes.
s'ils n'étaient plus un moyen de pouvoir. Je crois reconnaître leurs derniers successeurs dans ces bommes que Saùl persécuta OLvec tant de xèle^ <)tie^ lorsqu'il tomba lui-même dans la faute dont il voulait préserver son peuple^ il ne trouva qu'avec peine une fenune qui possédât Fart d'évoquer les. ombpes des morts.
Les prophètes^ en Judée ^ se divisèrent^ se combattirent, épousant les rivalités de Jérusalem et de S^onarie : la persécution ni l'anathéme ne dévoileront les ressources doni s'étayait , au besoin , leur in^iration.
Le farouche Cambyje outragea , en frappant Apis, le dieu suprême d'Egypte, dont ce taureau sacré était l'image ; il envoya «es prêtres et ses adorateurs au supplice ; il pilla les temples.... Il passa, laissant un souvenir exécrable , sans que de si grandes violences eussent porté atteinte au secret reKgiewc des sanctuaires.
L'esprit de la forme fixe planait sur les théâtres de ces divers événemens : il ne permel^it point qu'une lumière nouvelle brillât aux yeux des peuples , et les peuples même ne songeaient point à le désirer.
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Mais 9 depuis plusieura siècles , une cause dont on n'ayait point soupçonné l'activité ni même l'existence, commençait, parmi les habitans de la terre , une révolution que trentecinq ou quarante siècles n'ont pas entièrement consommée. Dans les colonies qu'il fondait sur des plages lointaines , le navigateur phénicien , à son insu , avait porté le germe de la civilisation perfectible. Trop faible , trop occupé d'intérêts mercantiles pour chercher à subjuguer par la force , trop peu instruit pour fonder la civilisation sur la religion et la science sacrée , il se borna à mêler ses usages k ceux des tribus au milieu desquelles il s'étabKssait. L'homme alors , pour la première fois , apprit que la manière d'être qu'il tenait de ses ancêtres pouvait changer , améliorée par un effet de son libre choix , et non par suite d'une obéissance aveugle à des êtres supérieurs. Du désir d'un perfectionnement réfléchi , la première conséquence est la curiosité : on conçut le prix du savoir ; on ne recnb pas devant l'idée de l'aller puiser à des sources lointaines ; des voyages de long cours n'effrayèrent point les sages , pressés du besoin de s'instruire et toutefois, eux en--
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CHàPITRE IX.
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ture des sciences et de l'art d'écrire ouvrait la route vers une gloire brillante ^ les sanctuaires et Part merveilleux qu'y avaient porté des instituteurs sortis de la Thrace ou de l'Egypte , restaient impénétrables : les prêtres maintenaient autour d'eux cette obscurité , à l'épaisseur de laquelle se proportionnaient le pouvoir et la vénération qu'ils pouvaient obtenir.
Démosthène est le premier auteur qui ait signalé^ en Grècci, l'existence de sorcières (i). . . Alors donc la science occulte avait cessé d'être concentrée dans les temples; il en était tombé quelques lambeaux entre des mains profanes; des hommes obscurs, étrangers aux sacrés mystères, osaient professer l'art d'opérer des miracles. Pour assigner la cause de ce fait , il faut remonter à plus de trente-cinq lustres , et rappeler en conséquence un des événemens les plus remarquables de l'histoire ancienne , le massacre des mages , après la chute de Smerdis. La caste sacerdotale, trèsnombreuse, très-puissante, ne pouvait pas
(i) Demostken. in JÊrùiogit, i.... M. Tiedmann de Quaestionet etc. pag. ^6.
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succomber tout entière. Elle se dipersa sans doute de toutes parts ; et lorsque les Tues politiques de Darius loi firent désirer de la réunir ^ on peut croire que tous les mages ne s'empressèrent point également de devenir les soutiens du tr6ne de leur principal assas^ sîn. Au milieu de qui durent se trouver souvent ces fugitifs , et les successeurs auxquek ils transmirent leur haine et leurs secrets? au milieu d'hommes nés dansune civilisation perfectible ; au milieu des Grecs disséminés sur tout le vaste empire de Perse ; commandans et soldats dans les troupes auxiliaires de Darius ; gouverneurs de ses provinces ; agens actifs du commerce dans ses ports ; au milieu de la Grèce asiatique i, qui^ sous le joug du grand roi , conservait ^ avec te culte et l'idiome de la Grèce d'Europe, l'esprit de la civilisa^ tion perfectible (i). Les événemens subsé-
( i ) .Un indice puissant appuierait notre ossertion, aile poëae attribué à Phocylide, était en effet de cet auteur. n Abstiens-toi de» liVret nmgiques^ » j esf-il dit, vri i3S. Né à Milet dans la Grèce asiatique, 687 ans avaut notre ère (selon Suidas ), Phocylide a dû écrire ses préceptes moraux dans Page mùr, et par conséquent lorsque les mager Aigitifo étaient depuis vingt ou trente ans en contact avec les grecs d*Asie.
