‹ Des sciences occultes; ou, Essai sur la magie, les prodices et les miracles; (volume 2)Chapitre 38 sur 80 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Optique : eilets semblables à ceux du diorama 5 fantasmagorie; apparitions des dieux et des ombres des morts; chambre noii^e; magiciens changeant d aspect et de figure, prestige incroyable.

Tous nos sens sont tributaires de l'empire du merveilleux I,' et Tœil encore plus que l'oreille. Pour peu qu'ils se prolongent, les sons agréables perdront de leurs charmes, le bruit effrayant assourdira, les voix merveilleuses deviendront suspectes. Que les illusions offertes à la vue se succèdent sans relâche , elles ne cesseront pas d'occuper l'homme, avide de nouveaux spectacles ; leur variété et leurs contrastes ne laisseront point de prise a la réflexion, point d'accès à la monotonie.

Quelques prodiges que l'optique dût en-

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fanter dans les représentations pompeuses oa terribles des mystères et des initiations • et dans les miracles des Thaumaturges, les ressources scientifiques ne manquaient* point pour les opérer. Leâ anciens savaient fabriquer des miroirs qui présentaient des images multipliées , des images renversées, et ce qui est plus remarquable, qui, dans une position particulière , perdaient la propriété de réfléchir. Que cette dernière propriété tînt seulement à un tour d'adresse, ou qu'elle eût quelque chose d'analogue au phénomène de la lumière polarisée qui, arrivant au corps réfléchissant sous un certain angle , est absorbée et ne produit aucune image ; il n'importe; son emploi était propre à enfanter de nombreuses merveilles. AulugcUe, citant Varron^ nous apprend ces faits, et en même temps il peint l'étude de phénomènes si curieux conmie indigne de l'attention d*un sage. De quelque

( I AuL Gell. Noct. Auic iib. xvi. cap. 18. <« Voici la ûii Ju passade latin : ut spéculum in loco certo positum nAil ima ginetj (diorsum trarulatum Jaciat imagines. »>ïje compilateur, répétant ce qu*il uVvait point approfondi, a pu croire que le phénomène tenait à \sl place, c-x non a\^ position du miroir.

principe qu'émanât une opinion si peu raison* nable ^ mais commune à toute la classe éclairée chez les anciens, et qu'Ârchiméde ne dédaigna point de partager, on sent combien elle était utile au Thaumaturge : ses secrets miraculeux n'auraient pas long-temps mérité ce nom , si les hommes qui recréaient la science, sous l'influence lumineuse de la civilisation perfectible , au lieu de se renfermer dans l'étude de la théorie, avaient dirigé leurs recherches sur la combinaison pratique des phénomènes.

Les jardins délicieux, les magnifiques palais qui , du sein d'une obscurité profonde, apparaissaient subitement éclairés à perte de vue par une lumière magique et comme par un soleil qui leur fût propre (i); une invention justement admirée, lediorama, les reproduira sous nos yeux. L'artifice principal consiste dans la manière de faire tomber la lumière sur les objets, tandis qu'on retient le spectateur dans l'obscurité. Cela n'était pas difficile , quand l'initié , traîné de souterrains en souterrains ,

(i) n Solem que suum, sua lumina norunt.

VirgiL Aeneid. lib. vi. ver». 64 1

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servit la pythonisse consultée par Saûl , put leur prêter des di$cours et des oracles. Cette conjecture difficile à contester, présente sous un jour nouveau le onzième livre de POdyssée. Homère y raconte réellement l'admission d'Ulysse , mais de lui seul (i) , dans un Nékfomantion , où le chef d'Ithaque converse avec les amis que lui a enlevés la mort. Une multitude innombrable d'apparitions et un bruit effrayant interrompent ces entretiens merveilleux; Ulysse s'éloigne^, craignant que, du sein des enfers , Proserpine irritée ne fasse apparaître la tête de la Gorgone (2) : tels étaient les moyens que l'on mettait en œuvre pour éloigner les spectateurs , quand leur curiosité devenait embarrassante , ou se prolongeait plus long-temps que les ressources du spectacle.