qucns , et la guerre de Cyrus le jeune ^ contre Aitaxerxe, et surtout rascendant qu'avait pris le roi de Perse sur la^Gréce ^ dont il devint Tarbitre pendant et après la guerre du Péloponèse , multiplièrent , pour les Grecs , les communications intimes avec Tintérieur de Tempire. Us avaient admiré les prodiges opérés par les mages ; du nom de ces prêtres , ils avaient donné , à l'art d'opérer des merveilles , le nom de magie , et ce nom .était devenu bientôt assez célèbre pour qu'Euripide l'imposât à l'inspiration céleste dont Orphée avait été animé. Curieux et avide ^ le Grec ^ ainsi rapproché des mages proscrits et de leurs dcscendans, profita sans doute des fréquentes occasions qu'il avait de s'instruire ; et , de retour dans sa patrie , il y fit un métier lucratif de l'emploi des secrets qu'il avait dé* robes au ressentiment et à la misère (i).
(i) Un saTant que )*ai déjà cîté, M. G. C. Horsf, dans sa Bibliothèque magique y établit que Tltalie et la Grèce reçurent d^Asie et des sectateurs des deux principes ( c'esr-àdire des adorateurs d'Ormusd adversaire d*Arhîman ) les doctrines magiques qui se mêlèrent peu-a-peu avec la mythologie ancienne, fondée, dans Tun et Tautre pays, sur Tadoration de la nature dirinisée . Cette opinion , on le voit, se
Les conquêtes d'Alexandre établirent les Grecs sur tous les points de cette Asie où chaque temple avait ses mystères particuliers ; les prêtres nombreux de Phrygie et de Syrie ouvrirent leurs sanctuaires aux vainqueurs, et s'empressèrent de se les affilier par des initiations.
La seconde idylle de Théocrite renferme la peinture d'une conjuration^ d'un enchantement opéré par une femme ordinaire ; déjà donc l'usage de la magie avait pénétré bien avant dans les mœurs des Grecs. L'idylle finit par la menace d'un empoisonnement que la magie doit opérer (i) : à l'idée simple succède ainsi une idée superstitieuse ; et l'expression propre aux temples , à l'expression du fait ^ la seule qu'eussent employée les Grecs , avant leurs communications avec des peuples régis par les dépositaires des sciences occultes; un crime atroce n'est plus l'œuvre d'un homme , c'est le résultat de l'intervention des êtres surna-
rapporte au temps où les doctrines magiques pénétrèrent dans les temples, époque fort antérieure au temps où les les arts ma^iiques cessèrent d'y être concentrés, (i) TTkéocrit. Eidjrll.ti.y. 160.
turels. C'est ainsi que le même Théocrite transforme en magicienne Agaméde ^ femme célèbre par ses connaissances médicales.
La religion de l'Egypte que Gambyse avait attaquée en vain , et que ne troubla point Alexandre , fut conservée et honorée par les Ptolémées; et les Romains^ maîtres de TÉgypte , la laissèrent régner en paix sur leurs nouveaux sujets. Mais les guerres extérieures et les guerres intestines avaient ruiné le peuple et appauvri les temples. L'antique religion du pays languissait , comme le pays même, courbée sous une influence étrangère. Le sacerdoce n'était plus le premier corps dans l'état. Il avait trop perdu en majesté, en puissance, en richesses, pour conserver intacte sa nombreuse hiérarchie. Pressés par la misère, des prêtres d'un ordre inférieur se répandirent en foule dans la capitale du monde , et riches de prestiges et d'oracles , mirent à contribution la superstition et la crédulité. La classe éclairée méprisa ces mendians sacrés, aus^i bien que ceux qui accouraient de la Syrie et de la Phrygie : elle était occupée de trop grands intérêts et nourrie d'une philosophie trop indépendante , pour
que des thaumaturges subalternes jouassent un rôle parmi les contemporains de Cicéron et de César.
Observons qu'en même temps , la disposition des esprits accélérait la dégradation de la science sacrée. Les prodiges qu'elle offrait jadis à la vénération publique rencontraient beaucoup d'incrédules : un miracle nié ou discuté est bien près d'être dévoilé dans ce qu'il peut avoir de réel. Les prêtres éprouvaient combien leur tâche, facile sous une civilisation de forme fixe , le devenait peu dans une civilisation perfectible. Ce n'était qu'avec peine qu'ils combattaient celle-ci, et son influence trop prodigue de lumières. Les oracles se taisaient , les prodiges devenaient plus rares , l'obscurité des sanctuaires diminuait avec la superstition, lorsque le triomphe du christianisme vint donner aux esprits et aux croyances une impulsion nouvelle. Voyez d'un côté, les temples détruits, les prêtres dispersés, voués à l'ignominie , à l'indigence ; quelques-uns enfin réduits pour vivre, à trafiquer des sciences sacrées; de l'autre , la persuasion , l'enthousiasme , ia légèreté, l'intérêt, l'ambition, la persécu-
ûon enfin, entraînant, sous les bannières de la religion nouvelle , de nombreux transfuges, prompts à l'enrichir des secrets magiques propres au diverses croyances qu'ils abandonnaient. Le miracle qui dissipa les ouvriers envoyés par Julien pour relever le temple de Jérusalem , prouva que les chrétiens aussi connaissaient les procédés dont les anciens thaumaturges avaient fait usage avec un succès éclatant. Alors l'ancienne religion reçut un coup mortel ; ses adversaires pouvant également la combattre avec ses propres armes, ou dévoiler au grand jour la £ûblesse de ses prestiges.
Aussi long-temps que le polythéisme subsista , détesté et non encore proscrit par l'autorité suprême ; aussi long-temps que ses temples debout , ou leurs ruines récentes rappcUèrent un culte auquel se rattachaient tant de souvenirs , le soin le plus pressant de ses adversaires fut de montrer la fausseté de ses miracles , comme l'absurdité de ses dogmes. Mais peu à peu le lierre et la mousse couvrirent des décombres au milieu desquels le zèle persévérant ne rassemblait plus les adorateurs; l'habitude, le cours des choses,
la nécessité poussèrent dans la nouvelle route, les populations entières : on cessa de combattre ce qu'on avait cessé de craindre; on cessa d'armer contre la crédulité, la raison dont les progrès pouvaient s'étendre un jour au-delà du but prescrit à ses efîorts.
Les débris des sciences sacrées restèrent entre les mains de deux classe» d'hommes bien différentes.
i"* Aux prêtres d'un ordre supérieur , aux disciples éclairés des sages de Babylone , de l'Étrurie, de la Perse, de l'Egypte et de l'Hindoustan , s'étaient réunis les successeurs de ces philosophes théurgistes qui, dès le second siècle, avaient essayé de relever le polythéisme en transformant ses légendes en allégories morales, et ses prestiges en œuvres divines , opérées à la voix de l'homme vertueux, par les puissances célestes. Tous ensemble, professant moins l'ancien polythéisme , que le culte d'une divinité unique, adorée sous mille noms divers dans les diverses religions , ouvrirent des écoles de philosophie où les chrétiens, amis des lumières, se crurent permis d'en venir chercher : une théosophic platonicienne et une
morale austère et exaltée y fonuaieot le food de la doctrine. Mais on y révérait aussi )a mémoire des hommes qui ^ grâce à leur piété , mb en communication avec les étre^ surnaturels > en avaient obtenu le don des œuvres merveilleuses. La jpste crainte d'entendre discuter ^ nier ou avilir leurs miracles par des adversaires trop puissans , y avait ranimé l^ancien esprit de mystère ; plus que jamais on y faisait un devoir religieux de se taire sur tout ce que l'on possédait encore de leurs enseignemens. Synésius reproche amèrement à l'un de ses amis d'avoir révélé à des auditeurs non initiés , une partie de la doctrine secrète des philosophes( I ). L'ouvrage entier deLydus sur les prodiges ^ et le passage de Damascius que nous avons cité ^ prouvent à quel point ces deux derniers se croyaient encore étroitement liés par leurs promesses de silence (2). Les initiés de Memphis^ les disciples des
i) Sjrnes. epist. i43.