C'est là qu'Homère introduit Achille exaltant la vie comme le plus grand ded bienSi^ et préférant, à sa célébrité ioipérissablei) la con* difion du plus miséi^able des vivans (3). On a

(f) Oâyis, lib. X. vers 628s

(a O^frsf. lib. Jtf. vers 63i-«a34.

(3: Odyss. lib. xi. vers 4^490.

viyement critiqué le démenti que dooue l'ombre d'Achille^ au caractère établi du plus intrépide des guerriers. Où Tinvention po^étique serait blâmable , j'admire la fidélité de la nar* ration. Une époque a existé (et elle était ^ en Grèce , encore récente , au temps du siège de Troye) , où la caste sacerdotale , qui avait jusqu'alors reçu sans partage les adorations des hommes , s'indigna de voir les guerriers, sans autres titres que leur courage, leur force et leurs combats , se faire reconnaître pour des demi-dicux et des héros , enfans de quelque divinité , et usurper ainsi une admiration et un pouvoir réservés tout entiers aux possesseurs des arts magiques. Quelle doctrine ces possesseurs devaient-ils proclamer dans leurs révélations religieuses? La plus propre à glacer l'enthousiasme guerrier. Et quoi de plus adroit, en Grèce , que de choisir pour interprète de cette doctrine pusillanime la grande &me d'Achille ! u Un chien vivant « vaut mieux qu'un lion mort (i) » ; voilà ce qu'enseignait de même , à des Arabes belliqueux, un livre postérieur den\oinsde deux

(i) Mcclésmt. mp. i:|. v 4.

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siècles aux voyages d'Ulysse , mais émané visible ment de récole théocratique.

Le procès de Tencensoir et du glaive semblait terminé sans retour, lorsque Virgile entreprit de marcher sur les traces d'Homère; et le poète se serait déshonoré gratuitement, en faisant parler un héros conti*e le mépris de la mort. Le sixième livre de TÉnéide est un magnifique tableau des scènes principales du drame des initiations , plutôt que la description ^wneNekjromantU. L'art des évocations était déchu ; les temples où on l'exerçait ne paraissent pas avoir subsisté dans les &ges historiques de la Grèce , et presque aucune apparition n'en rappelle le souvenir.

Une cause avait pu , de bonne heure , en précipiter la décadence : les conséquences terribles qu'avaient dû entraîner de telles apparitions. Ceux qui les sollicitaient n'étaient pas toujours des hommes curieux ou inquiets, et pressés de pénétrer l'avenir. Plus souvent ce furent des êtres aimans et , comme Orphée , privés par la mort de l'objet de leurs plus chères affections. Telle fut la fîdelle épouse de Protésilas , importunant les dieux pour revoir un moment son époux mort aux rivages

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troyens ; et dés qu'elle eut aperçu son ombre, n'hésitant plus à le suivre en se précipitant dans les (lanotmes. Ces apparitions agissaient sur des imaginations exaltées , sur des cœurs brisés , et dans cette crise douloureuse , où l'être capable d'un sentiment profond courrait à la mort comme au plus grand des biens, s'il était persuadé que la mort le . réunit à la meilleure moitié de lui-même. Rien de plus propre à suppléer à une telle persuasion , à en hâter l'influence , que l'apparition qui , ne rendant le bien perdu que pour le reprendre à l'instant, semblait indiquer en même temps le chemin ouvert pour le rejoindre.

Ainsi que d'autres trésors de la science occulte , la désuétude cacha dans l'oubli , mais n'anéantit point le secret des apparitions. Au IX* siècle de notre ère , un père inconsolable de la perte de son fils, l'empereur Basile le Macédonien, recourt aux prières d'un pontife déjà célèbre par le don des miracles ^i) ; et il voit l'image de ce fils chéri , vêtu magnifique-

(i) Théodore Santabaren^ abbé-archeYéqne des Euchaîtes. Voyez Glycafl, jiruud, ^rt. iv. pag. ogS.*, Léo, grammat. in tfitâ BomUH ùnp. f ao.