(a) On retrouve bien plus tard la trace de cette habitude de mystère : ce u^ebt qu^au xip siècle que Tzetzès et Zonaras ont révélé le secret du miroir d* Archiinède ; quoique ce iiiifoir ett été employé par Proclus , au commencement du vi* •iècle , pour incendier la flotte de Vitalien qui aaAÎégeait Conatantinople.
24s DES SCIENCES OCCULTES.
prêtres étrusques n^auraient pas tenu un langage plus réservé.
Sous le rapport des dogmes philosophiques^ il serait possible de suivre en Grèce, puis en Italie après la prise de Constantinople , les traces de Tinfluence subsistante de ces écoles. Cela est moins aisé pour ce qui concerne la science occulte : les fondateurs des écoles l'ont sûrement possédée ; mais sa transmission n'est que probable ; combien d'accidens pouvaient l'ensevelir dans le mystère dont on ne la laissait sortir qu'avec de si grandes précautions! Quelques faits cependant viennent répandre un peu de jour sur cet intéressant problème.
La doctrine des Théurgistes , qui transformait en êtres surnaturels, en génies^ les substances dont se servait la science expérimentale et les hommes qui les mettaient en usage , revit tout entière dans la doctrine cabalistique des modernes. Elle aussi, pour produire des œuvres merveilleuses, fait agir des génies et les soumet au pouvoir du sage qu'elle illumine de ses clartés. Les génies de la terre , de l'eau , de l'air et du feu sont
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répandus dans les quatre élémens où la physique^alors reçue^ plaçait les principes de tous les corps. N'avons-nous pas retrouvé , dans les gnomes ^\es ouvriers qui exploitent les mines? Les détails brillans et romanesques dont une imagination vive a paré le fond des principes des cabalistes^ n'empêche pas que l'identité des deux doctrines ne demeure reconnaissable .
On sait quel pouvoir sublime est attaché à la syllabe OM (OUM) , qui désigne la Trimurti hindoue, composée de Shiva-, Wishnou et Brama : en la prononçant , l'homme pieux s'élève à Vintuition intellectuelle des trois Divinités réunies. Ce nom divin et son énergie mystérieuse sont rappelles dans deux livres de magie publiés en Allemagne au commencement du seizième siècle (i). N'est-ce point là un dernier anneau de la chaîne qui , malgré l'éloignement immense des contrées et des ^es , malgré la différence des idiomes et des religions^ rattache aux doctrines transcendantes de l'Hindoustan , les débris qu'en avaient conservés les adeptes modernes.
'!) lia aont cités dans la Bibliothèque magique de M. liorsi.
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Des inventions qui , dans l'antiquité , firent éclore tant de miracles, quelques-unes se sont réfugiées dans les écrits des hoamoes que le moyen âge admirait ou persécutait comme versés dans les sciences occultes (i). Il est certain qu'à cette époque de ténèbre3 ^ les savans se sont souvent transmis le dépôt de leurs connaissances , par l'intermédiaire de sociétés secrètes , qui ont subsisté presque jusqu'à nos jours sous le nom de Rose^ Croix ^ ou sous d'autres noms également énigmatiques. L'un des plus beaux génies dont se puissent honorer l'Europe et le genre humain, Leibnitz , pénétra, à Nuremberg, dans une de ces sociétés ; et de l'aveu de son panégyriste (2), il y puisa une instruction qu'en vain peut-être il eût cherchée ailleurs. Ces réunions mystérieuses étaient-«lles les restes des anciennes initiations savantes? Tout porte à le croire : non-seulement, les épreuves et les examens qu'il fallait subir avant
( i) Albert U grand, l'abbé Trithéme, le <:or<lelier Barthé lemiy Robert Flud, /loger Bacon, etc.
(2' Fontenelle. Étoge de Leibnitz. Éloges des académi tiens. ion\,\. p»fç. '{^>|-i65.