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ment et monté sur un cheval superbe , accourir vers lui , se jeter dans ses bras, et disparaître. Pour expliquer ce trait historique ^ osera<*-t-Qn ejocore élever la supposition grossière d'un cavalier aposté pour jouer le rôle du jeune prince 7 Le père , déçu par la ressemblance , ne l'eùt-il pas saisi , retenu , enchaîné dans ses embrassemens? L'existence de cet homme , trahie par une ressemblance si remarquable, et dès-lors' la fausseté de l'apparition, n'auraient-elles pas bientôt été découvertes et dénoncées par les ennemis du Thaumaturge? En rapprochant ce fait des traditions antérieures , et surtout de l'existence antique des NékjromanUon , n'est-il pas plus simple d'avouer que , de nos jours , la fantasmagorie a été retrouvée et non pas ifwentée y et de reconnaître également ses prestiges dans les apparitions des dieux , et dans les évocations des morts , où des ombres douées d'une ressemblance frappante avec les êtres ou les images qu'elles devaient rappeler, s'évanouissaient soudain au milieu des embrassemens qui les voulaient saisir.

Nous pourrions emprunter au P. Kir-

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cher (i) la description des insirumens qui durent servir à la fantasmagorie, dans les temples anciens : mais il est plus curieux d'en présenter les effets ^ tels que les a peints usi disciple des philosophes théurgistes : « Dans {( une manifestation qu'on ne doit pas rêvé--

a 1er il apparaît ^ sur la paroi du temple ,

<c une naasse de lumière qui semble d'abord u très-éloignée ; elle se transforme, comme u en se resserrant, en un visage évidemment u divin et surnaturel, d'un aspect sévère <( mais mêlé de douceur , et très-beau à voir. a Suivant les enseignemens d'une religion (( mystérieuse, les Alexandrins l'honorent a comme Osiris et Adonis. » (2) Si j'avais à décrire une fantasmagorie moderne, m'cxpliquerais-je différemment 7

Damascius nous apprend que l'on mettait en œuvre cette apparition pour détourner les chefs de la cité de se livrer à des dissensions pernicieuses. Le miracle avait un but politique : c'est ce que l'on peut reconnaître pour plusieurs des miracles que nous raconte l'an-

(1) Kîrcher. OEdipus. tom. ii. p. 3i3.

(1; Damascius apud Pholium, Biblioth. cod. 243-

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tiquité , et supposer pour le plus grand nombre.

En d'autres cas, on a pu se servir de la chambre-noire pour reproduire des tableaux mouvans et animés. Et ici se présente, avec plus de force, la remarque faite à l'occasion du diorama : la simple observation suffisait pour en indiquer l'usage. Dans une chambre dont la fenêtre est close par un volet qui joint exactement, s'il y a une ouverture dans le corps du volet , on voit se peindre nette^ ment , sur le plafond , les hommes , les animaux , les chars qui passent sur le sol , dès qu'ils sont suffisamment éclairés; les couleurs, pour peu qu'elles aient de vivacité, brillent , parfaitement rcconnaissables ; les images peuvent même , et j'en ai fait Texpérience, conserver une ressemblance frappante dans les détails comme dans l'ensemble , lorsque , pour les dimensions , elles ne sont plus aux objets qui les produisent, que dans les proportions, d'un à douze ou à quinze.

Que , chez les anciens , ces apparitions résultassent de moyens scientifiques , cela est

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prouvé par l'art que possédaient les Thaumaturges de redresser les figures qu'une lentille convexe ou un miroir concave faisait paraître renversées. Suivant Théodoret (i) et les rabbins, le motif de l'effroi que la pythonisse, consultée par Saùl, éprouva ou feignit d'éprouver , c'est que l'ombre de Samuel parut dans l'attitude d'un homme qui se tient debout ; tandis que, jusque - là , les ombres des morts n'avaient apparu que renversées. Il s'ensuit sieulement que la fantasmagorie de la pythonisse était mieux montée que celles des nécromanciens qui, avant elle, avaient paru en Judée.