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d'y entrer ; mais surtout la nature des secrets qu'elles possédaient et la manière dont elles paraissaient les avoir conservés. Quelquefois en effet, dans les écrits des auteurs du XII^ et du XIII* siècle, on retrouve tout entières les connaissances thaumaturgiques et leurs applications. Plus souvent, le souvenir des prodiges qu'elles opéraient jadis subsiste seul dans l'oubli où sont tombés les moyens qui avaient dû y conduire. C'est ainsi du moins que l'on est tenté d'interpréter ces mêmes auteurs, quand ils annoncent comme possibles à leur arl, des œuvres si merveilleuses , qu'il faudrait leur accorder la gloire d'avoir retrouvé , avant Buflbn , le miroir ardent d'Archimède , d'avoir inventé le télégraphe , etc. , etc. , si , à côté de leurs promesses , ils indiquaient les procédés propres à les effectuer.
£eur silence, cependant, n'est pas une preuve décisive de leur ignorance : amoureux du mystère , et fiers d'une possession exclusive, ils n'étaient savans que pour euxmêmes et pour un petit nombre d'adeptes; ils se taisaient ou ne s'exprimiaient qu'en al-
légories (i). Mais ce silence, cet amour du mystère sont un trait de ressemblance qui rappelle les écoles théurgiques au sein desquelles déposa ses secrets le Polythéisme expirant. Ce qui semble encore assigner la même origine aux connaissances des membres des sociétés secrètes , c'est l'horreur , l'effroi, l'esprit de persécution que leur science inspirait; sentimens d'autant plus énergiques qu'on supposait la science plus étendue. Un souvenir confus les désignait comme les héritiers des prêtres polythéistes, des ministres de ces dieux détrônés qui n'étaient plus que les génies du mal et des ténèbres.
Ayant porté ses conquêtes plus loin, que les Romains n'avaient étendu leur empire , et se soumettant les vainqueurs même des Romains , le christianisme , fort de plus de six siècles d'existence , semblait n'avoir à craindre que les dissensions sans relâche re-
(i) Au XVI*suMc,L6opoldd*AutricIie, fils du duc Albert II, donnn un tableau des Paranatellons des Décans ( imprimé à Venîfie en i5jo. Voyez Dupuis Origine de tous les cultes^ fora. XII. pag. la^-i'a^.. C^est un extrait île la Sphère persique. Mais Léopold, au lieu de rranscrire les indications positives, n'en a emprunté que Je» figures emblématiques.
naissantes entre ses enfans, lorsque , sur un point du globe presque ignoré , un homme parut. Étranger aux ressources des sciences occultes , il a le courage de s'en passer ; et le premier parmi les hommes, Mahomet fait croire à une révélation, il fonde une religion, en déclarant que le Dieu qu'il annonce lui a refusé le don d'opérer des miracles. Dans la Syrie , l'Egypte , la Perse , rapidement conquises , ses farouches sectateurs bouleversent la civilisation : dans la Perse , surtout , leur fanatisme poursuit avec une rage implacable, les mages, dépositaires des sciences religieuses. Quatre cents ans plus tard , au nom de l'islamisme encore, et animés de l'enthousiasme destructeur qu'il ne peut manquer d'inspirer à des hordes sauvages , les Turcomans inondent l'Asie , du pied du Caucase , aux bords de la mer Rouge, du golfe persique et du Pont-Euxin : la barbarie semble devoir à jamais y régner avec eux.... Des causes semblables produisent de semblables effets ; et à ces deux époques, les secrets des sciences occultes se répandent au dehors par suite de la dispersion de leurs possesseurs. Dès le VIII* siècle , tranquilles au sein de leurs con-
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à Tart de persuader qu'ils en possédaient beaucoup et de très-redoutables. Oubliant leurs dieux méprisés , ils parlèrent de démons, de génies , de sorts dont ils dirigeaient à leur gré l'action terrible ou bienfaisante.
Vers le milieu du VI* siècle , les Francs et les Visigoths portèrent des lois sévères contre la magie , c'est-à-dire , contre la dernière classe des magiciens ; les secrets de la haute théurgie étaient gardés avec trop de soin pour se répandre chez les barbares, au point de les allarmer. De telles lois prouvent que déjà cette classe était nombreuse, et puissante partout sur l'esprit de la multitude.
Dès le commencement du V* siècle , en effets saint Augustin parle du Sabbat et des assemblées de sorcières : avant cette époque , on ne citait que des magiciennes isolées , telles que celles dont Apulée et Lucien racontent les prestiges. Ceci est remarquable : l'idée de Sabbat y de réunions, implique celle d'une société organisée qui reconnaît, dans son sein , des grades et des chefs ; en un mot l'idée d'une initiation. Descendue dans la lie dé la société , elle en porte la teinte ignoble ; mais enfin , c'est une ini-
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tiation. Non coptens de vendre des miracles , les magiciens subalternes communiquaient donc le don d'en opérer ; ils imitaient les épreuves , les serinens , les révélations et les spectacles des initiatiohs anciennes.
Sommes-nous en droit de donner pour successeurs aux sorciers du V' siècle , Iqs sorciers dont les réunions ont été déférées à tous les tribunaux de l'Europe ^ jusque dans Iç X VHP siècle?
Déjà nous avons tenté un rapprochement analogue, entre les sociétés secrettes formées par les savans du liioyen âge^^ et les écoles des philosophes théiirgistes. Mais là, c'est sUr les formes et le secret de là réceptibn qu'ont poKé le$ altérations produites par le temps ; les connaissances que l'on vpulait consei*ver, subsistèrent aussi Idng-temps dû moine que l'on eri put comprendre l'énoncé. Ici , au contraire ^ le but ée l'initiation et son histoire sont également tombqs c^ahs l'oubli: pour remofîfter à son prigiiiè, nous n'aurons que quelr que^ traces informes des pratiques et des fiotions qu'elle mettait en usage , et qu'ont pu conserver d'abord la ruse et la cupidité , empressées de trou verdesdupes; et ensuite la cré-
dulité ignorante et la curiosité qu'aiguisait IN nui d'une, vie sans jouissances et sans avenir.
Diverses considérations montrent qu'un tel rapprochement n'a rien de forcé. M. Tiedmann soupçonne que plusieurs roots barbares^ usités dans les opérations de sorcellerie ^ ne sont que des mots latins ou grecs , mal lus et mal prononcés par des ignorans (i); mots qui , dans l'origine , firent sans doute partie de formules d'opérations ou d'invocations. Rien de plus probable : c'est ainsi que les trois mots inintelligibles en grec , Kongx , Om , PanXy que prononçait le grand-prétre à la clôture des mystères d'Eleusis^ ont été reconnus ) par le capitaine Wilford ^ pour les mots samscrits^ canscha, om, panscha, que prononcent chaque jour les brahmes ^ en termi— nant leurs cérémonies reUgieuses (2).
N'avons-nous pas remarqué aussi , dans les invocations des sorciers modernes , un mélange d'idées astrologiques dont on ne peut pas leur attribuer l'invention ^ puisque sûrement ils ne les comprenaient pas, et qu'ils
1} Tiedmann. De Quaestione etc. etc. pag. i03-io3. a) TliemonMjr repertory^ tom. xxiii. pag. 8.
DES SCIENCES OCCULTES. aSg
ont dû les recevoir de prédécesseurs plus instruits ?
Pour se transporter au sabbat, ou plutôt pour rêver qu'ils s'y transportaient, les sorciers se frottaient le corps d'une certaine pommade : le secret de la composer , secret qui leur a été si souvent funeste , est le dernier, le seul peut-être qu'ils eussent conservé. Un sommeil subit , profond , durable , comateux , des visions tristes et lugubres mêlées de mouvemens voluptueux, voilà, en général ce que produisait l'onction magique, dont l'effet combinait ainsi les deux mobiles les plus puissans sur l'âme humaine , le plaisir et la terreur. Le choix des substances énergiques dont la pommade se composait , la découverte de leur vertu et de la manière' de les employer , ne peuvent être attribués aux sorciers modernes que l'on a rencontrés toujours dans la classe la plus pauvre et la plus ignorante : ces connaissances , n'en doutons point , descendent d'une source plus élevée. La magie ancienne usait d'onctions mystérieuses ; Lucien et Apulée (i) décrivent
«) Lucian...Luciussiue asinus. Apul. Métamorph. lîb. iy.
26o DBS SCIENCES OCCULTES.
celles que pra};iquaicnt Pamphila et Tépouse d'Hipparque ; et ces deux écrivains n'dnl fait que copier les Fables milésiemuis , déjà célèbres par leur antiquif;é autant que par leur agrément.
L'onction magiqiie 4 ain^i que nou3 l'établirons bientôt (i), n'avait d'efTet, dan3 1^ temps modernes ^ que par les rêves qu'elle enf;|intait. Mais, dans Tinitiation prîmitiye et dans des réuniops réelles, composée d'ingrédiens moins ^opori(}qups , ellç a d^ ^eryir à |[)^sposer les adeptes aux i^ystère^ qu'ils allaient célébrer, en sorte qu'Us y £|ppprtasdeût jd'avance cette iyresse morale , cett^ fréiiélie de croyance , si n.écessaires pouf créer et eatretçnir la ^upjçrstitiod et )iq fanatisme-
PQUvpns-qpus retrpifver quelques vestiges 4p l'initiation pnmitjve ?