Buffon admet comme possible l'existence du miroir d'acier ou de fer poli que l'on avait établi au port d'Alexandrie , pour découvrir de loin l'arrivée des vaisseaux. Si, comme on peut le présumer , long-temps avant de tomber dans le domaine de l'industrie, les connaissances qui dirigèrent la construction du miroir d'Alexandrie , existaient dans les temples , quels miracles , supérieurs à

(i) Théodoret» in Rcg. lib. i. quaest. lxii.

ceux que nous venons de rappeler ^ purent au besoin frapper d'admiration les peuplps, et étonner même les philosophes !

« Si ce miroir, dit Baffon , a réellement u existé comme il y a toute apparence , oa « ne peut refuser aux anciens la gloire de « l'invention du télescope. » (i) De cette autorité imposante , qu'il nous soit permis d'en rapprocher une d'un genre bien différent : dans ces antiques narrations orientales dont le merveilleux, suivant nous, appartient à des traditions défigurées, plus souvent qu'aux écarts d'une imagination sans frein, on voit figurer un tuyau d'ivoire, long d'Un pied, d'un peu plus d'un pouce de grosseur ; il est garni d'un verre à chaque extrémité ; en y appliquant l'œil , on voit la chose que l'on a souhaité de voir (2). A ce miracle , substituons celui d'apercevoir un objet que son éloignement dérobe à la vue ample : et l'instrument magique devient, sinon un télescope, au moins une lunette de longue vue.

(1) Bu((on, Nistoire naturelle des minénuix. Introduction^ êixième mémoire, article ii.

(a) MUU et une nuits, cdvi* «mt. tom. 5. pag. a54* a56. etc.

DES SCIBNCËS OCCULThS. 3l3

Aux prestiges de la dioptrique^ faudrat*il rapporter une faculté extraordinaire dont parlent des écrivains d'âges et de pays assez difTérens , pour que l'on puisse croire qu'ils ne se sont pas copiés les uns les autres ?

Que Jupiter amoureux revête tour^-tour la ressemblance de Diane et celle d'Àmpby^ trion ; que Protéc et Vertunme changent ^ à leur gré ^ de forme et d'aspect i, on pardonne ces fables à une mythologie riante ; son éclat en fait oublier l'absurdité.

Quand un biographe raconte que son héros, sous une figure empruntée , trompa les yeux même de ses amis, on rit de l'excès de crédulité où a pu l'entraîner l'enthousiasme ; et l'on opposera la mémo incrédulité à deux ou trois récits d'aventures du même genre. Mais ce n'est point d'un fait isolé , c'est d'un art propre à une caste tout entière que parle Suidas, a On appelait , dit-il , mages « (ou magiciens) les honunes qui savaient « s'entourer d'apparitions décevantes (i). )) Son traducteur ajoute , en forme d'explica-

;l, Suida*. Terbo Magoê,

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tion , « que , par leurs prestiges , ils abu- (( saient les yeux des hommes au point de « paraître tout autres qu'ils étaient réelleu ment. »

Un historien qui ^ indépendamment d'auteurs grecs et latins que nous ne possédons plus et qu'il a pu connaître , a cx)nsulté les traditions importées d'Asie dans le nord de l'Europe avec la religion d'Odin ^ Saxo Grammaticus , tient le même langage que Suidas. Parlant des illusions produites par les philosophes-magiciens : « Très-experts , dit-il , (c dans l'art d'abuser les yeux ^ ils savaient « se donner et donner à autrui l'apparence « de divers objets ^ et , sous des formes « attrayantes, cacher leur aspect vérita- « ble (i). »

Jean de Salisbury, qui, incontestablement^ a puisé à des sources aujourd'hui fermées pour nous , rapporte que « Mercure , le plus « habile des magiciens , avait trouvé le secret (( de fasciner la vue des hommes , au point de « rendre des personnes invisibles , ou plutôt

(t, Sazo. Grammat. Hist. Dan. Hb. i. cap. ij.