. . D^ns Jtejs aycpx arracha p^r 1^ tprture aux pfétQodus ^^jçiprs ^ ^ui: ce qui i^p p^^saijb ali s^)[>dt , on yoit , au piilieu de détaUs yariés ay.i^ f^ufijç l'incohérence d'pi) ài)^^ stupide, pij. vpit ^e reprqdiiirç. un peftain poml^re
(i) Voyez ci-aprèa. chap. iS.
DE9 SCIENCES OCCULTES. :i6i
d'idée uniformes. C'est, dit M . Tièdmaùn (t ), parce que l'on tdurmentarît ces ilialheureuie jusqu'à ce qu'ils eussent confeisé tùiit ce doni on les accusait ^ et que les aceubadons étaient toujours identiques^ conformément aux idées reçues parmi Les ju^es. Mais oei4dées biaari*e9; et pourtailt snivies et liées entre ellesr , I^ magistrats nb les avaient point inyentée^ : qui les avilit otiginairement imprînpées dans léar; esprit , sinon des récits fdndés éur defs actions réelles 0u aUr des souvenirs conservés par une loUgijKe tradition 7 Le R>nd comi^im' à tou^ tes; avi^uK^ quise cotnposait de ces idéeè, [Peignait donc ,probafelemei)t , avec les altérations que le téibpi.et Tignorance n'a^qient pu manquef d'y apporter^ qUelqueâ cétéinonieS'^ratiquées jadis d^ns des initiations subalternes.
Que ces iiiitiaûoils se rattafcha^s.ent iixx detnîers restes des ctiltcs détruits ^ c'est ce (}u^i) e9t natutel de croire , et ce qde divers indkte^ rendent probable; Si^ il y a bept cinquailèe ai2s , i;omme a^i temps de nos àhdens druidet^ on attribuait des vertus magiques au gui de
.(i) Tiedmann. De Quaestione j etc. p;ig. i37-i38.
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chêne (i) ; si journellement, les obserrateurs attentifs retrouvent au fond des campagnes , des légendes, des superstitions et des usages qui émanent des anciennes religions , combien , à une époque moins éloignée de celle de leur splendeur, ces religions n'avaientelles pas conservé d'influence sur les habitudes et les croyances de la multitude ! Les prétresses du polythéisme et les druldesses , retirées loin des villes , conservèrent longtemps la confiance et la considération des pueples. Grégoire dç Tours parle de Texistenoe de Pfihies, dans les Gaules ; en 798 , on voit des devmeresses , proscrites , sous le nom de Striât y par les capitulaires de Charlemagne. Bien plus tard, une foule de femmes et d'bonunes de la campagne s'assemblaient encore la nuit , dans des lieux déserts , pour célébrer , par des festins , des courses et des danses , le culte de Diana , ou de dame Abunde y appelée aussi Hhra , du nom grec de Junon (2). Il parait que le prêtre qui pré- Ci' Fromanii. Tract, de Fasc. pag. 697. ''a) Voyei Dulaure. Histoire de Paris. 1" édition, tom. r. pag. 369 et suirantes... Carpentier. Glossar. yerbis Diana et Jfiolda.
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^ .^ 3idait à l'assemblée était vêtu d'une peau de
^ ■ bouc^ portait un masque cornu et barbu, et
figurait ainsi Pan , la divinité de Mendés , que
les Grecs empruntèrent à l'Egypte. Comme
^ dans quelques cérémonies secrettes du polythéisme , d'autres prêtres y portaient proba- ^ ^ blement aussi des déguiseroens d'animaux. Les noms de Diana y de Hèra y le souvenir de Pan nous reportent à la religion que renversa le christianisme ': mais ne retrouvons- . nous pas aussi les détails qui se répètent dans tous les aveux des sorciers ; les danses , les courses ^ les festins; le bouc que l'on adore ; les animaux divers qu'une imagination frappée transforma en démons, et qu'elle supposa servir de monture aux principaux personnages qui se rendaient à la cérémonie? Maxime de Turin , au Y' siècle , signalait , dans de pareilles réunions, un reste de paganisme. Sept cents ans plus tard , Jean de Salisbury en a parlé. lien est fait mention au XI Y*" siècle; mais il est douteux qu'alors elles eussent lieu réellement : le roman de la Rose dit que les personnes qui croyaient s'y rendre et s'y réunir as^ec le tiers de la popiUationy étaient déçues par une illusion Dès.
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cb temps , les réunioiid et \èi cépémoniés du sabbat étaient donc içcabées eti désQ^tuile ; eUije» n'existaieht plus que dans les rêves des sorciers.
Après avoir essaye de rènoueir la chaîne historiqae qfui unit les misérables qu'une ighoranœ stupide conduisait à la moit comme sorciers ^ et les derniers dépositaires des an* ciennes connaissances bcctiltes ^ on voudrait , jMimri ceox-ci ^ distinguer ies créateurb de. la magie subalterne y dé ta sh'rocUerie. Des hon^mes^ sortis de divers temples, et posse»^ seurs de secret? différens , oiit coflGo^ra sans dbqtp à lui donner de Fef tension : mais noué soupçonnons qu'elle a été fondée par ces prêtres égyptiens du dernier ordre , que ^ dés le coiiimencemènt db l'emjiire romain, on vib «rrer partout ; publiquement méprisés , consultés ep secret , et quîdurent natutelle*ment chercher des prosélytes dans la classe la plus ignorante de la société. L'appf^rition et l'adoration d'un bouc faisaient une partie essentielle dci oérémonies du sabbat ; le chùi atussi y jouait un grand rôle , pour son malheur, puisque souvent il a partagé l'holrreur qu'inspiraient les sorciers : on sait bombien
DES SCIBffCES OCCULTE». a65
la culte àix chat et du boup était ancien eh Egypte. On sait aussi quelle impoptahce a la clrfy dani la so)*cèllërie ^ quelles gliérisoos ont opérée» lac/e^de saint Jean,, ta tkfÀo saint Hubert^ etc. : la Crwx ansata y si iréqoemmelrit reproduite sur lés. tnonuméiis égyptiens , était une clef(i) ; lès idées religieuses qui la mettaient k la maiii de; principales divinités de rÊgypte, nous découvrent i, dans la el^, l'hiéi*oglyphb dé la souveraine puissance.
La PscudO'^monarchià daemoàum nous pardit égàleniçiit ^voir une origine égyptienne ; fiait important ^ |)uisqttè la plupart des noms que cet écrit renferme^ sont ré*prodmta y avec peu d'altération ^ dans les U^ snrets de sorcellerie qu'on rencontre dans <les campagnes. YXeh^nies ^é la PsGudo-mo7uif*' chia, l'un, e^ une vitrée -poisson y figure propre, aux planisphères égyptiens ; l'autre un vieillard vénérable , à cheval sur un crocodile , et portant sur le poing un éptrvier. Celui-ci se montre sous la forme d'un cha^ meau qui parle très -bien la langue égyp-
(t Encjrclop. méthod. Antiquités. Article Clef.
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tienne (on sait que le chameau^ dans l'astronomie des Arabe» ^ remplace la constellation d'Hercule-^tgenouillé) (i); celui-là, qui parait tantôt un loup, tan ta t un homme montrant , comme Anubis , une mâchoire de chien y c'est Âmun ou Amoim , dont le nom décèle l'origine; ^/luii^n^ dieu-univers, dieu caché , que le prêtre égyptien suppliait de se manifester à ses adorateurs (3).
•Nous avons dû donner de Tétendue à cette discussion : si les inductions que nous en avons tirées ont de la vraisemblance , elles nous autorisent à citer quelque fois, dans nos recherches , des prestiges modernes , comme empruntés aux anciennes connaissances, ou propres à expliquer , par analogie , les miracles des anciens ; et en même temps elles nous montrent , se prolongeant presque jusqu'à nos jours , et les erreurs nées chez la classe ignorante, à l'occasion du mystère dont s'enveloppait la science , et le préjudice que ce mystère a porté à l'esprit humain, en com-
(i) y. Scaligeri notae in M. Manilium, pag. 4Sf. {1) Suiyant Hécatée d^Abdère, cité par Plutarqiie, \Plt$ tareh, de isid. et Osirid.)
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primant les progrès de la science , en la faisant périr silencieusement entre les mains de la classe éclairée.
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