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u de les faire paraître sous la forme d'êtres « d'une espèce différente (i). »

Pomponius Mêla attribue aux druîdesses de Pile de Séna l'art de se transformer, quand elles le voulaient, en animaux (12); et Solin (3) croit pouvoir expliquer par des apparitions trompeuses , les prestiges qu'opérait Circé.

Eustathius entre dans des détails importans. Protée , dans Homère , ^e transforme en un feu désforant ; cela , dit le commentateur (4), ne doit se prendre que dans le sens ^apparition; c'est ainsi que Protée devient dragon , lion ou sanglier ; il apparaît y il ne devient pas. Protée était mu faiseur de prodiges (Terasios), très-savant, trèssouple et très-adroit , et versé dans les secrets de la philosophie égyptienne. Après avoir cité Mercure , et d'autres êtres qui appartiennent aussi à la mythologie, et qui , par une métamorphose apparente , passaient

'0 Joan. Salisb, Policr, lib. i. cap. 9.

'9) Pompon. Mêla. lib. m. cap. 6.

(3) Solin. cap. 8.

t4y Eusiath. in Home r. Odyss. lib. iv. vers /|i7-4'^'

3l6 DES SCIENCES OCCULTES.

comme Protée d'une ibnoe à tme autre ; (( dans le même art y continue Eustathius ^ « on a admiré CraUsthéne : Il faisait appaa raitre des feux qui semblaient sortir de lut « et jouir d'un mouvement qui leur était pro- « pre ; il mettait en œuvre d'autres appari'- , (( tions pour forcer les hommes à lui con-» « fesser leurs pensées. Tels furent encore « Xénophon, Scymnos, Philippide^, Héra- (( clide et Nymphodore , qui se jouaient des « hommes en leur inspirant de l'effroi. »

Athénée (i), parie dans les mêmes termes^ de Cratisthène et de Xénophon qui faisait apparaître du feu , et de Nymphodore, tous trois habiles & décevoir les hommes par des prestiges, et à les épouvanter par des apparitions.

Qu'étaient ces apparitions ? le sens du mot n'est pas équivoque , puisque le commentateur se propose de prouver que l'on doit considérer comme des apparitions, les préten* dues métamorphoses de Protée : il fallait donc que les prestigiateurs^ parussent revêtir

(i) jâthenae» Deipnosoph. lib. i. cap. i4'

DES SCIENCES OCCULTES. Sl^

eux-mêmes les formes dont ils efTrayaient les spectateurs.

Observez qu'en assurant qu'ils possédaient ce talent, Eustathius ni Athénée ne nous montrent, dans Cratisthène, ou Xénophon, des hommes doués d'un pouvoir surnaturel : l'un et l'autre, et Protée lui«^méme, ne sont que d'habilesyai^ei^r^ de prestiges.

En d'autres temps et sur un autre hémisphère, nous retrouvons un prestige semblable. Joseph Acosta , qui résida long-temps au Pérou dans la seconde moitié du XVI* siècle, assure qu'il y existait encore à cette époque , des sorciers qui savaient prendre telle forme qu? ils voulaient. II raconte qu'au Mexique , le chef d'une cité , mandé par le prédécesseur de Montézuma, se transforma, aux yeux des hommes envoyés successivement pour le saisir , en aigle , en tigre , en immense serpent. Il céda enfin, et se laissa conduire vers l'empereur , qui sur-le-champ lui fit donner la mort (i). 11 n'était plus dans

(i) Joaeph Àcosta. Histoire naturelle des Indes ^ etc. fenillets )5t et 358>35i.

mens si douteux; nous ne tenterons point d'expliquer ce que nous ne pouvons regarder comme croyable. Nous avons dû seulement appeler la réflexion sur des récits qui placent le même miracle dans tant de lieux différens : ils prouvent au moins qu'en employant la science ou la supercherie , les Thaumaturges avaient poussé loin Vart (Tahuscr les yeux, assez loin même pour que l'on conçût de leur puissance une idée exagérée ou plutât insensée.

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